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Steatornis caripensis, var. peruviana

Steatornis caripensis, SL. et SALV., Nomencl. Av. Neotr., p.97, part. — Tacz., P. Z. S., 1880, p. 208 ; 1882, p. 40.

St. rufo brunneus, sublus dilutior, alis rufescentioribus; capite nuchaque albo maculatis; plumis dorsi nigricante subtiliter aspersis, translineatis el limbatis ; subtus maculis albis subiriangularibus ; lectricibus alarum gutlulis albis nigro circumscriptis ; remigibus primariis externe albo maculalis; cauda rufa nigro aspersa, fasciis non maculalis, antice nigro limbatis notata; pogonio externo rectricum lateralium albo maculato.

G' et © — D'un brun roussâtre soyeux en dessus, à tête variée de taches,

subtriangulaires ou cordiformes blanches, entourées d’une fine bordure noirâtre, les taches des tectrices auriculaires très petites, dépassant peu la largeur des baguettes; les plumes du dos plus foncées que les scapulaires,

entourées d’une fine bordure noirâtre, traversées de quelques lignes et

parsemées sur toute leur surface de petites taches et de mouchetures foncées ; tout le dessous est plus clair, tirant au chocolat au lait, parsemé de taches subtriangulaires blanches, entourées d’une bordure noirâtre, très grandes sur la poitrine et très petites sur le milieu de l’abdomen. Les ailes plus rousses que le dos, surtout le long du bord antérieur, à tectrices moyennes ornées d'une goutte blanche entourée de noir, rangées en une ligne concave le long du milieu de l’aile pliée; quelques-unes de ces tectrices ont encore une autre petite tache terminale; les tectrices petites, voisines des moyennes, portent au milieu une petite tache également blanche bordée d’une tache noire lacrymiforme ou en forme de strie; les grandes tectrices légèrement vermiculées et aspergées de noirâtre. Rémiges noirâtres sur leur barbe interne et d’un brun roussâtre sur l’externe; la barbe externe sur les quatre premières primaires et dans les deux premières secondaires ornée d'une série de taches blanches entourées largement de noir; les tertiaires et la barbe externe des autres secondaires sont distinctement d’une couleur plus claire que celle de la région interscapulaire, variées de noir également comme ces dernières, mais plus fortement; sous-alaires roussâtres; pli de l’aile tacheté de blanchâtre. Queue rousse, aspergée finement de noirâtre et traversée d’une douzaine de lignes noires, suivies d'une raie immaculée assez large ; la rectrice latérale porte sur sa barbe externe une suite de 6 à 7 taches blanches encadrées de noir; les médianes ont souvent une fine bordure blanche à l'extrémité. Bec d’une belle couleur

d’un brun chocolat; pattes carnées, variées de violet par la transparence de la chair ; ongles gris; 1ris noir avec une bordure fine d’un brun foncé.

Les oiseaux moins adultes ont les plumes de la tête et de la région interscapulaire plus foncées que celles des adultes, presque uniformes; la tête beaucoup moins tachetée de blanc; les ailes en général plus foncées avec de grosses taches blanches, sans aucune trace de petites ; le fond du dessous plus grisâtre à plumes de la poitrine plus ou moins vermiculées de foncé.

Q Longueur totale, 262-263; vol, 930-940; aile, 310; queue, 206; bec, 43; tarse, 17; doigt médian, 24; différence entre les rectrices externes et les médianes, 138 millimètres.

OBSERVATIONS. — Les oiseaux péruviens se distinguent de ceux du Venezuela par une taille moins forte, la queue un peu plus étagée; dans la coloration ils ne présentent aucune différence.

Tingo Maria, département Huanaco (RAIMONDI); Cajamarca, Pumamarca, départ. Junin (JELSKI); Ninabamba, Querocotillo, départ. Cajamarca, la vallée Huayabamba, départ. Amazonas (STOLZMANN).

« J’ai rencontré pour la première fois ce curieux oiseau dans la grotte de Ninabamba, où il a été découvert premièrement par M. Raïmondi. Cette localité est située dans le département de Cajamarca, province de Chota, plus ou moins à la hauteur de 7,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Une petite rivière passe au fond de la grotte, composée de quelques compartiments. Les deux premières pièces de la grotte sont habitées par notre oiseau, dont quelques-uns s’avancent même jusqu’au pont sur la rivière.

