N° 91. BIHOREAU GRIS DE FER
NYCTICORAX VIOLACEA, Vigors.
Guanaba, A CUBA.
Ardea violacea, Linn., Syst. nat., ed. 10, gen. 76, uoi2.
Ardea violacea, Gmel., Syst. nat., ed. 13, gen. 84, sp. 16.
Ardea violacea, Lath., Syst. ornith., gen. 69, sp. 50.
Ardea violacea, Yellow crowned-heron, Wils., 4m. orn., VAL, tab. 65, £. 1, p. 26.
Ardea violacea, Bonap., Syn., p. 306, sp. 231.
Ardea violacea, Vieill., Encycl. méth., t. HI, p. 1124, pl. 52, fig. 4.
Ardea cayennensis, Gmel., Syst. nat., ed. 13, p. 626, n° 31 (adulte).
Cayenne night-heron, Lath., Gen. hist., IX, p. 63, n° 24.
Ardea cayennensis, Lath., Syst. ornith., sp. 17.
Ardea cayennensis, Prince. Max., Beitrag., t. IV, p. 653, Hé-14;
(1) Schwenckfeld, Avi. siles., p. 226.
Ardea jamaicensis, Gmel., Syst. nat., ed. 13 (junior), gen. 84, Sp. 91.
Ardea jamaicensis, Lath., Syst. ornith., gen. 69, sp. 17.
Cancrofagus bahamensis, Crabier de Bahama, Briss., Ornith., t. V, p. 481, n° M.
Ardea stellaris cristata, Crested bittern, Catesby, Ca- 101. CAP IDI D:
Bihoreau Le Cayenne, Buff., Enl. 899 (adulta) > Où, (ONE p.500:
Crabier gris de fer, Buff., Sonnini, Ois.,t. XXI, p. 242.
Grey or bütern, Brown, Hist. nat. of Jam., p. 4T8.
Ardea cærulea , Sloan., Jamaic., t. I, p. 314.
Nrycticorax violacea, Vigors, Zool. journ., 1827, p. 446, n° 39.
Ardea violacea, Pennant, Arct. zool., n° 352.
Nycticorax. Occipite nigricante; crista alba ; corpore supra albo nigroque striato, subtus cærulescente ; rostro nigro; pedibus luteis.
Dimensions MLonsuencitolale ee --ce 6oo millim. Duplidel'adeasontextrémitee "+... 290 DÉTAIQUEUR EEE EE TERRE Eee cie AE CRC 100 DHMBEG RENE REP Eee Ce CEE 70 SE AUOT 65e on 00 20 deb oi Tome à D dede © 19 Sa are RCE CPAS eee En GCene CA CRE 12
Mâle. La tête et une parte du cou noires ; deux plumes tombantes , blanches, longues de sept pouces ; une tache oblongue, de la même couleur, sur les joues, et une autre sur le vertex ; occiput noirâtre, le reste du cou cendré , ainsi que le dos, mais celui-ci plus foncé, avec des lignes noires sur le milieu des plumes et du blanc sur leurs bords ; rémiges cendré foncé , finement bordées de blanc; rectrices cendrées ; tectrices supérieures des rémiges largement teintées de jaunâtre. Un faisceau de plumes longues , cendrées , striées de noir, lâches, à barbes décomposées , part du haut du dos et dépasse la queue; ventre bleuâtre. Lorum vert pâle ; yeux rouge vif, bec noir ; pieds jaunes.
Jeune. Manque des longues plumes de Pocciput, de celles du dos ; les couleurs sombres plus uniformes; partie inféricure du corps
variée de brun et de blanchâtre , gorge blanche ; partie inférieure du bec jaune verdàtre ; pieds verts , noirâtres près des doigts.
Cette espèce est, de tous les Hérons qui fréquentent les Antilles, celle qui leur est le plus fidèle; en effet, toutes les autres n’y viennent qu’en passant, lorsqu'elles sont chassées du nord par les froids, ou que d’autres circonstances locales les appellent momentanément hors de leur résidence favorite, tandis que le Bihoreau gris de fer reste toute l’année sur les Antilles, principalement sur les îles du détroit de Bahama et ne passe de là sur le continent septentrional qu’à l’époque des pluies annuelles.
