IV.— Montanña (1) (Forèrs
Les grandes forêts péruviennes, comme je l'ai dit plus haut, occupent presque toute la partie plate orientale de la République, s'étendant sur le versant oriental des Cordillères jusqu'à 11,000 pieds ou jusqu’à la limite supérieure de la végétation arboricole. En outre on rencontre aussi des forêts plus ou moins grandes sur les deux versants de Ja vallée du haut Marañon, ainsi que d’autres moins considérables du côté du Pacifique et seulement dans la partie septentrionale de la République, au-dessus de 8° latitude Sud. Cependant la dénomination region de las montañas ou tout simplement montana s'applique principalement à la grande masse non interrompue du versant oriental des Cordillères et de la plaine de l’Amazone; les taches forestières du Pérou septentrional sont si peu considérables qu’elles ne peuvent pas mériter d’être considérées comme région en comparaison des masses des forêts orientales; ce ne sont que de petits bosquets longs d’une douzaine de kilomètres
Les forêts péruviennes sont principalement caractérisées par l’excessive variété des arbres. M. Jelski a trouvé à Tambillo 300 espèces d’arbres et de buissons, entre les limites de 5,800 et 7,500 pieds. — On n’y voit jamais de forêts composées principalement d’une espèce comme celles d'Europe. Outre cette différence générale 1l y a encore dans les forêts péruviennes des différences locales que je nommerai remplaçantes par des formes voisines dans des localités analogues, ce qui conduit à la conviction que le Pérou doit posséder sur son vaste territoire une flore excessivement variée.
Les saisons, dans la région des forêts, correspondent entièrement aux saisons de la sierra et de la puna avec cette différence que les deux saisons sèche et humide sont moins tranchées et moins distinctes. On sait combien les forêts conservent généralement l’humidité; il est donc
(1) Montana veut dire en espagnol montagne, maïs au Pérou on a appliqué cette dénomination aux forêts qu’on appelle aussi montes. Ce dernier nom est le plus souvent appliqué aux broussailles.
ficile de comprendre que ce réservoir gigantesque de l'humidité re possède pas de saison sèche proprement dite et constante; il y pleut de temps en temps à intervalles de quelques semaines.
La saison humide se caractérise principalement par l’abondance des pluies qui atteignent leur maximum en mars et en avril. Les rivières grossissent dans les montagnes; et dans les endroits les plus plats des forêts se forment de grandes flaques d’eau qui nourrissent des myriades de moustiques que nous n'avons pas encore vus. C’est la saison la plus pénible, mais la plus favorable pour le naturaliste; le plus grand nombre des fruits mürit et la presque totalité des insectes est en mouvement. L’ornithologiste a beaucoup plus de chance de réussir que dans la saison sèche. Jai remarqué que la première moitié de l'hiver, c'est-à-dire janvier et février, se distingue par de forts orages l’aprèsmidi, tandis que le beau temps règne dans la matinée. Au contraire, en mars, avril et mai les pluies sont moins abondantes, mais il pleut quelquefois pendant quatre, cinq et six jours de suite.
C’est dans les forêts chaudes que j'ai observé les plus magnifiques orages. À Huambo, localité située à 3,700 pieds au-dessus de la surface de la mer, c’est-à-dire dans la région où prospèrent le cacao et le riz, J'ai compté sept fois la foudre frappant successivement le même sommet si précipitanmiment qu'à peine le bruit d’un coup de tonnerre m'était parvenu, que je voyais déjà la lumière du coup suivant. Dans la même localité, j'ai été aussi témoin d’un orage sec. C'était au crépuscule, le ciel s’est couvert de nuages épais; il n’y avait pas de vent et aucune goutte d’eau n’est tombée; malgré cela plusieurs coups de tonnerre ont retenti dans le voisinage.
Je ne sais pas si, dans les plaines de l’Amazone, il tombe des pluies fines et denses; du moins je n’en ai pas vu pendant les trois mois que j y suis resté, depuis janvier jusqu’en avril. Presque tous les jours de la saison humide se ressemblent ; le matin est très beau; l'après-midi, vers trois, quatre ou cinq heures, il survient un grand ouragan accompagné d’une pluie torrentielle et de tonnerre. Ces orages ont lieu quelquefois pendant la nuit. Je les ai vus arriver de différents côtés, le plus souvent cependant du Nord ou de l’Occident. Je n’ai rien remarqué qui les distinguât de nos orages sous le rapport de la force du vent et de la pluie, si ce n’est l'intensité de l'électricité qui y prend une force inconnue en Europe. Une fois, par exemple, un orage affreux résonnait pendant la plus grande partie de la nuit; entre minuit et deux heures la lueur était
presque ininterrompue; c’étaient des éclairs continuels qui illuminaient le ciel pendant tout ce temps.