» L'autre pareille localité que je connais est la vallée du Huayabamba, dans le département Amazonas, située sur la pente orientale de la chaîne orientale des Cordillères. Au voisinage du district Totora, on connaît trois grottes habitées par le Steatornis ; une entre la colonie Milpuc et Omia, la deuxième et la troisième au sud de la colonie Corral. Les deux dernières sont connues sous le nom de Caca-Pischcou, dont une a encore un supplément nuevo, car elle a été découverte dans les derniers temps par Bartolo Trigoso. Toutes les deux se trouvent au milieu d’une contrée sauvage et inhabitée du fond de la forêt vierge. On prétend qu'il y en a 7 grottes pareilles, mais il est impossible de retrouver toutes, à cause des difficultés naturelles. L'entrée dans la grotte située en Milpuc et Omia est verticale, et il faut y descendre sur la corde à 8 toises de profondeur.

» J’ai observé l’oiseau dans la grotte et dans la forêt, et quoique c'était dans deux localités éloignées entre elles, je suis ma relation comme si cela se passait dans le même lieu.

» Le Steatornis passe toute la journée dans la grotte, se cachant dans les fentes inaccessibles. À un cri ou à un coup de fusil, les oiseaux quittent leurs retraites avec des cris perçants et voltigent sous la voûte de la caverne. On peut les tirer alors, mais au hasard, à cause du manque de la lumière. C’est ainsi, qu'à Ninabamba nous avons tiré au moins 60 fois pour abattre 11 oiseaux; je suppose cependant que quelques-uns des blessés ont pu se retirer dans les trous. car le Séeatornis a une vie très dure. Puis, fatigués, ils entrent dans leurs retraites, un après l’autre et on peut alors crier tant qu'on veut, tirer même des coups de canon, sans pouvoir les faire sortir.

» Ils quittent tôt leurs cachettes. Sitôt que le soleil s’est couché et à peine que la première étoile apparaît à l'horizon, pendant que l'Occident est encore éclairé par les rayons solaires, on voit déjà nos oiseaux planer au-dessus de la forêt. Les uns passent dans une hauteur considérable, les autres paraissent pourchasser les papillons. Je les ai observés presque tous les jours à Huambo. Leur vol ressemble beaucoup à celui des engoulevents; quelquefois, en descendant de la hauteur, ils

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plient fortement leurs ailes dans le poing, à la manière d’un faucon fondant sur la proie.

» En volant ils ne produisent aucun bruit. Souvent je restais longtemps sous les arbres de nectandres, où 8 à 10 Sécatornis volaient au-dessus de moi, à 10 pieds tout au plus, et je n’ai remarqué aucun bruit.

» Quand il commence à faire sombre, vers six heures et demie, ils commencent à se rassembler autour des arbres de nectandres dont le fruit est leur aliment de prédilection. À cinquante pas de la maison que j’habitais à Huambo, il y avait plusieurs de ces arbres chargés de fruits en février. Les oiseaux y voltigeaient sans cesse et arrachaient en volant ces fruits. J’y ai compris à quoi leur servent la longueur des ailes et la queue longue, en forme d’une gouttière. Pour arracher une baie, l’oiseau s'arrête pendant un moment, battant précipitamment des ailes et remuant la queue de haut en bas, à la manière des oiseaux-mouches. Puis, en décrivant une courbe, il passe à un autre arbre, sans se percher, même pour un moment,

» Il est facile à comprendre la supériorité de la queue en gouttière à sa destination à une queue plate. Pour maintenir l'oiseau sur place les coups de la queue de haut en bas sont favorables, tandis que les opposés agissent en sens contraire. Ainsi donc la construction de la queue en gouttière, à bords courbés en haut, permet à l'oiseau pendant ce mouvement défavorable, de fendre l’air avec plus de facilité en neutralisant en partie l’obstacle.

» IT est aussi facile à comprendre que pour détacher les fruits au vol, le bec fort et crochu est d’une grande utilité. Quand un Steatornis m'a pincé au doigt j'ai eu l’occasion de me convaincre que ce bec est excellent pour sa destination. La nature a donné les moyens à l'oiseau pour arracher les fruits au vol, sans cela il ne serait pas capable de le faire, car toutes ces baïes sont suspendues au bout même des branches très fines, incapables de maintenir le poids de l'oiseau.

» Le Steatornis remplit vite son estomac. Deux que j'ai tués à 6 heures 30 minutes près d’un nectandre, avaient l'estomac vide, tandis que ceux des deux autres tués à 6 heures 45 minutes et à 7 heures, un contenait 7 fruits, et l’autre 11. Ce dernier était rempli en entier (l’oiseau ne possède pas le sac guttural). Il serait curieux de savoir ce qu'ils font pendant le reste de la nuit, Souvent j'ai entendu pendant la nuit des cris, et vers 11 heures du soir je les ai vus à la lueur de la lune planant dans les airs. 0

» La voix du Séeatornis est très désagréable, C’est un eri-cri-crrri fort. Il fait encore entendre un autre, dont je ne peux pas faire la comparaison.

