MACREUSE
(Anas nigra. LiNNÉ.)
La macreuse a tout le plumage d’un noir brillant, velouté, à reflets violets, mais plus terne sous le ventre. Son bec est noir, large, et à la base de la mandibule supérieure on remarque une gibbosité d’un jaune orangé enveloppant les narines. Les pieds sont gris foncé, avec les membranes interdigitales noires. [iris est rouge.
La femelle est d’un noir gris; la base du bec est gibbeuse, mais les narines seules sont jaunes, et on remarque une tache de même couleur vers l’extrémité de la mandibule supérieure. |
« Les vents du nord et du nord-ouest, d’après M; Baiïllon, amènent le long de nos côtes de Picardie, depuis le mois de novembre jusqu'en mars, des troupes prodigieuses de macreuses; la mer en est pour ainsi dire couverte : on les voit voleter sans cesse de place en place et par milliers, paraître sur l’eau et disparaître à chaque instant. Dès qu'une macreuse plonge, toute la bande l’imite et reparait quelques instants après. Lorsque les vents sont sud et sudest, elles s’éloignent de nos côtes, et les premiers vents, au mois de mars, les font disparaître entièrement.
« La nourriture favorite des macreuses est une espèce de coquillage lisse et blanchâtre (anatife) , large de quatre lignes et long de dix environ, dont les bords de la mer se trouvent jonchés dans beaucoup d’endroits; il y en a des bancs assez étendus et que la mer découvre sur ses bords au reflux. Lorsque les pêcheurs remarquent que, suivant leur expression, les macreuses plongent aux vaimeaux (c'est le nom qu’on donne ici à ces coquillages), ils tendent leurs filets horizontalement au-dessus des bancs et à deux
pieds au plus du sable; peu d'heures après, la mer, entrant dans son plein, couvre ces filets de beaucoup d’eau, et les macreuses suivant le reflux à deux ou trois cents pas du bord; la première qui aperçoit les coquilles plonge, toutes les autres la suivent, et, rencontrant le filet qui est entre elles et l’appât, elles s’empêtrent dans ses mailles flottantes; ou si quelques-unes, plus défiantes , s’en écartent et passent dessous, bientôt elles s’y enlacent comme les autres en voulant remonter après s’être repues : toutes s’y noient; et, lorsque la mer est retirée, les pêcheurs vont les détacher du filet, où elles sont suspendues par la tête, les ailes ou les pieds.
«Un filet de cinquante toises de longueur sur une toise et demie de largeur en prend quelquefois vingt ou trente douzaines dans une seule marée.
«Je n'ai jamais vu aucune macreuse voler ailleurs qu'au-dessus de la mer, et j'ai toujours remarqué que leur vol est bas, mou et de peu d’étendue; elles ne s'élèvent presque pas, et souvent leurs pieds trempent dans l’eau en volant. Il est probable que les macreuses sont aussi fécondes que les canards; car le nombre qui en arrive tous les ans est prodigieux, et, malgré la quantité qu'on en prend, il ne paraît pas diminuer. »
À terre, la macreuse marche mal, mais elle tient le corps droit, se balance à chaque pas et frappe le sol alternativement de chaque pied; elle a l’air fort gauche, et chaque mouvement semble exiger des efforts inouïs. En revanche, elle est infatigable sur l’eau ; elle court sur les vagues aussi légèrement que le pétrel.
La macreuse habite les régions arctiques, d’où elle se répand, en hiver, sur toutes les côtes du continent, mais surtout sur celles du Nord.
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