La partie supérieure des forêts se caractérise au contraire par des brouillards fréquents et des pluies fines et denses. Il y a aussi des orages fournis par la puna voisine; mais la plus grande partie du temps des pluies est tranquille. Les journées où le temps change plus de dix fois de suite n’y sont pas rares : un brouillard épais couvre les hauteurs voisines, ou un soleil brillant les éclaire. Le contraste le plus singulier résulte de ce passage continuel de la lumière la plus vive du soleil ropical à la pénombre incertaine de nos journées d'automne ou d'hiver.
Il est évident que la forêt, vu sa situation au-dessus de la surface de la mer, présente des caractères différents; nous y rencontrons donc, comme dans les contrées non boisées, quelques sous-types principaux réunis par série continue de passages. Je partage les forêts en trois sous-types : forêt chaude (sur les plaines), quichua forestier et forêt serrane. |
F'orêt chaude. — La partie de la forêt située sur la plaine de J’Amazone se caractérise par des arbres fort développés, atteignant quelquefois des dimensions gigantesques. Ces gros arbres sont assez espacés, et la distance entre eux est remplie d'arbres moins élevés, de palmiers et de différentes plantes rampantes. On peut accepter pour règle que plus les gros arbres sont rapprochés entre eux, plus les arbres intermédiaires sont rares et vice versa. Ce fait est facile à expliquer par l'ombre que produisent les premiers et qui est nuisible au développement de la végétation inférieure. Il est évident que le bord des eaux, des champs et en général les lieux découverts possèdent une végétation plus riche, ce qui ne peut être attribué qu’à la lumière plus vive, l’humidité étant surabondante dans toute la forêt. De ce que les distances sont assez considérables entre les gros arbres il s’ensuit que le contour supérieur d’une pareille forêt présente une ligne très ondulée.
La surface du sol d’une forêt semblable se présente comme une plaine sillonnée de ravins peu importants au fond desquels coule un petit ruisseau. Le cours de ces derniers est d’une abondance étonnante. Sur 2 kilomètres de la route de Vurimaguas à Chambirayacu, on traverse au moins six ruisseaux de différentes grandeurs. Tous se distinguent par un cours excessivement sinueux. Un jour, suivant le cours d’un ruisseau, 1l m'a fallu une heure pour traverser la distance qu’on ferait
en cinq minutes en ligne droite, Les rivières sont soumises aussi à la mème règle. Entre Yurimaguas et la colonie Santa Rosa, la route droite demande une demi-heure, c’est-à-dire qu’elle a de 3 à 4 kilomètres, tandis que le vapeur qui suit l'Huallaga avec une vitesse de 12 kilomètres à l'heure met plus d’une heure à faire ce trajet.
Le sol, dans ces forêts, est ordinairement argileux, ce qu’on reconnait sur les bords abrupts des ruisseaux et des rivières jonchés d’une couche épaisse de feuilles sèches. Çà et là on rencontre de grandes surfaces situées au-dessous du niveau général de la plaine, exposées aux inondations des rivières voisines; le sol y est limoneux. Ce sont des lieux où se trouve le plus magnifique des palmiers, aguaje (Mauritia flexuosa).
En examinant en détail la faune ornithologique de cette région, d’après exploration de M. Bartlett, la plus complète, on voit que les familles des Tanagrides, Dendrocolaptides, Formicarudes, Tyrannides et Trochilides y ont le plus de représentants. Je sais par l’expérience que dans les forêts chaudes les Formicarides sont les plus nombreux. Dans la collection que j'ai faite à Yurimaguas, presque le tiers appartient à cette famille. Cette proportion n’est pas exacte; car les Formicarndes, se tenant de préférence bas, sont les plus faciles à prendre, tandis que les Tanagrides, et surtout ceux du genre Calliste, se tenant sur les sommets des arbres les plus élevés, échappent au chasseur dans une certaine mesure. Cependant la proportion indiquée plus haut est si forte qu'il me semble que ce n’est pas une erreur de dire que cette famille est la plus abondamment représentée dans les forêts chaudes de PAmazone, et j'espère que les voyageurs qui connaissent cette région seront de mon avis.