» Son unique aliment, à ce qu’il paraît, consiste en fruits de nectandres, de différentes espèces. À Ninabamba, parmi une multitude de noyaux qui jonchent le fond de la caverne, il y en avait 3 ou 4 espèces. A Huambo il y en a aussi plusieurs, et comme il paraît, toutes servent à la nourriture du guacharo.

» Ils passent toute la nuit dans la forêt et c’est par exception qu’ils y dorment quand le jour les y surprend. C’est ainsi que mon domestique a tué un jour un guacharo perché sur une branche élevée; j'en ai rencontré aussi une paire à 10 heures du matin. L’un d’eux était perché sur un tronc, il s’envola en criant et un autre le suivit, venant je ne sais d’où.

» Quelquefois ils quittent trop tôt la grotte, A Huambo je les ai vus souvent, alors quand il faisait encore clair, planer les ailes et la queue largement étendues. D’autres fois on ne les apercevait que lorsque la nuit était entièrement venue. Dans ce cas, sans doute, ils s'étaient d’abord arrêtés ailleurs.

» Funk prétend que les Séeatornis digèrent les noyaux ; Gross dit que les noyaux sortent avec les excréments. Les deux observateurs se trompent, comme je lai constaté à Huambo sur un exemplaire en captivité. Je donne donc l’histoire de ce sujet, qui m'a procuré des observations importantes :

» Cet oïseau, enlevé du nid le 16 mars 1880, m'a été apporté le 18, et pendant ces deux jours il n’a rien mangé. Il était moins laid que je l’aurais supposé; tout son corps était couvert d’un duvet cendré foncé, seulement les plumes de la tête, les Scapulaires et les couvertures alaires commencaient à se développer, Les pattes

étaient nues dans toute leur longueur; le bec ne présentait pas encore cette belle couleur chocolat propre aux adultes. Les soïes de la base du bec presque développées. Le ventre pendait et paraissait le gêner, c’est le réservoir de cet aceite dont parle Humboldt. On prétend que les jeunes sont excellents à manger, et on m’a apporté ce sujet dans ce but; mais comme il paraissait sain et vif, je préférais de l’élever, bien qu'avec peu d’espoir de succès, connaissant les épreuves malheureuses de Humboldt et de Gross et celles un peu plus heureuses de Beauperthuy. Les observations faites pendant trois semaines sont si importantes que je suis suffisamment récompensé pour des embarras de son élevage.

» C’est un oiseau très maladroit à terre ; il étend le cou et le corps horizontalement, s’avance lentement, tenant les ailes à moitié ouvertes et s'appuyant sur elles pour ne pas perdre l'équilibre. Une petite inégalité, une racine rencontrée sur son passage le gènent. Ses pas sont de 2 à 7 centimètres. En marchant il paraît flairer quelque chose par terre; il s’avance ordinairement en diagonale, comme l’a justement remarqué Beauperthuy.A mesure de grandir et de prendre l’embonpoint, il s'avançait plus vite, maïs toujours en ouvrant légèrement les aïles, pour les avoir prêtes, afin de s’en appuyer en cas de perte d'équilibre.

» Il restait ordinairement dans un coin, dormant des heures entières, les ailes pendantes et presque s'appuyant sur son bec. De temps en temps il se réveille, surtout quand survient quelque bruit, ouvre les yeux à demi, étend le cou et tourne la tête de côté et d’autre en décrivant précipitamment une ellipse. Enfin, après avoir reconnu qu'il n’y a rien de grave, il étend ses aïles, une après l’autre, sans cependant tenir la jambe étendue sous l’aïle, comme le font les autres oiseaux, ce qui lui ferait perdre l’équilibre. Il s’étire ensuite en étendant les deux aïles en avant. Puis il se nettoie et se lisse, car il aime la propreté, il met en ordre avec son bec le duvet de la poitrine et du dos, et visite les plumes formées.

