TROISIÈME ORDRE
GRIMPEURS, SCANSORES, /Uig.
Zygodactyles, Vieill., Tem., Prehensores, Blain.
Nous changeons encore de tableau. Les oiseaux qui vont nous occuper ne sont plus redoutés des autres espèces, comme les oiseaux de proie, ils ne sont plus aussi volages, aussi sémillants que les Passereaux; mais, quoique plus posés, ils peuvent rivaliser avec ces derniers pour le brillant de leur parure, pour la diversité de leurs couleurs et de leurs mœurs. Chez les Grimpeurs tout est contraste : voulons-nous en comparer les teintes? Les uns, les Picidées (Carpenteros), souvent couronnés du cramoisi le plus vif, ont la robe variée d’or, de noir, de vert ; les Psittacidées (Cotorras , Periquitos et Guacamayos) , ne sont pas moins beaux ; ils revêtent encore les couleurs rouges ; néanmoins, amis de l’ombrage, on dirait que leur teinte générale est destinée à les cacher au milieu de la végétation dont ils empruntent la livrée printanière; le Trogon temnurus (Corocoro) les surpasse tous par son vermillon brillant, le vert métallique de son habit , le pourpre de sa couronne. Les autres n’ont plus rien de remarquable : le brun, le roux, le gris, des teintes sombres , enfin, se remarquent sur les cuculidées (Arrieros) de Cuba , dont le vêtement inspire déjà la tristesse, tandis que , plus sombres encore , les crotophagidées ( Judios ) portent constamment les attributs du deuil , de la mort.
Les mœurs ne sont pas moins distinctes que les couleurs parmi les Grimpeurs cubaniens. Tandis que le Carpentero (Pic) sémillant, souvent isolé, frappe gaiment les troncs d’arbres avec vigueur, faisant retentir l’écho des forêts de ses coups redoublés, semblables à ceux du bücheron , ne les interrompant que pour crier d’une manière désagréable , tout en grimpant verticalement sur l’écorce; tandis que les Periquitos (Perruches) et les Cotorras ( Perroquets) sociables, toujours par couples amoureux et formant des troupes babillardes, étourdissent le cultivateur dont ils veulent dévaster les champs ; tandis que les sociétés plus unies encore des tristes Judios (Anis) parcourent les savanes sans jamais se quereller; les Arrieros (cuculidées) sauvages guettent en silence les insectes et les reptiles dans l’intérieur des buissons ; le Corocoro (Trogon temnurus), dans la partie la plus sombre, la plus ombragée des bois, semble ne vivre que le soir et le matin, instant où il rompt le silence et perd de son apathie habituelle pour proférer un chant plaintif, que quelques nations américaines ont comparé à des pleurs.
Si, maintenant que nous venons de donner une idée de la diversité des teintes et des habitudes des Grimpeurs, nous voulons voir, comme pour les autres ordres, quelie est la distribution géographique des treize espèces propres à Cuba, nous trouverons les résultats suivants :
Parmi les Grimpeurs qui viennent à Cuba du continent méridional, nous ne trouvons que trois espèces, le Crotophaga am, le Macrocercus tricolor, et le Conurus quianensis ; ainsi il y aurait un quart des espèces des Grimpeurs de Pile qui viendrait du sud, proportion beaucoup plus élevée que celle que nous ont montrée les Passereaux, où nous ne trouvons que deux sur cinquante, mais inférieure à celle des oiséaux de proie.
Les espèces qui arrivent de l'Amérique du nord dans Pile de Cuba ne sont qu’au nombre de quatre. Trois Pics, le P. princrpalis , le P. varius , le P. auratus, et le Coccyzus americanus ; ainsi la proportion relative serait encore supérieure pour les espèces venues du nord, comparées aux espèces venues du sud. Cette proportion est loin de pouvoir égaler celle que nous avons rencontrée parmi les Passereaux qui, pour les deux tiers, viennent du continent septentrional à Cuba. Parmi ces espèces plusieurs paraissent ne pas y venir seulement dans les migrations hivernales : elles y nichent, ayant seulement les Antilles comme point le plus méridional de leur habitation.
Pour les espèces qui , vivant à Cuba , seraient également communes sur les deux continents , nous n’en trouvons aucune parmi les Grimpeurs , fait assez singulier , qui prouverait encore que, quoique placée sous la zone torride, cette île serait la limite où viendraient s'arrêter les deux zoologies spéciales à l'Amérique du nord et à l'Amérique du sud.
Les Grimpeurs propres seulement à Vile de Cuba ou aux Antilles sont au nombre de six , c’est-à-dire de près de la moitié du chiffre total, parmi lesquels trois Pics , le Saurothera Merlini , le Psittacus leucocephalus et le Trogon temnurus. Comparé aux données que nous avons eucs pour les Passereaux, le nombre des Grimpeurs, habitants sédentaires des Antilles et de Cuba en particulier, est bien plus élevé que celui des Passereaux et des oiseaux de proie, ce qui parait tout à fait en rapport avec les mœurs et les coutumes des Grimpeurs , beaucoup moins voyageurs que les Passereaux.
En résumé, les Grimpeurs recueillis à Cuba sont , pour près de la moitié, habitants constants de l’ile, pour le tiers venus de PAmérique du nord, et pour près du quart arrivés du continent méridional , tandis qu'aucune des espèces ne se trouve, en même temps , sur les deux Amériques.