Parmi les familles les plus caractéristiques de la forêt chaude, qui n’ont pas de représentants ou au moins très peu dans les forêts serranes, j'indiquerai les Piprides, Cotingides, Momotides, Galbulides, Bucconides, Capitonides. Les Momotides ne dépassent pas 2,500 pieds, les Galbulides 3,000 pieds, les Bucconides 4,000 pieds, les Piprides et les Capitonides 5,900 pieds au-dessus de la mer. Les Cotingides typiques sont propres seulement aux parties les plus inférieures des forêts péruviennes.
Des autres familles les suivantes ont un plus grand nombre de représentants qu'ailleurs : les Ictérides, Picides, Trogonides, Rhamphastides et les perroquets. En revanche, il y manque entièrement de représentant de Sylvides, Mniotiltides, Viréonides, Anthides, Ptéroptochides et Thinocorides ; les Fringillides y sont très peu représentés.
Comparant les genres de plusieurs familles, nous trouverons une
représentation très caractéristique de la famille des Dacnides, dont les cenres Cæœreba et Dacnis sont propres aux forêts chaudes; ces familles ne possèdent qu’un seul représentant, le Dacnis æanthophthalmus dans les forêts serranes, qui sont caractérisées par les genres Diglossa, Conirostrum et Xenodacnis; l'altitude de 5,000 pieds est leur limite inférieure, et aucune Cæœreba ne la dépasse. Parmi les Tanagrides, les senres Euphonia sont propres aux forêts chaudes, n’allant pas pour la plupart au-dessus de 5,000 pieds; Calliste, ayant beaucoup plus de représentants dans la partie inférieure des forêts chaudes que dans les serranes; Rhamphocelus, s’élevant seulement jusqu’à 5,500 pieds; Cissopis et Pitylus ne dépassant pas 2,000 pieds. Parmi les Dendrocolaptides les plus caractéristiques sont les genres Furnarius, Philydor, Automolus, Sittasomus; des Formicariides le genre Pithys; des Tyrannides Muscivoraet Platyrhynchus ; des Trochiides les genres Phaëtornis ne dépassant pas 4,000 pieds, Thalurania, Florisuga, Heliomaster ; des Picides les genres Celeus et Picumnus, ce dernier allant jusqu’à 9,400 pieds; des Rhamphastides le genre Rhamphastos, remplacé par les Andigena dans les forêts serranes, et par l’Aulacorhamphus dans le quichua forestier; des Perroquets les genres A4ra, Brotogerys, Pionus, Caïca; des Rapaces diurnes Jbycter, UHerpetotheres; &es Pénélopides Crax, Mitua, Pipile; ensuite les genres Opisthocomus,
Psophia, Eurypyga et Aramides.
Forèt serrane. — Le type sera renfermé entre l'altitude de 8,000 pieds et la limite supérieure des forêts. L'aspect général d’une telle forêt est bien différent de celui de la forêt chaude. Il n’y a plus de ces arbres élevés, de ces lianes entrelacées entre elles de différentes. manières, ni de ces palmiers élancés. Les premiers sont remplacés par des arbres peu élevés pour la plupartetn’atteignant jamais les dimensions de ceux de la plaine chaude, couverts ordinairement de mousse depuis les racines jusqu’à l’extrémité des branches, portant sur eux des dizaines de tillandsies de différentes grandeurs et donnant au paysage un aspect original. La tillandsie est ici la plus caractéristique des plantes. Les lianes sont remplacées par un roseau grimpant, connu dans le département de Cajamarca sous le nom de surro et dziuj aux environs de Chachapoyas (Chusquea), formant des fourrés impénétrables dans la végétation inférieure des forêts. Cette plante s'étend entre 5,000 et 10,000 pieds, et fournit un bon fourrage pour les bestiaux. Les habitants m'ont appris
qu’elle n’apparaît dans un lieu donné que tous les sept ans, qu'elle sèche à la fin de l’année et disparait, et que ce n’est qu'après ce laps de temps qu’elle pousse de nouvelles racines. L'endroit où elle s'est développée est impossible à traverser, même à laide d'un couteau. C’est la pâture de prédilection du tapir (Tapirus villosus). Enfin les palmiers y sont remplacés pour la plupart par les fougères arboreseentes, peut-être plus belles que les premiers, à feuilles semblables aux dentelles les plus élégantes et le tronc couvert d’écailles régulières. Ces hauteurs ont aussi leurs palmiers. Outre le palmier à cire (Ceroxylon andicola), un des plus beaux, à tronc blane, droit comme une bougie, orné d’une couronne abondante et atteignant 8,000 pieds d'altitude, nous en rencontrons encore plusieurs autres.
