OISEAUX DE PROIE
Sous le point de vue de la distribution géographique des oiseaux sur le sol américain, Cuba, par sa position, semble être, avec toutes les grandes Antilles, le point le plus intéressant pour l’observation, placée qu’elle se trouve entre la mer des Antilles et le golfe du Mexique, qui la sépare également de l'Amérique du nord et de l'Amérique du sud. Les oiseaux peuvent y arriver du continent méridional, par les îles du Vent, du côté septentrional par les Lucayes; elle est donc intermédiaire entre ces deux immenses territoires, de sorte que son ornithologie doit participer de l’un comme de l’autre; d’où il résulte qu’on peut diviser les oiseaux de proie de Cuba en quatre séries distinctes : {°, ceux qui sont propres à l’Amérique méridionale; 2%, ceux qui y arrivent de l'Amérique septentrionale; 3°, ceux qui habitent également les deux continents; et 4°, enfin, ceux qui paraissent propres aux Antilles et ne se rencontrent point ailleurs. Quoi-
qu’ils soient en petit nombre à Cuba, on y en trouve des espèces qui appartiennent à chacune des catégories que nous venons d'indiquer.
Parmi les espèces qui de Amérique méridionale seulement arrivent à Cuba il s’en présente trois : la première, le Po/yborus vulgaris, habitant toute l'Amérique du sud, depuis le détroit de Magellan jusqu’à la ligne, et depuis le niveau de la mer jusqu’à près de cinq à six mille pieds au dessus, tant à l’est qu’à l’ouest des Andes et l’on peut supposer qu’étant toujours avec l’homme, il l’a accompagné dans ses anciennes émigrations sur le sol de Cuba; la seconde, le Strix furcata, à peu près dans le même cas, que ce soit le Sfrix perlata ou une simple variété de ce dernier; et dont on pourrait dire aussi qu’elle à pu arriver avec l’homme qu’elle a suivi jusqu'aux parties les plus australes du continent; la troisième espèce, le Rostramus sociabilis, qui, jusqu'à ce jour, n’avait été signalé que dans PAmérique du sud, où il ne passe pas le 34° degré de latitude, vivant en famille, au bord des eaux des marais, et voyageur par excellence, dont les nombreuses troupes ont, sans doute, remonté vers le nord, mais ne sont pas encore arrivées sur le continent boréal. Ces trois espèces ont toutes Cuba pour le point le plus septentrional de leur habitation. Sédentaires par habitude, les deux premières se sont, certainement fixées, pour toujours, dans cette île où elles nichent et pullulent ; mais la troisième n’y paraît être que de passage.
Les espèces, qui, venues de Amérique septentrionale, ont Cuba et Haïti pour leur habitation la plus méridionale, ne sont qu’au nombre de deux : le Falco columbarius, qui, vers le nord, s’étend jusqu’à la baie d'Hudson, y niche même, mais en part, tous les ans, pour suivre, en automne, dans leurs migrations, les troupes nombreuses des Gallinacés et des Passereaux; restant ; toute l’année, aux États-Unis, venant bien plus au sud, et nous indiquerons pour la première fois à Cuba; le Circus cyaneus, qui non seulement habite toute l'Amérique septentrionale, mais encore est répandu sur toute l’Europe et en Afrique. Tous les climats paraissent convenir à ces deux espèces, puisqu'elles fréquentent, indifferemment, les régions froides, les régions tempérées et les régions chaudes : cependant il est singulier de les voir toutes deux ne point passer des Antilles au continent méridional, et s’arrêter sur des points qui, au moins en partie, par leur température et par leur aspect, ne différent en rien de la terre ferme. De ces deux es-
pèces, la première ne paraît être que de passage, tandis que la seconde s’est fixée à Cuba et y niche.
Les oiseaux de proie qui se trouvent également dans les deux Amériques et à Cuba ne sont aussi qu’au nombre de deux : le premier , le Cathartes aura, devait nécessairement arriver à Cuba ; car il est de tous les pays, aussi commun dans les régions glacées du détroit de Magellan et des montagnes des Andes que dans les plaines brülantes de la zone torride, où, d’ailleurs, il est amené par le motif qu’il suit partout , dans ses migrations , l’homme dont il est un des parasites indispensables; le second, le Falco sparverius , oiseau qui s’est encore attaché à l’homme, le suit au milieu des villages, au sein des déserts, et habite, indistinctement, comme l’Aura, les pays chauds et froids; aussi ces deux espèces sont-elles fixées à Cuba et appartiennent-elles au sol qu’elles n’abandonnent jamais.
Il ne nous reste plus à parler que des espèces propres à Cuba et qui n’ont pas encore été indiquées comme appartenant à cette localité. Le Nisus fringilloides, de Vigors, est dans ce cas; car on ne la pas encore décrit comme se trouvant sur les continents voisins. Il en est de même de lOtus siguapa et du Noctua Seju, Nob., qui, quoique voisins de plusieurs espèces appartenant au continent méridional , ne paraissent pas y avoir été vus.
En résumé, n'est-il pas curieux de voir deux de ces espèces venir du nord et s'arrêter à Cuba, tandis que les trois autres, venues du sud , en font autant? Cette circonstance fait , de cetteile, le point de contact de deux zoologies pour ainsi dire distinctes, qui ne se mélent qu'aux Antilles, sans passer sur les continents opposés à ceux d’où elles viennent. Est-il moins intéressant de reconnaître que, des dix oiseaux de proie de Cuba, quatre sont du nombre de ceux qui vivent, soit aux dépens de Phomme dans ses migrations, soit autour de lui? Mais ce qu’il est surtout important de constater , c’est que tous les oiseaux qui suivent l’homme dans ses voyages, tels que le Polyborus vulgaris, le Cathartes aura (1) et même les Strix, sont plutôt de l'Amérique méridionale que de PAmérique septentrionale, fait parfaitement d’accord avec la certitude acquise que les Caraïbes sont venus du continent du sud; et nous doutons
(1) Ce qui sembierait prouver que l’Aura est originaire de l'Amérique méridionale plutôt que du continent boréal, c’est que, sur le premier, il s’étend bien plus vers le sud qu'il ne s'étend vers le nord dans l’Amérique septentrionale,
fort que, sans ces grandes migrations, le Caracara fût arrivé aux Antilles avant les Espagnols.
Les proportions spécifiques des oiseaux des quatre séries indiquées qui habitent Cuba sont les suivantes :
Oiseaux de proie propres à l'Amérique méridionale. ......... 3 espèces.