» Dans le commencement j'étais embarrassé pour sa nourriture ; je me suis décidé d’abord à suivre l’exemple de Beauperthuy, et j'ai commencé à lui donner des bananes mûres, finement hachées, ce qui formait une espèce de purée. Cet aliment ne m’a pas satisfait, il me paraissait contraire par sa consistance et Sa composition chimique à l’aliment normal de l'oiseau ; j’ai ajouté du riz cuit, maïs cette substance n’était pas convenable. J’ai cru qu'il fallait absolument ajouter une substance grasse, et j'ai commencé à lui donner une purée de bananes et de graines d’une plante cultivée dans la contrée sous le nom de mani, semblables à un haricot, fort grasses et nourrissantes. Il digérait parfaitement cette substance, quoiqu'il ait maigri beaucoup, mais je crois que c’est ordinaire chez les Steatornis, qu'ils sont gras dans le premier âge et qu'ils maigrissent à mesure qu’ils prennent leurs plumes. Ordinairement pour lui donner à manger, il lui fallait ouvrir le bec, quelquefois cependant dans l’obscurité, il saisissait lui-même la nourriture dans la main.

» Le 4 avril, ayant trouvé dans le jabot d’une pénélope 14 fruits frais de nectandre, je les ai donnés à mon oïseau; il les à saisis tous dans ma maïn, sifflant d’une voix plaintive, tant il paraissait être avide de son aliment normal. Il mâchaiït chaque fruit pendant un certain temps, avant de l’avaler. Il a mangé d’abord 11, ensuite les 3 autres. Je l’ai observé pendant une heure, dans l’intention d'apprendre la durée de la digestion croyant alors qu’il rendait les noyaux par l’anus. Il était 1 heure 15 minutes. Je l’ai laissé tranquille. Une demi-heure après, à 1 heure 45 minutes, j'ai trouvé devant mon Steatornis 3 noyaux dépourvus de leur pulpe; l'oiseau m'a paru n'avoir pas changé la position et cependant les noyaux étaient à terre devant lui. J'ai donc supposé qu'il les avait vomis. Je me suis placé devant lui pour vérifier le fait. Quelques instants après, il ouvrit lentement le bec, je vis dans sa bouche le fruit incomplètement dénudé; l’oiseau le mâchaiït un instant et l’a rejeté par le bec, En une demi-heure il s’est débarrassé des 14 noyaux de la même façon.

» Aïnsi le guacharo remplit son estomac de fruits, après les avoir mâchés un moment, pour fendre l’épiderme; les mouvements des muscles stomacaux fort développés enlèvent la pulpe, et le noyau, ballast inutile et incommode, sort par la bouche, Cette évacuation des noyaux s'effectue sans aucun effort de la part de l’oi-

seau, aucun mouvement du cou ne le trahit; les plumes se dressent lentement et graduellement sur la gorge, le bec s'ouvre lentement et le noyau apparaît comme les boules magiques. S’il reste encore quelque débris de pulpe sur le noyau, l'oiseau le mâche et l’avale de nouveau. ,

» Le lendemain j'ai cueilli les fruits de nectandre sur les arbres, pour constater le nombre nécessaire pour remplir l'estomac de l’oiseau; mon oiseau en a mangé 14, et a refusé les autres. Une demi-heure après, il a rejeté le premier noyau et au bout d’une heure le dernier. Le guacharo peut au bout d’une heure remplir de nouveau son estomac. Je suppose que les adultes rejettent les noyaux en volant, car je n’en ai jamais vus de perchés pendant la nuit. Je ne peux pas certifier qu'ils se nourrissent exclusivement de nectandre, mais c'est toujours leur aliment principal. On pourrait supposer qu'ils chassent quelquefois les papillons et autres insectes, car à quoi lui servirait de planer dans les airs avant d'approcher des arbres? — J’ai tâché de le vérifier sur les oïseaux tués au crépuscule. Sur 5 individus, 3 avaient l'estomac rempli de fruits tout frais de nectandre, les deux autres l’avaient vide. Mon jeune sujet s’agitait à la vue d’un papillon et essayait de le saisir; il en à même avalé deux devant moi, mais il les a rejetés par le bec. Une fois il s’excita fort à la vue d’une cigale qui passa en chantant près de la lampe. Je la lui ai donnée, il l’a mâchée, tâchant de l’avaler, mais sans y parvenir; il l’a ensuite rejetée. Si le guacharo chassait les insectes, il le ferait plutôt pour se distraire que pour se nourrir.

» Les détails sur la nidification m'ont été fournis par des personnes dignes de foi, et je peux les répéter avec toute garantie. Ils nichent en mars et en avril; il paraît cependant qu’à Ninabamba le mois de mai est l’époque principale de leur nidification. On prétend que le nid est construit de leurs propres excréments, de la grandeur et de la profondeur de nos poêles de moyenne dimension. La ponte se compose de deux œufs, quelquefois d’un et rarement de trois. Les œufs blancs, du volume de ceux du pigeon domestique » (STOLZMANN).

FAMILLE CGAPRIMULGIDÆ

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