Dans beaucoup de lieux, le sol d’une forêt semblable n’est pas composé de terre végétale, comme on pourrait le croire, mais d’une couche d’un pied d'épaisseur, composée de radicelles très fines mêlées à la terre. Cette couche gît immédiatement sur le rocher. I est évident qu’un sol pareil ne peut pas nourrir les arbres aussi facilement que la terre végé-tale; il n'est donc pas étonnant que les racines de ces arbres se développent d’une manière extraordinaire. Ces racines suspendues en partie dans l’air et en partie couvertes de cette couche légère, connue par les habitants sous le nom de surrupa, forment un sol instable se déchirant sous les pieds, et dans lequel on enfonce jusqu'aux genoux. En ces lieux, le chasseur ne peut marcher qu’en suivant les sentiers.
La partie supérieure de la forêt, voisine de la puna, porte, comme Je lai mentionné plus haut, le nom de ceja de la montana. Cette région exposée à des brouillards fréquents est la patrie des oiseaux-mouches. La grande abondance des fleurs, surtout dans la saison humide, offre à un plus grand nombre de ces oiseaux le moyen de se nourrir, mieux qu'aucune des autres régions. Il y a beaucoup plus de variétés dans la nature; 1l n'y a pas de monotonie fatigante; souvent les broussailles basses ou les petites clairières sont interrompues par des masses d’une forêt noire dont les bords sont abondamment garnis de fleurs.
Les oiseaux les plus caractéristiques pour la partie supérieure des forèts des Cordillères sont les suivants : dans la famille des Troglodytides, le Cistothorus humivagans et le Presbys peruanus; dans la famille des Mniotiltides Basileuterus nigricristatus, coronatus et castaneiceps; dans la famille des Dacnides, les genres mentionnés plus haut : Xenodacnis, Diglossa, Conirostrum; dans les Tanagrides, nous avons
plusieurs genres très caractéristiques pour cette région, comme Jridornis, Diva, Buarremon; et dans le genre Chlorospingus, les Ch. superciliosus et leucogaster. La seule espèce du genre Calliste, la C. argentea, parait atteindre l'altitude de 10,000 pieds, et ce n’est que sporadiquement. Dans les Fringillides, le genre Catamblyrhynchus est particulier aux forêts serranes. Une seule espèce d’Ictérides, le Cassiculus albirostris, s’avance jusqu’à 9,000 pieds. — Des Corvides on trouve seulement dans cette région la Cyanocitta joliæa; des Dendrocolapüdes, les Pseudocolaptes Boissonneauti, Picolaptes peruvianus, æiphocolaptes, Margarornis squamigera. La famille des Formicartides a une représentation très pauvre; je ne puis indiquer que le Thamnophilus luctuosus au midi, et sa forme remplaçante au nord le Th. subandinus, et quelques représentants du genre Grallaria (andicola, albilora et Przewalskii). Le genre Scytalopus est très caractéristique pour la forêt serrane renfermée entre 9,000 et 16,500 pieds ou la limite des forêts. De la famille des Tyrannides, ayant 1e1 beaucoup de représentants, les plus caractéristiques sont : Myiotheretes striaticollis, Ochthodiæta fumigata, Ochthæca polionota, O. Lessoni, O. thoracica, Mecocerculus stictopterus, Euscarthmus pyrrhops, Leptopogon aurilus, Tyranniscus nigricapillus et Myiobius cinnamomeus. Les oiseaux-mouches caractérisent la partie supérieure de la forêt des Cordillères par les genres Lafresnaya, Docimastes, Heliotrypha, Diphlogæna, Heliangelus, Aglæactis, Rhamphomicron (R. microrhynchus et ruficeps), Metallura et Eriocnemis. Des Trogonides, Tr. heliothrix et Calurus auriceps sont propres à cette région; le genre Andigena, dans les Rhamphastides. Parmi les perroquets, je ne connais que Chrysotis mercenaria et Conurus mitratus qui aillent aussi haut, quoiqu'on m'’ait aussi parlé d’une perruche de cette région. Les Pénélopides ont enfin leur représentation dans les espèces Penelope Sclateriet rufiventris; la première ne descendant pas au-dessous de 6,000 pieds et s’avançant jusqu’à la limite des forêts. Des pics on rencontre le Chloronerpes fumigatus et Hypoxanthus brevirostris. Enfin nous y trouvons plusieurs Cotingides très caractéristiques et surtout dans les genres Ampellio, Pipreola, Heliochera, Doliornis et Lamprotes.