Suivant Catesby, ces Bihoreaux nichent sur les îles du détroit de Bahama, sur les buissons qui poussent entre les fentes des rochers ; ils y sont si communs dans quelques-unes de ces iles, qu’en peu de temps deux hommes peuvent prendre un assez grand nombre de leurs petits pour en charger un canot. Cet auteur rapporte encore que, quoiqu’en état de voler, les jeunes se laissent prendre facilement ; aussi en mange-t-on beaucoup en cet instant, où leur chair est tendre et sans mauvais goût, tandis que, lorsqu’ils sont adultes, leur chair est dure et se sent un peu de leur genre de vie. Ils se nourrissent de crabes plutôt que de poissons.
GENRE SPATULE, PLATALEA, Zinn.
L'Amérique ne possède qu’une espèce de ce genre bien caractérisé par son bec en spatule, mais si peu nombreux en espèces qu’on n’en connait, jusqu’à présent , que trois : l’une propre à Asie, autre à l’Europe, la troisième, celle qui va nous occuper.
Si, nous abstenant de comparer, pour un instant, les becs, si disparates entre eux, des Hérons ou des Jabirus et des Spatules, nous considérons seulement les mœurs et les habitudes de ces oiseaux , nous trouverons qu’ils ont une telle analogie, que, sous ce rapport, il est impossible de les éloigner les uns des autres ; aussi ne balancons-nous pas un instant à placer les Spatules dans la famille des Ardeidæ, quoique, indépendamment du bee, la Spatule ait les pieds demi-palmés , ce qui ne se voit jamais dans les Hérons.
x° 92. SPATULE ROSE, PLATALEA AJAJA, Linn.
Sevilla, A CUBA.
Æjaja Brasiliensibus, Marcgr., Hist. nat. Bras., p. 204.
Ayaïa , Laet., Nov. orb., p. 575.
Platea brasiliensis, Klein, Ævi., p. 102, n° 3.
Ardea rosea, Barrere, France équin., p. 124.
Tlanhquechul, Fernandez, Hist. uvi. nov. Hisp., p. A9, cap. 178.
Avis vivivora, Nieremberg, p. 214.
Platea americana phænicea, Barrere, Ornith., class. 3, sen. 29, sp. 3. |
Platea sanguinea tota, Klein, Avi, p. 126, n° 3.
Platea incarnata , Sloan., Jamaic., p. 316, n° 7.
Platea mexicana, Linn., Syst. nat., ed. 10, sen. 73, sp. 2.
Platea coccinea, Briss., Ornith., t. V, p. 359.
Platalea ajaja, Linn., Syst. nat., ed. 10, gen. 73, sp. 2.
Platalea ajaja, Gmel., Syst. nat., ed. 13.
Platalea ajaja, Lath., Syst. ornith., gen. 64, sp. 2.
Platalea ajaja, Roseate spoonbill, Wils., Am. orn., LV D 12511208 2F 0
Platalea ajaja, Bonap., Syn., p. 346, sp. 281.
Platalea ajaja, Viaill., Gal., pl. 248 (junior).
Platalea ajaja, Vieill., Encycl. méth., t. MX, p. 1032.
Platalea ajaja, Prince. Max., Beitrag.….…… von PBras., 11); 1p; b0B-Pn DT
Platalea ajaja, Penn., Arct. zool., n° 338.
La Spatule, Buff., Ois., t. VIT, Enl. 165.
Platea rosea, Briss., Ornüh., t. V, p. 356.
Espatula, Azar., Apunt. de los Paxar., n° 345, t. WE, p. 128.
Platalca. Capite gulaque nudis ; corpore roseo ; tectrici-
OISEAUX. 217 bus alarum coccineis ; rectricibus roseis ; rostro roseo ; pedibus nigris.
Dimensions. Longueur totale......... AE A AO nn OC nor 850 millim. Du pli de l’aile à son extrémite.................... 400 MOUSE CU Ad der solos aau ss dracararpt ais 110 DUMDE Rs Eee en eme ee oi esacen creed 180 115, [PC EN CT: CNOEER ASS EE AE AENEES SRE ES 300
Mâle en costume de noces. Tête nue, verdtre ; bec et tour des yeux rosés, yeux rouges; le corps rouge (1).
