JEUNE DE DEUX ANS
Ardea badia, Gmel., Syst. nat., ed. 13, I, p. 644, Sp. 19.
Ardea badia, Lath., 1ndex, vol. 11, p. 686, sp. 37.
Héron gris, Briss., Orn., t. V, p. 412.
Ardea grisea, Gmel., Syst. nat., ed. 13, sp. 9-6.
Bihoreau ( femelle), Buff., Oùis., vol. VII, p. 435, Enl. 759.
Le Crabier roux , Buff., Ois., vol. VIE, p. 390.
Chesnut heron, Lath., Syn., vol. V, p. 73.
Naum., og. nachtr., pl. 48, f. 93.
Nycticorax. Crista occipitis tripenni, alba, horizontali; dorso capiteque supra nigris; fronte, supercilüs albis ; rostro nigro; pedibus luteis.
Adulte. Jeune.
Dimensions. (1) Longueur totale.................. Gbo 590 millim.
Duel". ere LOT RE Te 1 m 20 M. 10 Du pli de l'aile à son extrémité.......... 300 260 Delaiqueue... "true" 100 100 Dintbec- ss sine teen eL Len So 70 SARAUTEUT eee mec CE CEE 25 20 Longueur des jambes........ PPAPRECE 100 9 Du doigt du milieu............4...... 90 70
Vieux des deux sexes. Deux ou trois plumes subulées , longues et blanches sur la nuque; front, dessus des yeux, gorge, devant du cou et dessous du corps d’un brun blanc ; dessus de la tête, dos et scapulaire d’un beau noir à reflets métalliques bleus ou verts; bas du dos, rémiges et rectrices cendré bleuâtre ; une bordure blanche sur le fond de l’œil. Yeux rouges , pieds jaunes, lorum et base du bec à la mandibule inférieure, jaunes ; le reste du bec noir.
Jeune del année. Dessus de la tête brun , chaque plume marquée en long, sur son milieu, d’une ligne roux pâle ; les mêmes taches se remarquent au cou et au ventre, sur une teinte plus pàle; gorge et derrière blancs ; dos brun, tacheté de roux ; rectrices bleu clair ; rémiges brun bleuâtre , demême queleurs couvertures supérieures, sur lesquelles chaque plume est marquée, près de son extrémité, d’une tache blanche arrondie ; du roux au fouet de Paile ; pieds vert pâle; bec brun en dessus, jaunâtre en dessous ; tour des yeux vert, yeux gris. |
Jeune de deux ans. Les couleurs supérieures sont plus foncées ; les taches du cou moins apparentes; celles des tectrices beaucoup moins grandes ; les scapulaires quelquefois verdâtres ; plus de blanc en dessous ; yeux brun rouge.
(1) Ces mesures sont prises sur des individus frais, tués par nous à la frontière du Paraguay ; elles diffèrent beaucoup de celles qu'indique M. Temminck : ainsi lon pourrait croire que la race américaine est plus grande que
celle d'Europe.
On peut voir, par la longue synonymie de celte espèce, combien elle a embarrassé les auteurs; en effet, non seulement chaque livrée d’âge a motivé des espèces nominales différentes, pour les individus trouvés en Europe ; mais encore ces mêmes livrées, rencontrées en Amérique , ont encore amené de nouvelles dénominations. M.Temminck, de même que plusieursauteurs allemands, commencèrent à supprimer les noms superflus et à éclairer la synonymie du Bihoreau d'Europe ; néanmoins, ce travail restant encore à faire pour les Hérons américains , nous avons cherché à le compléter pour cette partie du monde, ce qui nous à amené à supprimer l’Ardea maculata de Vieillot, basé sur un jeune, décrit par Azara , ainsi que son Ardea tayazu-quira, établi sur le mâle décrit par l’auteur espagnol.
L'oiseau qui nous occupe a été indiqué seulement sur le continent européen et dans Amérique du nord ; mais , comme nous Vavons rencontré dans l’Amérique méridionale, on peut lui assigner, en même temps, tout le nouveau monde et une partie de l’ancien : on le rencontre aussi en Asie. On le trouve en Europe plus particulièrement dans les parties méridionales, tandis qu'il est rare dans le Nord. Sur le sol américain, nous l'avons vu successivement en Patagonie, sur les pampas de Buenos-Ayres, à la frontière du Paraguay, au sein des plaines des provinces de Moxos et de Chiquitos ; dans la Bolivia, sur le versant occidental des Andes, au Chili et au Pérou ; ainsi, comme on le rencontre encore à la Guyane, aux Antilles (M. de la Sagra l’ayant rapporté de Cuba), aux États-Unis, où il est décrit par tous les ornithologistes , on peut dire qu’il s'étend jusqu’au 43° degré de latitude, au nord et au sud de lPéquateur.