Quichua forestier. — Je prends pour type la forêt comprise dans les limites de 3,000 à 5,000 pieds. Ces altitudes ne correspondent pas à celles que J'ai acceptées pour le type caractérisé sous le nom de
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quichua ; Je l'ai baissé à 4,000 pieds, car la forêt renfermée dans ces limites est la mieux caractérisée et la plus intermédiaire entre la forêt chaude et la serrane. Bien qu’elle constitue le passage entre les deux derniers types, elle diffère beaucoup des deux. La forêt d'Huambo est typique.
Comme le quichua est ordinairement une vallée étroite et profonde, le quichua forestier est également un ravin ou une vallée, limité des deux côtés par des pentes abruptes, couvertes d’une forêt uniforme ne manquant que là où elle ne peut pas se développer à cause de la position trop verticale des rochers. Nous y avons aussi une partie plate au fond même, et les parois des montagnes environnantes sont plus ou moins abruptes. Les petites plaines sont situées alternativement sur les deux côtés du ruisseau ou petite rivière coulant le long de la vallée. La vévétation y est luxuriante, les arbres, sous le rapport de la hauteur et de l’épaisseur, ne le cèdent en rien aux plus magnifiques individus des forêts de l’'Amazone. Les arbres élevés appartenant généralement au genre Ficus, situés à une petite distance les uns des autres, forment une voûte magnifique au-dessus de la tête du voyageur. Les arbres secondaires y sont rares et quelquefois manquent complètement. Au voisinage immédiat du ruisseau s'élèvent de beaux palmiers épineux (Astrocaryum et Cecropia) et quelquefois on y rencontre des espaces où croît le bambus (Guadua). Cette partie de la forêt qui couvre les plaines au bord du ruisseau, rappelle par son aspect les forêts de la plaine de l’Amazone, et peut-être qu’elle les dépasse sous le rapport de la magnificence et de la grosseur des arbres.
Souvent on rencontre dans cette région humide de petits ruisseaux tributaires du ruisseau principal. Sur leurs bords croissent de nombreux palmiers épineux (Astrocaryum) particuliers au voisinage des eaux. Le sol est couvert d’une plante nommée cacha-cacha très estimée par l’ours du pays (Ursus ornatus).
Me basant sur mon exploration à Huambo, j'en tire cette opinion que les Tanagrides et les Tyrannides y sont le mieux représentés; les Formicariides les suivent. Chacune des deux premières familles m'a fourni 19 espèces, la dernière 14. — Le nombre des individus capturés de ces familles, comparé à la totalité de la collection recueillie dans cette contrée, nous donne 17 0/0 pour les Tanagrides, 16 0/0 pour les Tyrannides, et 140/0 pour les Formicarudes. Sachant que les oiseaux de cette dernière famille sont plus faciles à capturer que ceux des autres, nous
arriverons à la conviction que les tangaras et les tyrans sont les groupes les plus nombreux dans le quichua forestier, peut-être même que les premiers dépassent les seconds, car le genre Calliste, le plus richement représenté, se tient sur les couronnes des arbres élevés et échappe la plupart du temps au chasseur.
Les oïseaux les plus caractéristiques pour cette région sont presque exclusivement : Arremon erythrorhynchus, Calliste argyrophenges, Galliste pulchra, Rhynchocyclus peruvianus, Myrmotherula atrogularis, Gonopophaga ardesiaca, Picumnus n. sp., Rhamphastos inca, Phaëtornis Guyi, Pipra Isidori et Rupicola peruviana. Les espèces suivantes sont aussi communes dans le quichua forestier : Calliste cœlicolor, CG. cyaneicollis, Euphonia xæanthogastra, E. chalcopasta, Lepiopogon superciliaris, Contopus virens, Turdus crotopezus, Thamnophilus tenuipunctatus, Cercomacra tyrannina, Hylophilus olivaceus, Cephalopterus ornatus et Trogon collaris.
