‹ Ornithologie du chasseurChapitre 3 sur 65 · FAISANS · texte numérisé non relu

FAISANS

Parmi les faisans qu'on rencontre dans les forêts en France, et indépendamment des variétés de plumage dont nous parlerons, on distingue trois espèces : le faisan commun (phasianus colchicus), le faisan à collier blanc (phasianus torquabus) , et le faisan indien (phasianus versicolor). Ces trois espèces se croisent facilement.

Il suffit, dit Buffon, de nommer le faisan, pour se rappeler le lieu de son origine ; c’est l'oiseau du Phase.

Il était confiné dans la Colchide avant l'expédition des Argonautes ; ce sont ces Grecs qui, en remontant le Phase, pour arriver à Colchos, virent ces beaux oiseaux sur les bords du fleuve et en rapportèrent dans leur patrie; de là ils se répandirent dans diverses parties de l’ancien monde.

Le faisan , assez commun aujourd’hui dans quelques forêts de la France, où il se reproduit en liberté, était très-rare il y a cent ans, et ne se trouvait que dans les parcs réservés aux chasses royales, et, là même, on était obligé de l’élever dans des faisanderies. «Il

s’en faut bien, disait encore Buffon, que les faisans soient répansl

dus en France; on n’en trouve que très-rarement dans nos provinces septentrionales, et probablement on n’y en verrait point du tout, si un oiseau de cette distinction ne devait être le principal ornement des chasses de nos rois ; mais ce n’est que par des soins continuels , dirigés avec la plus grande intelligence qu’on peut les y fixer, en leur faisant, pour ainsi dire, un climat arüficiel convenable à leur nature; et cela est si vrai, qu’on ne voit pas qu'ils se soient multipliés dans la Brie, où il en vient toujours quelquesuns échappés des capitaineries voisines, et où même ils s’apparient quelquefois; car il est arrivé à M. Leroy, lieutenant des chasses de Versailles, d’en trouver le nid et les œufs dans les grands bois de cette province. »

Après Buffon , et il y a cinquante ans à peine qu’un inspecteur des forêts et chasses du roi, M. Jourdain, écrivait (1822) dans un traité général des chasses à courre et à tir, que le faisan commun (phasianus colchicus) «est la seule espèce dont on trouve, dans quelques cantons de la France, des individus vraiment sauvages, c'est-à-dire qui n'aient pas été élevés dans des parcs. Il est néanmoins probable qu'ils doivent leur origine à quelques-uns de ces oiseaux échappés des faisanderies où ils ne se plaisent pas, et qui se sont réfugiés dans des forêts où ils se sont reproduits. Les localités, ajoute-t-il, où l’on trouve plus particulièrement les faisans, sont les montagnes du Forez et celles du Dauphiné dans la partie qui avoisine le Piémont; les forêts de Loches et d’Amboise dans la Touraine, et celles du Nivernais. »

Nous voyons que, depuis cette époque, le faisan s’est accclimaté dans beauconp d’autres forêts, surtout aux environs de Paris; mais ce n’est pas sans soins et sans peines, et si la race se perpétue et se conserve, c’est seulement dans les chasses réservées où l’on - peut épargner les poules et un assez bon nombre de coqs pour assurer les couvées de l’année suivante. Dans les localités où ces

DSI

précautions sont négligées, l'espèce est bientôt détruite.

Page 1