Mâle et femelle adultes. Couleur rosée pâle; couverture de l'aile et de la queue rouge vif ; rectrices jaunâtres ; tarse noir, avec du rouge aux articulations et à la partie supérieure de la jambe.
Jeune de l'année. Extrèmement blanc , la tête couverte de plumes blanches.
Cette espèce, purement américaine , habite en même temps les deux continents et les Antilles : dans l'Amérique du nord , elle s'éloigne peu des Florides, tandis que, dans l'Amérique méridionale, nous l’avons rencontrée depuis les régions chaudes de la Bolivia jusqu’auprès de Buenos-Ayres, c’est à dire au 34° degré de latitude sud, mais jamais au delà ; aussi Vieillot a-t-il tort de dire (2), nous ignorons d’après quelle autorité : Elle se trouve sur la côte des Patagons, ce qui supposerait qu’elle s’avancerait au moins jusqu’au 45° degré de latitude; ce qui n’est pas, puisqu’au contraire elle paraît déjà accidentellement au 32° degré et se montre très rarement à Buenos-Ayres.
On la rencontre toujours au bord des eaux , surtout dans les marais, dans les lacs et autres lieux où les eaux sont stagnantes et le sol boueux. Là, le jour comme la nuit, elle se tient soit sur le bord, soit dans l’eau, jusqu’à la partie supérieure du tarse, sans jamais nager : si elle marche , c’est à pas lents , quoique ses mouvements soient vifs. Amie de la société, on la voit rarement isolée : elle vit en petites troupes de deux à vingt individus , suivant les
(1) Cette livrée, indiquée par quelques auteurs comme celle de l'oiseau à trois ans , est bien certainement une livrée de noces; de même qu’Azara, nous ne l'avons jamais vue sur les nombreux individus que nous avons recueillis dans l'Amérique méridionale, aux lieux où elle ne niche pas. Dans le cas contraire, on serait peut-être amené, comme quelques auteurs l’ont pensé, à regarder cette teinte rouge comme caractéristique d’une variété distincte.
(2) Encycl., t. IX, p. 1033.
saisons (car la réunion est d'autant plus nombreuse, qu’elle approche de Pinstant des migrations), où elle se mêle avec ces groupes d'oiseaux de rivage composés de Cigognes , de Jabirus, de Tantales , d’Aigrettes, qui, attirés par la facilité de s’y procurer leur proie , couvrent des marais entiers , lorsque les eaux se retirent, laissant à sec une grande quantité de poissons. Nous avons remarqué qu'elle était d'autant moins craintive, que ses troupes étaient plus nombreuses.
La forme de son bec, fortement déprimé , influe sur ses mœurs ; aussi, lorsqu'elle le plonge dans la boue pour chercher à saisir les petits poissons , les reptiles, les vers, les mollusques . dont elle se nourrit, au lieu de le pousser devant elle, ce qui opposerait une résistance, elle le dirige à droite et à gauche, décrivant autour d’elle une partie de cercle, et saisissant, avec adresse, tout ce qu’elle rencontre dans sa fouille. Son vol ressemble à celui de la Cigogne; de même elle tient ses pieds allongés en arrière , le cou droit , ainsi que le bec, et parcourt de grandes distances, en s’élevant très haut. Il est rare qu’elle se perche sur les arbres.
Nous ne savons absolument rien de sa nichée; ce moment venu , elle abandonne les lieux où nous l’avons rencontrée, pour n’y revenir que quelques mois après.
On la chasse peu, parce que sa chair a une forte odeur de marécage , assez désagréable.
