LAGOPÈDE OU PERDRIX BLANCHE DES PYRÉNÉES
( Telrao lagopus. LINNÉ.)
C'est fort improprement qu’on donne à cet oiseau le nom de perdrix blanche , car ce n’est point une perdrix, et il n’est blanc que pendant l'hiver. Le nom de Lagopède que je donne à cet oiseau, dit Buffon, est celui que Pline et les anciens lui donnaient, et il doit lui être conservé, car il exprime un attribut unique parmi les oiseaux, la présence de plumes sous les pieds comme on le remarque chez le lièvre.
Cet oiseau est'aussi connu sous les noms de perdrix de neige, gelinotte blanche, attagas, tétras ptarmigan et lagopède alpin.
En hiver, le mâle est d’un blanc pur; une bande noire part de l’angle du bec et s'étend jusqu'aux yeux, qu’elle dépasse un peu. Sa queue est large et a les pennes latérales noires. Les tarses et les doigts sont couverts, même en dessous, de petites plumes blanches très-touffues et laineuses; une papille rouge, étroite et dentelée. entoure les yeux, qui sont d’un beau noir. Le bec est noir ; les ongles noirs sont crochus et subulés. .
La femelle, un peu plus petite que le mâle, en diffère par l’absence de la raie noire de l'œil et par une papille moins développée.
En été, tout le plumage est d’un gris cendré lavé de fauve et coupé par un grand nombre de petits zigzags noirs; le ventre, le dessous de la queue, les jambes, les tarses et les doigts sont blancs. Une bande noire s'étend du bec à l'œil, qu'elle dépasse un peu ; les ailes sont blanches ou blanchâtres. La femelle, colorée comme le mâle, n’a point de bande noire aux yeux, mais son plumage général est plus foncé.
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LAGOPEÈDE.
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J. Rothschild, Editeur.
Chenu, Ornithologie du Chasseur.
Cette différence bien tranchée de plumage en été et en hiver entraîne naturellement, pour les saisons intermédiaires et l’époque de la mue, un troisième plumage, qui tient des deux premiers et semble donner une variété panachée. Il en est de même des jeunes avant la seconde mue.
Les femelles établissent leurs nids sur les rochers couverts de mousse, au pied d’un petit buisson vert, et elles pondent huit ou dix œufs, dont la couleur est grise ou jaunâtre, avec de nombreuses taches irrégulières noires ou brunes, et des points et des | taches marron.
«Cet oiseau, dit l'abbé Caire, par un privilége qu’il ne partage peut-être avec aucun autre, subit dans l’année trois mues bien distinctes, l’une commence à la mi-avril, à peu près, et finit vers le milieu de mai. Chez le mâle très-adulte, la poitrine et les flancs prennent alors une teinte d’un noir brun velouté; le dos, la tête et le cou ont à peu près la même couleur, mais les plumes de ces parties sont plus frangées de blanc et de roux. L’abdomen et les ailes restent d’un beau blanc, comme en-hiver. La femelle, à la même époque, est bien différente du mâle : au lieu du noir brun, c'est le roux qui domine dans son plumage , surtout au mois de Juillet, lorsque le liséré blanc des plumes est usé et a presque entièrement disparu, par suite de l’incubation ; elle a alors l’abdomen et une partie du sternum entièrement dénudés. Ce n’est qu’au commencement du mois d'août que ces parties se couvrent de plumes entièrement blanches, et c’est par là que commence, chez elle, la mue d'automne. Sa ponte ne dépasse jamais neuf ou dix œufs.
«La seconde mue, que personne n’a encore mentionnée, commence vers le milieu d’août et se termine vers la mi-septembre. Elle ne produit pas un plumage de transition de celui du printemps à celui de l'hiver, mais donne lieu à une livrée aussi réelle, aussi complète que la première et la dernière. Il est facile de s’en
convaincre en examinant, à la fin d'avril, les plumes à peine sor-
ties de leur tuyau, dans tous les sujets. Bientôt le plumage foncé et usé du printemps fait place à un plumage frais qui se rapproche déjà de celui de l’hiver, et qui n’est plus, comme celui d'été, d’un brun noirâtre et roux, mais d’un gris blanchâtre couvert de nombreux zigzags blancs à la poitrine, sur les flancs, au cou et sur le dos. Chez la femelle, le gris est plus roussâtre et les taches ou bandes rousses et noires sont aussi beaucoup plus étroites et plus fines que dans son plumage d'été.
«La troisième mue commence à la mi-octobre et finit vers la fin de novembre. Les deux sexes sont alors entièrement blancs, les rectrices exceptées, qui sont d’un brun noir en tout temps. Quelques auteurs ont avancé que les deux rectrices médianes sont blanches : c’est là une erreur. Ce sont deux sus-caudales , et quelquefois quatre, qui prennent cette couleur, et qui atteignent la longueur des rectrices; mais elles tombent au printemps après toutes les autres plumes de la livrée d’hiver, et sont remplacées, au mois de juin, par des sus-caudales brunes, traversées par plusieurs zigzags roux ou grisàtres. La mue des tarses, des rectrices et des rémiges n'a lieu qu'une fois par an. En toute saison, les mâles portent une raie noire qui, de l'œil, s'étend à la racine du bec; les femelles ne l’ont jamais.
