‹ Ornithologie du PérouChapitre 10 sur 288 · II. — FPuna · texte numérisé non relu

II. — FPuna

Toute la partie haute des Cordillères comprise plus ou moins entre les limites de 41,000 et 15,000 pieds, dépourvue presque en entier de végétation excepté d'herbe, porte au Pérou méridional et central le nom de puna, au Pérou septentrional jalca ou jalca puna, dans l’Ecuador paramo. C’est une bande comprise entre la limite des forêts et la limite inférieure des neiges éternelles ; comme ces limites ne sont pas toujours constantes, la puna peut donc varier dans son étendue. Je connais des localités où, à 8,000 pieds, la contrée prend le caractère de la puna, et j'ai vu de l’autre côté, des parties de la forêt à 12,000 pieds. Cependant, les limites de 11,000 et 15,000 pieds doivent être considérées comme normales. /

La puna présente de loin un aspect original. Ce sont des crêtes ou des sommets arrondis, couverts d’une herbe roussâtre, parfaitement distincte du noir des forêts voisines. C’est un paysage ordinairement. vaste, car ce sont les parties les plus élevées de la chaine, à l'exception des pics couverts de neiges éternelles; mais ils manquent presque complètement au Pérou septentrional. Notre vue s’y étend sur un panorama gigantesque de crêtes les unes au-dessus des autres, pareilles aux vagues roussâtres d’une mer bizarre. Quelquefois la monotonie du paysage est interrompue par des parois verticales grises ou les taches noires des forêts.

Toute cette bande n’est couverte que de deux espèces d'herbe; une grosse, croissant par touffes, donnant aux montagnes une couleur roussâtre (Stipa ichu); l’autre petite, cachée sous la précédente en forme d’astérisques d’un beau vert. Cette dernière herbe constitue d’excellent fourrage, tandis que la première n’est mangée par les chevaux et les mulets qu’en cas d'extrême nécessité. Ce sont presque les seuls représentants du monde végétal dans cette steppe élevée. Au-dessous de 12,000 pieds on peut encore rencontrer des surfaces couvertes de petits buissons de chinchango (Hypericum), mentionnés plus haut. Audessous, il n’y a que l’herbe dont on se sert même pour faire du feu.

Bien que le sol de la puna soit pour l’ordinaire excellent, aucune

plante ne peut être cultivée à cette altitude, excepté une qu’on cultive dans plusieurs localités du Pérou central. On dit que l'orge croit à la hauteur de 41,000 pieds, sans cependant produire des épis, et ne peut servir que pour fourrage. Outre l'excellente qualité du sol, la région est pourvue d’une grande abondance d’eau. Souvent en voyageant pendant une heure le long d’une pente, on rencontre à chaque pas une fontaine, ou on traverse à chaque instant un petit ruisseau d’eau très pure, d’une couleur jaunâtre. La rigueur du climat, surtout les gelées pendant la nuit, rendent inutile toute tentative de culture, et c’est à cause de cela que cette région restera toujours à l’état de pâturages.

Souvent dans les étages supérieurs de la puna, au-dessus de 12,000 pieds, on rencontre de petits lacs situés au milieu des ravins ou des planes. Quelquefois il y en a plusieurs voisins. Leur eau paisible, noire, paraît être très profonde; à part l’herbe de la puna, il n’y à aucune végétation dans l’eau ni sur les bords. Ordinairement on y voit quelques oies des Cordillères (Chloëphaga melanoptera).

Les saisons de l’année de la puna correspondent à celles de la sierra; il paraît cependant que la quantité de pluie est considérablement plus forte dans la sierra que dans la puna. Pendant les mois d'été, le voyageur souffre de la grande sécheresse du climat par suite du manque complet de sueur et des gerçures des lèvres. La chaleur s’y fait sentir sous l’action immédiate des rayons solaires, tandis que la fraîcheur règne à l'ombre. Les nuits, surtout en été, sont froides, et souvent le soleil en se levant éclaire les pâturages blanchis par la gelée. Bien des fois par un temps parfaitement calme le brouillard couvre les plateaux de la puna; alors 1l fait plus chaud.

La saison pluvieuse commençant en octobre se prolonge jusqu’en avril etest caractérisée par des pluies torrentielles ou par de la grêle quelquefois très grosse. Îl est à remarquer que ces orages ont lieu ordinairement après midi. Malheur au voyageur si un tel orage le surprend en route; outre qu'il est exposé aux coups de gros grêlons et aux flots de pluie, sa vie est menacée par la foudre! On m'a cité plusieurs localités de cette région nommées par les habitants puna bravo, localités que pendant la saison des pluies les voyageurs tâchent de traverser avant midi, car après midi 1] y a presque constamment des orages affreux, et la foudre brille si fréquemment qu'il est difficile d'éviter la mort à celui qui s’y trouve par hasard.

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La puna, comme région la plus distincte des autres, possède une faune bien différente, et à lexception de quelques espèces dont la distribution verticale est très vaste, comme Zonotrichia pileata ou Rallus cæsius, on n’y rencontre pas d’oiseaux propres aux étages inférieurs des Cordillères. — Examinant de plus près la faune ornithologique de cette région, nous trouverons qu’outre les espèces des familles pure-: ment forestières, comme Rhamphastidæ, Pipridæ,Capitonidæ, Galbulidæ, etc., il n’y a aucun représentant des Tanagrides, Ictérides, Cotingides et Psittacides. Les Formicariides n’ont qu’un seul représentant, Grallaria andicola.

La famille la plus richement représentée dans la puna est celle des Dendrocolaptides, non typiques, mais des genres Cillurus et Synallaxis. L’exploration de M. Jelski nous en a donné Î1 espèces au Pérou central. Après les Dendrocolaptides sont les Tyrannides, principalement le genre Muscisaxicola, caractéristique pour la région, et les Fringillides des genres Phrygilus et Sycalis. Dans les Trochilides les genres Rhamphomicron, Oreotrochilus et Oreonympha sont caractéristiques pour la puna, le premier cependant a des représentants dans la région voisine, ceja de la montana. Le seul Colaptes représente les pics. Les rapaces ont plusieurs représentants : Phalcobænus megalopterus, Falco Cassini, Falco deiroleucus, Æsalon femoralis et Circus histrionicus. L’abondance relative des faucons et des busards concorde avec labondance dans certaines localités des grands oiseaux, comme canards, foulques, ibis et nothoproctes. Les chouettes ont deux représentants : Athene cunicularia et Bubo magellanicus. Des Thinocorides, le Thinocorus ingæ et l’Attagis Gayi, sont très caractéristiques pour la puna. Pour Îles échassiers on rencontre la Gallinula galeata, Fulica ardesiaca, Fulica gigantea, Vanellus resplendens (1), Gallinago andina, Falcinellus Ridgwayiet Theristicus melanops. Nous y trouvons des Tinamides, un petit nombre d'espèces du genre Nothoprocta, ainsi que le curieux Tinamotis Pentlandi, vivant sur les limites des neiges éternelles. Les grands lacs qu’on trouve quelquefois dans cette région (par exemple le lac de Junin) abondent en différentes espèces de palmipèdes, entre autres on y trouve Chloëphaga melanoptera, Dafila oxyura, Anas cristata, Querquedula oxyptera, Querquedula puna et Erysmalura ferruginea.

(1) Phægornis Mitscheli, Oreophilus ruficollis.

En outre, il vient un certain nombre d'oiseaux à distribution géographique vaste, comme : Egretta leuce, Nycticorax americanus, Phœnicopterus ignipalliatus, Totanus flavipes, etc.

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