Dans la province de Corrientes , à la frontière du Paraguay, les Espagnols la nomment , nous ne savons pourquoi, Pajaro penitente (oiseau pénitent). Les Guaranis la désignent sous celui de Guira-pyta (oiseau rouge) lorsqu’elle est adulte , ou de Gwra-ti (oiseau blanc). Elle a encore une synonymie étendue dans les langues indigènes de l'Amérique méridionale. On l'appelle (d’après les mots que nous avons recueillis) en Mobcobis du grand Chaco , Nnapalo ; en Botocudo du Brésil, Etchum. Dans la province de Chiquitos, centre de l'Amérique méridionale , c’est en Chiquito , Oipeich ; en Samucu, Chupeni-pisabé, en Otuké, Toki-toki ; en Morotoca, Nati; en Sarabeca, Zutajare ; en Guarayo , dialecte du Guarani, Urachumbe; c’est encore, parmi les langues de la province de Moxos , en Chapacura, Humen ; en Muchojeone, Tinore ; en Itonama, Ranana ; en Cayuvava, Bebébè ; en Hénès, T'ahuazi ; en Pacaguara, Toto; en Movima, Balochi ; en Canichana, Nikéjné ; en Moxo, /ñoehi (Ignotchi, pron (ranc.).
OISEAUX. 219 GENRE TANTALE, TANTALUS, ZLinn.
Le genre Tantalus contient trois espèces, l’une d'Afrique, l'autre d'Asie , la troisième d'Amérique , dont nous allons nous occuper , et qui se trouve, en même temps , dans les deux Amériques et aux Antilles.
Ne s’arrêtant qu’à la forme du bec , Cuvier a pu ranger les Tantales parmi les Longirostres, à côté de l’Ibis; mais, d’après nos obser vations, il serait difficile de se restreindre à un caractère exclusif dans les méthodes; car, en raison de leurs mœurs et de leurs habitudes , les espèces de ce genre doivent bien plutôt prendre place parmi les Ardéidées, attendu qu’on les trouve toujours mêlées avec les oiseaux de cette famille , et qu’elles en ont toutes les habitudes , comme le prouvera la description suivante.
x° 93. TANTALE D’AMÉRIQUE.
TANTALUS LOCULATOR.
Coco, À CUBA.
T'antalus loculator, Klein, Avi, p. 127, litt. C.
Tantalus loculator, Linn., Syst. nat., ed. 10, gen. 75, ND 11
Tantalus loculator , Gmel., Syst. nat., ed. 13, n° 1, gen. 85.
Tantalus loculator, Lath., Syst. ornith., gen. 70, sp. 1.
Tantalus loculator, Wood ibis, Wils., 4m. orn.;, VW, p- 39, tab. 66, f. 1.
T'antalus loculator, Bonap., Syn.
Tantalus loculator, Vieall., Encycl. méth., t. WI, Fe OR EN à SAC A 2e
Tantalus loculator, Vigors, Zool. journ., 1827, t. I, p. 447, n° 38.
T'antalus plumicollis, Spix, tab. 85 (junior).
Tantalus loculator, Prine. Max. Beitrag..….. von Bras., 6, INC OS.
Tantalus loculator, Wagler, Syst.
Pelecanus americanus, Wood pelican , Catesby, Carol., t LA pleoir
Numenius americanus major, le grand Courlis d’Armérique, Briss., Orn., t. V, p. 335, n° 8.
Le Couricaca, Buff., Oùis., t. VII, p. 276, Enl. 868.
Tuyuyu cangui, Âz., Apunt. para la Hist. de los Pax., t. IL, n° 344.
Couricoua Brasiliensibus, Marce., Hist. nat. Bras., p.191.
Ibis nandapoa, Vieill., Encycl. méth., t. I, p. 1149 (d’après Azara, n° 344).
Ibis nandapoa, Vieill., Dict. d'hist. nat., t. XVI, p. 20.
T'antalus loculator, Penn., Arc. zool., n° 360.
Tantalus. Capite colloque supra denudatis, nigris ; remigibus et rectricibus nigris ; corpore albo ; rostro luteoviridescente ; pedibus nigris.
Adulte. Jeune.
Dimensions. Longueur totale................ 1 m. 250 1m. » millim. Du pli de l’aile à son extrémité......... 5oo 400 Dedatquene ere Ce -er-cRe-cperecaer: 10 »
Dubec#err-.-.re A DAS OU O0 He 200 150 Dela jambe........:................. 410 400
Mâle adulte. Tout blanc ; les rémiges et rectrices noires à reflets verts et violets ; la tête et le haut du cou nus, noirs et comme écailleux; bec jaunâtre-vert obscur ; yeux bruns ; pieds noirs.