«Pourquoi ce tétras est-il blanc en hiver, brun roux au printemps, grisâtre et blanchâtre en automne? et pourquoi le lèvre blanc , qui fréquente les mêmes localités, suit-il les mêmes phases, par rapport au pelage? La raison que l’on peut donner d’un pareil fait témoigne hautement de la sagesse de celui qui a créé toutes choses. Les lagopèdes et les lièvres blancs sont sédentaires toute l’année au sommet de nos montagnes, dans les régions que fréquentent habituellement les aigles et d’autres grands oiseaux de proie. Or si les tétras étaient blancs en été sur un terrain noirâtre, et noirs ou gris en hiver sur la neige, qu’ils ne quittent jamais dans cette saison, leurs ennemis naturels les distingueraient trop facilement et à-
de trop grandes distances, et depuis longtemps ces animaux auraient disparu. — Mais pour atteindre ce but, il semble qu'il eût suffi de deux livrées, celle de l'hiver et celle du printemps : pourquoi donc celle de l’automne? — c’est précisément de ce fait que ressort la sagesse du créateur. C’est à l’époque où nos montagnes nues commencent à ressentir les effets des premiers frimas et ‘à erisonner, si je puis ainsi dire, que les lagopèdes et les lièvres sont, non pas entièrement blancs, mais grisâtres ou blanchâtres, et cela, pour être en harmonie et s'identifier avec les nuances du sol et se soustraire ainsi à la vue de leurs ennemis. » (Abbé Caire.)
Les lagopèdes se trouvent en été sur les points les plus élevés des hautes montagnes, près de la zone des neiges. En hiver, ils descendent dans les régions moyennes, sans cependant quitter la neige, sous laquelle ils se creusent des galeries, qui leur permettent de trouver leur nourriture cachée par la neige. Ils sont communs dans les Pyrénées et les Alpes. Leur nourriture consiste en chatons, feuilles et jeunes pousses de pin, de bouleau, de bruyère et de plantes aromatiques. C’est sans doute à la nature de leurs aliments que ces oiseaux doivent le goût particulier et la légère amertume de leur chair, qui d’ailleurs est bonne et plait à bon nombre de gourmets. Buffon trouve beaucoup de ressemblance entre la chair du lagopède et celle du lièvre, et je puis confirmer cette opinion du célèbre naturaliste. Il dit aussi que les lagopèdes volent par troupes et que leur vol est peu élevé; cela est vrai, et l’on peut ajouter: peu soutenu, car ce sont des oiseaux très-lourds.
Les lagopèdes se laissent assez facilement approcher, et l’on serait tenté de croire qu’ils comprennent que la couleur blanche de leur plumage les dérobe aux regards du chasseur et même à ceux plus exercés de l'oiseau de proie. Il est bon d'ajouter que les difficultés que rencontre le chasseur pour les suivre dans les montagnes escarpées et couvertes de neige en sauve un grand nombre , et que
la plupart des oiseaux de proie qui habitent les mêmes régions ne
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se nourrissent guère, sauf quelques exceptions, que de proies mortes et déjà en putréfaction.
Les lagopèdes donnent facilement dans les piéges, et la plupart de ceux qu’on apporte au marché dans les Pyrénées, où j'ai pu en observer un grand nombre , sont presque tous pris au collet; ce qui confirme en partie l'opinion que ces oiseaux sont stupides. On assure même, dit Buffon, qu’ils n’osent jamais franchir une rangée de pierres grossièrement alignées, et qu'ils suivent cette humble barrière jusqu'aux piéges qui les attendent.
Ainsi tout semble avoir été prévu pour mettre le lagopède à l'abri des oiseaux de proie; mais en est-il de même à l'égard de l’homme, bien plus destructeur que les animaux de rapine? non, «rien n'arrête le montagnard fait à nos rudes climats. Non content d’avoir poursuivi et décimé le lagopède au temps des amours, il trouve mille piéges, mille moyens ingénieux pour le traquer encore dans la neige. Parmi ces divers genres de chasses, le plus curieux est, sans contredit, celui qui consiste à poursuivre l'oiseau dans les galeries qu’il se creuse, au contact du sol, en quête de sa nourriture... Des chiens de petite taille, dressés à cela, le cherchent et l’annoncent en s’aventurant à sa poursuite ; les ondulations de la neige, ses éboulements indiquent la direction ; un peu d'habitude fait saisir le moment où le chien va bourrer, et l'habileté du chasseur consiste à jeter, adroitement et à propos, son filet de manière à envelopper gibier et chien au moment où ils vont l’un et l’autre se dégager de la neige. » (Jaubert.)
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