Le tableau suivant résumera les proportions spécifiques, par genre et famille, des Grimpeurs de Cuba.
GRIMPEURS TOTAL NOMS DE L’ILE DE CUBA PROPRES DES ESPÈCES | Ro PR —, des à l’Amé-|a l'Amé- aux |à l'île de rique rique deux Cuba par par FAMILLES. GENRES. méridio- septen- Améri- | et aux | | nale. |trionale. | ques. |Antilles.|| S2nre. famille,
| Picidæ
Coccyzus. ...
Cuculidæ. .... s
aurothera...
| Crotophagidæ . | Crotophaga.…..
Psittacus
Psittacidæ..... { Macrocercus..
Conurus. ....
D ATLAS ne
EE
L'ensemble des oiseaux Grimpeurs de Cuba, comparé, par familles, avec les résultats que nous avons obtenus dans l'Amérique méridionale (1), nous montre d’assez grandes différences. Si, de même que sur ce continent, nous retrouvons, à Cuba, des Picidées en grand nombre, des Cuculidées, des Crotophagidées, des Psittacidées et des Trogonidées, il est au moins des familles entières qui, communes sur le continent du sud , manquent entièrement dans l’île de Cuba : les Galbulidées , aux couleurs brillantes , les Buccidées variés, et les Ramphastidées aux gros becs; toutes familles propres à l’hémisphère méridional et dont aucune ne se rencontre dans Amérique du nord, ce qui viendrait peut-être appuyer l’hypothèse que l’ornithologie des Antilles tient plutôt à l’ornithologie du continent du nord qu’à celle du sud ; car toutes les familles de Grimpeurs que nous rencontrons dans l’ile qui nous occupe se trouvent également sur le sol de l’Amérique septentrionale.
PICIDÉES, PICIDÆ, Leach.
Picus , Linn., Gmel., Lath.
Cette famille n’est représentée, dans l’île de Cuba , que par le genre Picus, les Yunx, les Picumnus y manquant entièrement.
Ils sont tous insectivores, et ne mangent que rarement quelques graines.
GENRE PIC, PICUS, Zinn.
Nous remarquons que la moitié des espèces de Cuba appartient à la division que M. Vigors a nommée Calaptes, à cause de son plus long bec, arqué, et qui peut se distinguer encore par ses mœurs plus champêtres. On s'étonne, en effet, derencontrer, dans cette division , des oiseaux tout à fait granivores , tandis que tous les Pics se nourrissent plus particulièrement d’insectes et de leurs larves, qu’ils enlèvent à grands coups de bec de dessous Pécorce des arbres, habitude qui leur a valu des Espagnols la dénomination générique de Carpinteros (charpentiers). On les entend souvent, au
(1) Voyez d'Orbigny, /’oy. dans l'Amérique méridionale, Oiseaux.
OISEAUX. 139 sein des bois, frapper avec une force telle, que lon est étonné de voir, dans l’ouvrier, un oiseau plus petit que notre tourterelle d’Europe. Vifs, sémillants, mais criards insupportables , ils grimpent verticalement le long des troncs d'arbres, s’y cramponnant avec leurs ongles aigus et arqués, et se soutiennent sur leur queue, appliquée, à cet effet, sur l'écorce, puis s’envolent pour aller se poser à mi-hauteur d’un autre arbre, dont bientôt ils gagnent la cime.
Sur les six espèces que nous possédons de Cuba , le Picus principalis, le P. varius et le P. auratus n’y sont que de passage , y arrivant de l'Amérique du nord; tandis que le Picus percussus , le P. superciliaris et le P. Fernandine , y sont sédentaires.
Les Pics ont été remarqués par tous les habitants soit colons , soit indigènes; aussi ont-ils une dénomination propre dans toutes les langues américaines. Pour ne reproduire ici que celles que nous avons recueillies lors de notre voyage dans l’Amériqueméridionale, nous dirons qu’on les nomme : en Patagon, Oiacha ; en Puelche, Chauchene ; en Araucano, Rauki ; en Mbocobi du Grand chaco, Comironac ; en Botocudo du Brésil, Éné-éne. Dans la province de Chiquitos (Bolivia), nous trouvons aussi des noms différents : en Chiquito, Oteema; en Guarañoca, Asaita; en Samucu , Zoguilolo ; en Otuké, Enarti ; en Poturero, Prsap ; en Morotoca , Tisate ; en Saraveca, Lyodore ; en Quitemoca , Chétu ; en Cuciquia, Tipa; en Paunaca, Saarémekéké ; en Paiconéca, Peipi; en Guarani, 1pecu. Les dénominations sont également distinctes dans les plaines de la province de Moxos, ou les Pics portent les noms, en Chapacuva, d’Ichetu ; en Muchojeone, d’Etatase ; en Baures, de Janare ; en Itonama, d’Huayucaro; en Cayuvava , de Chejojanare ; en Iténès, de Tataë ; en Pacaguaras , de Buinan ; en Movenia , de Yayama ; en Moxa, de Coyobore.
s.-GENRE PIC, PICUS.
Ceux dont le bec est droit; ce sont les plus grimpeurs de tous.