Après avoir fait connaissance avec les principaux types des contrées forestières ainsi qu'avec les principaux représentants de la faune des forêts péruviennes, je me erois encore obligé de revenir aux forêts de la chaîne occidentale des Cordillères, auxquelles j’ai déjà consacré quelques mots en tâchant de prouver que ces forêts ne descendent pas au-dessous de 5,000 pieds, par des raisons naturelles et non par l'intervention humaine; nous n’y trouvons pas de forêt chaude, n1 même de quichua forestier dans la partie nord-ouest du Pérou. Pour appuyer cette conviction, je puis encore présenter un argument tiré du manque de représentation de plusieurs familles purement forestières dans les forêts de la chaîne occidentale de ces montagnes.
À la vérité, ne disant déjà rien sur ces habitants du quichua forestier qui visitent les parties supérieures des forêts voisines, comme cela a lieu sur le versant oriental des Cordillères, il s’ensuit cette remarque que la faune ornithologique du nord-ouest du Pérou (province Jaen et Chota) manque complètement ou presque complètement de plusieurs familles forestières qui ont leurs représentants sur le versant oriental des Cordillères, même dans la partie supérieure des forêts ou région nommée
ceja de la montaña. Les forêts de Jaen ne possèdent aucun représentant des familles des Rhamphastides, Piprides et Capitonides, bien que sur le versant oriental de la chaîne orientale des Cordillères les représentants de ces familles atteignent les forêts serranes. L’Andigena y atteint 9,000 pieds, l’Aulacorhamphus 6,000 pieds, Pipra coracina 9,600 pieds (où elle est même très commune), Capito Sleeri, 9,000 pieds. — En outre, comparant la faune des forêts de Jaen avec celle des forêts du département des Amazonas, à l’est du Marañon, nous trouvons dans les dernières, à la hauteur de 5,800 pieds, un Tinamou et la Rupicola péruvienne; le premier caractéristique pour les forêts chaudes, l’autre pour le quichua forestier. Ces deux oiseaux manquent complètement à l’ouest du Marañon. Ces faits paraissent prouver suffisamment que ni la vallée du Marañon, ni aucune des vallées tributaires n’a jamais été couverte de forêts ; en cas contraire, on ne pourrait comprendre l’absence de ces deux oiseaux dans les forêts de Jaen, tandis qu’elle s’explique par cet état de choses que les forêts de Jaen ont toujours été isolées de celles du département des Amazonas.
Quelques particularités dans la distribution géographique des oiseaux péruviens. — On peut attribuer sans doute la grande variété des êtres au Pérou à la diversité des conditions climatériques et géognostiques ; dans beaucoup de cas cependant, on rencontre des faits dont l’explication, est impossible et qui nous forcent à avouer que nous n'y comprenons rien. Je tâcherai d’expliquer plusieurs anomalies dans la distribution d’oiseaux sur le territoire péruvien, en commençant par les formes remplaçantes ou les espèces et races très voisines habitant ‘des contrées analogues, mais pourtant différentes.
Nous trouvons au Pérou les formes remplaçantes dans quatre cas différents, comme : 1° en comparant la faune septentrionale avec celle du midi où les différences dépendent de la latitude géographique; 2 en comparant les formes des plaines avec celles des montagnes ; 3° en comparant les formes des deux chaînes de montagnes séparées par une vallée très profonde; 4° en comparant les formes des deux versants de la même chaîne. Dans l'examen de ces quatre catégories, nous trouverons, outre les différences dans les formes remplaçantes, les différences négatives, ou la disparition d’une des deux formes dans une des localités analogues.
I. — La comparaison de la faune du Pérou central avec celle du nord nous donne un résultat très curieux en ce que, pour la plupart, les faunes du nord ou des contrées voisines de léquateur sont en général moins fortes que les méridionales. Je ne puis citer un seul cas où la proportion soit contraire. Nous verrons aussi le même résultat entre les formes des plaines et celles des montagnes. Cette circonstance parait indiquer que le climat modéré est le plus favorable au développement
physique des formes animales :
Espèces du Pérou central
Thryothorus cantator. Cyclorhis guianensis.
ÆRhamphocelus atrosericeus.
Buarremon torquatus.
Pipridea castaneiventris.
Synallaxis frontalis.
Synallaæis curtata.
Thamnophilus luctuosus.
Thamnophilus radiatus.
Sceytallopus sylvestris.
Tyranniseus viridiflavus.
Pyrocephalus COTON ATUS.
Pipreola intermedia.
Amazilia pristina.
Aglæactis caumatonotus.
Steganurus peruanus.
Picumnus Jelshkii.
Colaptes rupicola.
Capito glaucogqularis.
Espèces du nord
T, albiventris.