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OIES SAUVAGES

Le passage de ces oiseaux en France commence généralement à la fin d'octobre ou dans les premiers jours de novembre, et il est d'autant plus nombreux que l’hiver promet d’être plus rigoureux. Chassées des régions du Nord par les glaces, les oies voyagent par bandes de sept ou huit à cinquante, rarement en plus grand nombre. Leur vol est toujours très-élevé, et on entend de fort loin le cri rauque qu'elles répètent en volant. Si la bande est nombreuse, elle est rangée en triangle ou plutôt en <, et dans ce cas, chacune des oies passe à son tour à la première place, c'est-à-dire à l'angle du <, et quand elle est fatiguée, elle se détourne et va prendre la queue d’un des côtés. Si la bande est au contraire composée d’un petit nombre d'individus, les oies ne forment qu'une seule ligne en colonne et quelquefois en demi-cercle.

Pendant la journée les oies se tiennent dans les prairies et les plaines ensemencées, et ce n'est qu'après le coucher du soleil et à la nuit tombante qu’elles se dirigent vers les rivières et les étangs pour y passer la nuit. Très-sauvages et surtout très-prudentes , elles ont toujours des sentinelles pour veiller à la sûreté de la troupe; et si dans les eaux qu’elles fréquentent se trouve une île ou un ilot, c'est sur ces points généralement isolés qu’elles préfèrent s’abattre pour la nuit. Elles reviennent assez souvent aux mêmes places, et il est facile de reconnaitre le lieu où elles ont séjourné quelques heures, à la présence des fientes nombreuses

qu'elles laissent sur le bord de l’eau et à la trace de leurs pattes. Elles vont généralement peu à l’eau et ne plongent pas pour échapper au danger. |

La défiance de ces oiseaux, la finesse de leur vue et de leur ouïe rend les diverses chasses qu'on peut leur faire très-difficiles. Pendant leur séjour en France, la terre est nue, les arbres n’ont plus de feuilles et le chasseur ne peut les surprendre, car elles ont grand soin de ne s’abattre qu'au centre d’une grande plaine. Il faut alors réunir un certain nombre de chasseurs et cerner la bande, s'avancer en se cachant le plus possible et ne se montrer que lorsqu'on est à peu près à portée. Bientôt une sentinelle donne l’alerte et la bande inquiète se prépare à partir ; toutes les oies courent alors dans la même direction en battant des ailes, et le poids de ieurs corps ne leur permettant de s’enlever que trèsdiflicilement , elles quittent terre par un vol bas et un peu oblique, et décrivent plusieurs cercles avant d’être à une hauteur hors de la portée du gros plomb avec lequel on les tire. A l’aide de cette manœuvre, plusieurs chasseurs pourront faire feu, et quelquesuns seront parfois assez favorisés pour tirer d'assez près sur Ja bande. Pour faire cette chasse avec quelque chance de succès, il faut que les tireurs s'entendent bien et marchent en rétrécissant régulièrement le cercle qu'ils forment, afin d’être à peu près tous en vue en même (emps.

Les oies sauvages ont une chair assez bonne, mais dure, et ce gibier n’est estimé qu'autant qu’il est gras. On est généralement d'accord sur ce point que les qualités de la chair de ces animaux passant de l’état sauvage à la domesticité deviennent bien supé-

rieures.

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