Femelle. Couverture supérieure des rémiges à tiges noires, le cou garni de plumes effilées , blanc sale.
Jeune. Tête et gorge couvertes de plumes blanches ; corps noirâtre, dos et ventre cendrés.
Cet oiseau, l’un des plus communs parmi les Échassiers du nouveau monde, habite , en même temps, l'Amérique méridionale , les Antilles, l'Amérique septentrionale. Sur le premier de ces continents, nous l’avons rencontré successivement depuis l’embouchure de la Plata, près Buenos-Ayres (au 34° degré), à Corrientes (frontières du Paraguay), et jusqu’au centre de l'Amérique , dans les provinces de Moxos et de Chiquitos (république de Bolivia). Ilest aussi très commun au Brésil , à la Guyane, dans Pile de Cuba,
OISEAUX. 221 mais ne parait pas s’avancer, à beaucoup près, autant dans l’Amérique septentrionale que dans l'Amérique du sud ; suivant quelques auteurs , il ne passerait pas au nord des Carolines, où il niche, mais ne séjourne point l’année entière. Tout en indiquant une si vaste étendue de terrain comme habitation du Tantalus loculator, nous sommes loin de dire qu’il soit également commun partout. Nous ne avons jamais vu à Pouest des Andes, et il est rare au delà du 30° degré de latitude australe, n’étant nombreux que près de la zone torride.
Ainsi que beaucoup de Hérons, il reste isolé tout le temps qu’il ne voyage pas ; alors, de même que les Cigognes américaines, il se tient de préférence , au bord des lacs, des marais, où les eaux sont peu courantes, souvent seul, d’autres fois faisant société avec les Spatules roses, les Ærdea alba, les Cigognes et les Jabirus. On le voit, quand il pêche, enfoncer son bec dans l’eau ou dans la boue, pour y saisir les poissons, les reptiles, les vers, les crustacés et les mollusques qui s’y cachent ; ou, s’il est au repos, il rentre la tête dans les épaules, de l'air le plus stupide possible. Ces oiseaux, au moins dans les lieux que nous avons visités, laissent approcher le chasseur sans manifester aucune crainte, ce qui peut tenir à la sécurité dont ils jouissent, en raison du peu de cas qu'on fait de leur chair et de leur plumage, que n’estiment ni les indigènes, ni les colons. Leur vol est lourd, lorsqu'ils ne voyagent pas, et ils ne font alors que rarement de longues traites. Leur démarche est compassée, sur les rivages comme dans l'eau.
Dans l’hémisphère sud, c’est principalement au printemps et en automne qu'ils se réunissent pour émigrer momentanément , soit afin de chercher , à la manière des Hérons, un lieu qui leur présente des ressources alimentaires plus abondantes, soit pour se rendre à Pendroit où ils ont l’habitude de nicher, formant alors des troupes composées quelquefois de plus de cent individus qui s’arrêtent ensemble et volent de concert, sans jamais se séparer. Combien de fois, tantôt dans les marais de la zone torride , tantôt sur les rives du Mamoré ( province de Moxos), ne les ayvons-nous pas vus couvrir des plages entières, blanchissant la cime des arbres sur lesquels ils s’abatient ; ou bien très élevés dans leur vol, se diriger nord et sud , en dessinant toujours dans les airs les deux côtés d’un triangle très ouvert , dont les vieux mâles, reconnaissables à leur cou noir, occupent le sommet, d’où ils paraissent
conduire le reste de la troupe , comme autant de guides auxquels leur plus d'expérience a mérité la confiance générale!
Dans la saison des amours, c’est à dire au mois d'octobre pour l'hémisphère sud, ils abandonnent momentanément la frontière du Paraguay, pour n’y revenir que quelques mois après , emmenant avec eux leurs petits, faciles à reconnaître à leur livrée. Nous n'avons pas rencontré leur nichée dans les autres parties de lAmérique méridionale que nous avons visitées, tandis qu’ils nichent presque toute l’année dans Pile de Cuba (1), et qu’ils s’avancent même jusqu’à la Caroline , où, tel que celui des Hérons, leur nid est placé sur les arbres.