On le voit toujours au bord des lacs, des marais , des rivières , surtout dans les lieux couverts de buissons, sur lesquels il aime à se percher.Ordinairement, lorsqu’il ne voyage pas, il vit isolé, se tient soit sur le bord des rivières et des lacs converts de jones, soit, et le plus souvent, sur les buissons qui les bordent. Lorsqu’il observe, il a quelquefois la tête droite, le bec dirigé vers le ciel, habitude qui lui a valu des habitants de Buenos-Ayres le nom de Mirasol (mire-soleil) ; mais, quand il à satisfait son appétit, le cou dans les épaules , il reste immobile , dans une attitude des plus stupides. Son apathie ne va cependant jamais jusqu'à l’oubli de sa sécurité propre; aussi est-il on ne peut plus craintif, s’envolant d’aussi loin qu’il aperçoit le chasseur, et alors fait toujours entendre le croas-
sement rauque qui lui a valu des anciens auteurs le nom de Nycticorax (Corbeau de nuit), et des Guaranis du Paraguay, celui de T'ayazu-quira (oiseau cochon). Nous avons remarqué que, posé , il reste muet, tandis qu’ilcrietoujours en s’envolant ou même lorsqu'il vole à une très grande hauteur dans les airs, lors des émigrations annuelles ; c’est ce chant, entendu par les indigènes superstitieux lorsqu'il passe la nuit au dessus de leur cabane, qui leur présage quelque malheur et les remplit de terreur, de même que le eri de l’effraie épouvante nos paysans européens.
A l’époque des migrations, tous les individus des environs se réunissent pour voyager de concert, le plus souvent seuls ou quelquefois avec la grande Aigrette. C’est alors qu’on rencontre ces troupes, composées de quelques centaines d'individus, qui se posent sur les mêmes buissons, sur les arbres voisins et si près les uns des autres, qu’un jour, ayant trompé leur vigilance, d’un seul coup de fusil nous en avons tué dix. Lorsqu’ils sont ainsi rassemblés , ils placent presque toujours quelques-uns des leurs sur les parties le plus en vue, pour prévenir les autres de lapproche de quelqu'un ; ce que la sentinelle ne manque pas de faire en s’envolant et jetant le cri d’alarme , immédiatement suivi du départ et d’un croassement semblable, exécuté par toute la bande , qui s’élève immédiatement au sein des airs, et cherche, au loin , un autre lieu où elle puisse se reposer avec plus de sécurité ; si quelquefois ils voyagent le jour et se font entendre , perdus dans les nuages, à une telle hauteur, qu’à peine on les aperçoit, ils font aussi leurs voyages durant la nuit; ce que nous pouvons: personnellement affirmer, les ayant souvent reconnus dans les airs, à leur cri qu’il serait difficile de méconnaître.
La nourriture du Bihoreau varie suivant les lieux : sur le bord de la mer , il vit de poissons , de coquillages, de crustacés; dans l'intérieur des terres , il y ajoute des vers, des insectes , des reptiles, qu’il recherche sur les rivages ou même dans l’eau. Comme, sur la côte du Pérou, il préfère les grosses chevrettes d’eau douce, appelées Camaron, on Vanommé Camaronero (mangeur dechevrettes).
Sa nichée, qui, dans les deux hémisphères, a lieu au printemps, se fait sur les rochers ou sur les arbres ; son nid est semblable à celui des autres Hérons , c’est à dire composé de petites branches sèches , sur lesquelles il dépose trois ou quatre œufs blancs.
Sa synonymie indigène est la même que celle des autres Hérons ; néanmoins quelques Guaranis le distinguent sous le nom de Soco
OISEAUX. 213 ou Hoco. À Cuba, on appelle Guanabà de Florida, sans doute parce qu'il n’y est que de passage et y vient des Florides.
Aujourd’hui le Bihoreau est méprisé de tout lemonde : l’homme civilisé n’emprunte aucune parure à son plumage et dédaigne sa chair , que le sauvage du nouveau monde n’aime pas davantage ; mais, si nous remontons dans le passé, si nous interrogeons l’histoire, nous y verrons que ces trois plumes blanches du derrière de la tête « qu’el faict moult beau voir, » disait Belon, il y a quelques siècles , étaient alors l’ornement le plus recherché par la jeune noblesse européenne, qui aimait à les porter en panache, y attachant un grand prix (1); cette parure, recherchée par la difficulté de se la procurer, eut le sort de toutes les modes. Elle a existé !