LE PINSON CHANTANT. —LE ROSSIGNOL DU CANADA
(Song Sparrow.)
“ Avons nous le Rossignol en Canada. ?” Telle était la question que le Canadien nous adressait en avril dernier.
De graves historiens, { des naturalistes en crédit, les neuf dixièmes de la population du Bas-Canada y inclus la jeunesse entière des campagnes, très friands de Mer'es et de Rossignols, tous ont déjà repondu affirmativement à cette question. Ce sera donc bien à regret, que nous devrons nous
| inscrire en faux contre ce témoignage presqu’uni-
: versel.
Qui doute que nous ne préférions pouvoir reclamer comine appartenant à la Faune Canadienne, le barde ailé, qui fait la gloire de la France, de l'Italie et de l'Allemagne ?
1f Oh! que nous aimerions à dire à nos jeu-
LEE nes amis, grands amateurs de jeunes Merles et de Ros-
1 signols. ‘“ Jeunes gens, conservez vos illusions, c’est
* No. 363. Melospiza melodia.—Batrp.
Fringilla melodia. —AupuBox.
# ‘ Le Rossignol du Canada est à peu près le même que celui de France pour la figure ; mais il n’a que la moité qu de son chart: le Roïtelet lni a derobé l'autre moitié.”’ 1 . (CHARLEVOIx.)
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Je plus bel apanage de la jeunesse ” ! Votre fi vori est bien un véritable Rossignol! Mais la grande voix de la verité s’est fait entendre : et il faut faire table rase des opinions de nos pères et de celles de nos compatriotes. On comprendra maintennant le le but des longs extraits qui vont suivre: on verra la raison d’être de ce luxe de citations, que l’on va lire: lesquelles en d’autres occasions quelqu'intéreësantes qu’elles pussent ètre, paraîtraient prolixes et diffuses.
Il s’agit de deraciner, de pulvériser, une bien vieille, une bien respectable erreur,
Avant de nous enquérir si réellement nous avons parmi nous le roi du chant, voyons d’abord ce que c’est que le Rossignol d'Europe. Taille, six pouces deux lignes ; les parties supérieures sont d'un brun toux ; la gorge et le ventre blanchâtres ; la poitrine et les flancs :cendrés ; la penne bâtarde est courte et étroite ; la première remige est égale à la quatrième, ou plus longue. Ce qui fait surtout con-
naître cet oiseau, c’est la mélodieuse variété de son
chant, L'’Allemand Bechstein a cherché à écrire les paroles que prononce cet admirable chanteur : c’est à ceux qui ont entendu les accents de cette douce et plaintive Sapho des bois à décider du degré de ressemblance pui peut exister entre l’œuvre de Bechstein et le chant du Rossignol. Voici : Tioù, tioù, tioû, tioù, —Spe, tiou, squa—Tio, tiô, tid, tid, ti, tio, tio, tix—Coutio, coutio, coutio, coutio—Squd, squd, squd, squû—Tzu, tzu, tzu, tzu, tzu, tzu, tzu, tzu, tzu, tzi—Corror, tiou, squa, pipiqui—Z0z02020202020202020z020, zirrhading |—Tsishi—Tzatu, tzatu, tzatu. tzatu, tzatu, tzatu, tzatu, dzi —Dlo, dlo, dlo, dlo, dlo, dlo, dlo, dla dlo—Quio, tr rrervrrr itz—Lu, lu, lu, lu, ly, Lly, ly, ly, lié, lié, liè, lié,—Quio, didi li lulylie—Hagurr, gurr, quipio ! —Coui, coui, coui, coui, qui, qui, qui, gai, gui, gui, gui—Gall goll goll goll œuia hadadoi—Couigui, horr, ha diadia dill si !—Hezezezezezezezezezezezezezezezeze couar ho dze hoi—Quia, quia, quia, quia,
quia, quia, quia, quia ti—Ki. ki, hi, io, io, do, io1oioio ki—Lu ly li le lai la leu lo, did} ïo quia—Kigaigaigaigaigaigaigai guiagaigaigai couior dzio dzio pi.
“ Le Rossignol, dit Lemaoût, est d’un naturel timide ; il voyage, arrive et part seal. C’est au commencement d'avril qu'il parait en France ; il n’attend pas sa famille pour chanter, mais son chant redouble d'expression pendant la saison des œufs. Il place son nid dans un buisson, à une petite hauteur de terre, quelquefois même entre les racines ; il le construit avec des herbes, des feuilles de chène, du crin. Ce nid, très profond et peu solide, contient quatre ou cinq œufs arrondis, d’un brun verdâtre, dont le grand axe est de huit lignes et demie, et le petit axe de six lignes. Il chante la nuit comme le jour, durant l'incubation, mais dès que les petits sont éclos, ce qui arrive à la fin de mai, sa voix s’altère. et devient une sorte de croassemment, rauque comme celui d’une Grenouille. Il nourrit ses petits de vermisseaux et de larves d'insectes, w’il dégorge dans leur bec. Vers la fin de septembre, il émigre pour aller chercher dans l'Egypte, la Syrie et l’Asie, la nourriture animale qu'il ne trouve plus en France. ” Ouvrons Buffon et dérobons lui ou plutôt à son collaborateur Gueneau de Montbeillard, une de ses pages admirables. A part quelques exagérations qui font du Rossignol un artiste trop civilisé, et qui d’ailleurs prennent leur source dans un enthousiasme trop sévère, le chapitre du Rossignol est un morceau achevé. On est tenté de croire, dit Lemaoût, que l’auteur avait une de ces Fauvettes chantant devant la fenêtre de son cabinet et qu’il s'envirait en quelque sorte sous la dictée de l'oiseau, quand il énumère avec tant de bonheur les merveilleuses qualités de sa voix.