Un autre trait qui rapproche le Tantale américain des Ardéidées, c’est son habitude, quand il est blessé, de faire claquer avec force les mandibules de son bec, comme le font les Jabirus, les Cigognes et les autres oïseaux de cette famille, qui semblent par là vouloir intimider leurs ennemis.
Toujours bons observateurs des mœurs des animaux , les indigènes comprennent, le plus souvent, le Zantalus loculator sous la dénomination générale qu’ils appliquent aux Cigognes, aux Jabirus, avec lesquels il vit. C’est ainsi que les Guaranis de Corrientes le nomment T'uyuyu canqui, de tuyuyu (mangeur de vase, d’après son habitude de plonger le bec dans l’eau ou dans la fange), nom générique, et de l’adjectif cangui. C’est ainsi encore que les Guaranis des Missions le placent avec la Cigogne, qu’ils nomment Ayaya, en joignant à ce dernier mot Ayura-hu (à cou noir). Les Espagnols de la république Argentine le confondent sous la dénomination de Cigueña (Cigogne), et ceux de la Santa Cruz de la Sierra, sous celle de Bato, commune aussi aux Cigognes et aux Jabirus. De plus, chaque nation indigène lui donne un nom différent. Dans la province de Chiquitos, à l’est de la république de Bolivia, c’est en
(1) C’est, nous le pensons, de l’oiseau qui nous occupe dont parle Oviedo dans son {istoria general de las Indias (1547), Gb. XNIX, cap. v, folio 132, lorsqu'il dit : « Ay en la ysla de Cuba innumerables gruas de las mismas que se suelen ver » en España, digo de aquel plumage y grandeza y canto. Las quales son natu- » rales de aquella ysla, pues crian alli, y los muchachos y los que queren, traen » a los pueblos infinitos huevos y grullitos de las cavanas y campos donde crian, » y en todo el año ay aquestas aves en aquella yslo. »
« Il existe dans l’île de Cuba une grande quantité de Grues semblables à celles qu’on voit en Espagne, quant au plumage, à la taille et au chant; elles sont propres à cette île, où elles nichent; les enfants apportent dans les villes beaucoup d'œufs et de jeunes Grues des savanes et des lieux où elles nichent. Cet oiseau se trouve toute l’année dans l’île de Cuba. »
OISEAUX. 223 Chiquito, Ututich ; en Samucu , Ayrgnag ; en Otuké, Ahuocani ; en Morotoca, Afsolareta ; en Sarabeca, Arichaitue ; en Paiconeca, Camolus ; en Guarani du haut Pérou ou Guarayos, Cangu; en Botocudo du Brésil, Aïn. Dans la province de Moxos, nous avons trouvé qu’il était nommé en Chapacuras, Atalapaicun ; en Baures, Cichere ; en Itonama, Huabo ; en Cayuvava, Chodoche ; en Iténès, Taratara ; en Pacaguara, Toria; en Movima, Huapaito ; en Canichana , Mitasni ; en Moxo, Catsikehu.
PHOENICOPTÉRIDÉES, PHOENICOPTERIDÆ, ANVob.
Loin de partager l’opinion de Vieillot, qui place le genre Phœnicoptére parmi les Palmipèdes , nous croyons que ses longues jambes le rangent beaucoup mieux et plus naturellement dans les Échassiers , puisqu'il a d’ailleurs les habitudes des Ibis ; néanmoins, son bec étant trop disparate pour qu’il puisse figurer avec les Scolopacidées, nous croyons devoir le considérer comme le type d’une petite famille composée seulement du genre Phœnicopterus.
GENRE FLAMMANT, PHOENICOPTERUS, Zinn.
Ce genre, caractérisé par ses très longues jambes à pieds demipalmés , par son très long cou, par son bec épais, anguleux au milieu , recourbé et dentelé sur les bords, par sa langue épaisse charnue, par son plumage rouge, par ses habitudes sociales, comprend seulement trois espèces , une d'Europe, les deux autres d'Amérique, parmi lesquelles le Phœnicopterus chilensis est propre aux régions méridionales , tandis que celui qui nous occupe vit sous la zone torride, aux Antilles et sur les deux continents américains.
n° 94. FLAMMANT D’AMÉRIQUE.
PHOENICOPTERUS AMERICANUS, Seba.
Flammenco , À CUBA.