“ Il n’est point, dit-il, d'homme bien organisé a quice nom ne rappelle quelqu’une de ces belles nuits de printemps, où, le ciel étant serein, l'air calme, toute la nature en silence, et, pour ainsi dire, attentive, il a écouté avec ravissement le ramage de
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cé chantre des forêts. On pourrait citer quelques autres oiseaux chanteurs dont la voix le dispute, à certains égards, à celle du rossignol : les allouettes, le serin le pinson, les fauvettes, la linotte, le chardonneret, le merle commun, le merle solitaire, le moqueur d'Amérique, se font écouter avec plaisir, lorsque le rossignol se tait: les uns ont d’aussi beaux sons, les autres ont le timbre aussi pur et plus doux; d’autres ont des tours de gosier aussi flatteurs ; mais il en est pas un seul que le rossignol n’efface par la réunion complète de ses talents divers, et par la prodigieuse variété de son ramage; en sorte que la chanson de chacun de ses oiseaux, prise dans son étendue, n’est qu’un couplet de celle du rossignol.
Le rossignol charme toujours, et ne se répète jamais, du moins jamais servillement ; s’il redit quelque passage, ce passage est animé d’un accent nouveaux embelli par de nouveaux agréments:
il réussit dans tous les genres, il rend toutes les expressions, il saisit tous les caractères ; et de plus, il sait en augmenter l'effet par les contrastes. Ce coryphée du printemps se préparet-il à chanter l'hymne de la nature, il commence par un prélude timide, par des tons faibles, presqu'indécis, comme s’il voulait essayer son instru. ment et intéresser ceux qui l’écoutent ; mais ensuite prenant de l’assurance, il s’anime par degrés, il s’échauffe et bientôt il déploie dans leur plénitude toutes les ressources de son incomparable organe: coups de gosier éclatants ; batteries vives ct légères; fusée de chant, où la netteté est egale à la volubilité ; murmure intérieur et sourd qui n’est point appréciable à l’oreille, maïs très propre à augmenter l'éclat des tons appréciables; roulades précipitées, brillantes et rapides, articulées avec force, et mème avec une dureté de bon goût ; accents piaintifs cadencés avec mollesse ; sons filés sans art, mais enflés avec âme ; sons enchanteurs et pénétrants, qui font palpiter tous les cœurs et qui causent à tout co qui est sensible une émotion si douce, n
une langueur si touchante. C’est dans ces tons pas- LA sionnés que l'on reconnait le langage du sentiment pu. Eee époux heureux adresse à une compagne ché-
| e,et qu'elle peut lui inspirer ; tandis que dans d’autres phrases plus étonnantes peut-être, mais moins expressives, on reconnait le simple projet de l’amuser et de lui plaire, ou bien de disputer devant elle le prix du chant à des rivaux jaloux de sa gloire UE et de son bonheur.
Ces différentes phrases sont entremêlées de silences, de ces silences qui, dans tout genre de mélodie, concourrent, si puissamment aux grands effets. On jouit des beaux sons que l’on vient d’entendre, et qui retentissent encore dans l'oreille : on jouit mieux parce que la jouissance ert plus intime, plus recueillie, et n’est point troublée par des sensations nouvelles: bientôt on attend, on désire une autre reprise; on espère que ce sera celle qui plait ; si l’on est trompé, la beauté du morceau que l’on entend ne permet pas de regretter celui qui n’est que différé, et l’on conserve l'intérêt de l’espérance pour les reprises qui suivront. Au reste, une des raisons pourquoi le chant du rossignol est plus remarqué et produit plus d'effet, c'est parceque, chantant seul, sa voix à tout son éclat, et. n’est offusquée par aucune autre voix; il efface tous les autres oiseaux parses sons moelleux et flûtés, et par la ERA durée non interrompue de son ramage, qu’il sou-
UE tient quelquefois pendant vingt secondes. ”
FPE Voyons maintenant comment Toussenel fait l’a-
pothéose de l’oieau que Buffon vient de décrire. ‘ Le Rossignol n'a pas à se plaindre comme le Rouge-gorge et le Bec-figues que la Poésie et l'Histoire aient été ingrates à ses mérites, On l’a chanté Hi dans toutes les langues des pays qu'il habite. On a dpi | écrit sur lui cent ‘traités spéciaux. Toutes les lit- 44 | tératures du Midi, de l'Orient, de l'Occident et du fl: Nord retentissent de ses apologies, Je ne sache pas de grand poëte, à commencer par Eurpig et par Virgile chez les anciens, et à finir par Lamartine chez lès modernes qui ne se soit cru obligé de