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les insectes comme celui des engoulevents, des martinets ou des gobemouches, l’oiseau rachète ce défaut par la rapidité et la précision de ses mouvements. Souvent j'ai observé pendant longtemps ces petits oiseaux partant à chaque moment dans l’air à la poursuite des petits insectes qu’ils saisissaient aussi bien que chacune des moucherolles. Quelquesuns viennent dans les maisons pour prendre les petites mouches sur les parois. Jai vu l’Amazilia pristina chassant aux insectes sur les pierres des bords du Rimac, aux environs de Lima. Quelques-uns ont l’habitude de s’accrocher aux troncs verticaux des arbres pour visiter les fentes et les inégalités de l’écorce. J’ai observé cette habitude originale, non mentionnée par aucun des voyageurs, sur les Aglæactis caumatonota et la Metallura smaragdinicollis. J'ai vu aussi sur le territoire de l’Ecuador un Phaëthornis visitant une grande toile d’araignée, certainement pour y prendre les mouches.
À ce que j'ai dit plus haut que certains oiseaux-mouches aiment à se reposer souvent, j'ajoute que quelques-uns sont si paresseux ou peut-être indolents qu’ils s’accrochent aux bords du calice ou à une branchette voisine, en puisant dans les fleurs au lieu de le faire au vol. L’Adelomyia melanogenys le répète si souvent que j'ai trouvé sur le pouce de quelques-unes des boules assez grandes de cire formées en s’accrochant aux calices. L
La grande majorité des oiseaux-mouches, si ce n’est leur totalité, s’adonne au repos dans certaines époques de la journée, en se plaçant presque toujours sur les petites branches sèches à l’extérieur des couronnes des arbres ou des buissons. Perché dans une position bossue, les ailes pendantes, il nettoie les plumes et étire de temps en temps les ailes. Ses petites pattes tiennent si fort à la branche que souvent tué raide, il reste suspendu sur place.
Une grande partie de ces oiseaux produit en visitant les fleurs une certaine voix caractéristique, différente dans les différentes espèces. Celle de quelques-uns des petits peut s’exprimer par la syllabe tsieck-tsiecktsieck... souvent répétée; les autres poussent un fsi-isi-is2-{s1... fin et élevé, tandis que celle des autres pourrait être imitée par la syllabe trschii-trschii. Les autres sont muets, et on peut accepter pour règle que les petits produisent un sifflement, landis que les grandes espèces sont en général muettes. Il y a cependant des exceptions. Outre cette voix, quelques-uns, peu nombreux, chantent pendant le repos. Cest un gazouillement très fin et si délicat qu’il ne faut être éloigné que de dix
DU PÉHROU 9h
pas tout au plus pour pouvoir entendre ce concert sui generis exécuté par un des plus petits artistes. Pendant les six années de mon séjour en Amérique je n’ai entendu que deux fois le chant des colibris. C’étaient l’'Amazilia pristina et la Petasophora anaïs.
Le bourdonnement produit au vol par les oiseaux-mouches est caractéristique, semblable à celui des bourdons et des autres gros insectes. La hauteur du ton de ce son est en relation inverse à la longueur des ailes et en relation directe au nombre des mouvements alaires, ce qu’on peut formuler par les deux lois suivantes : 1° autant le ton est plus élevé au nombre égal des chocs, autant l’aile est plus courte; 20 dans les ailes d’égale longueur autant le ton est plus élevé, autant les chocs sont plus nombreux. Comme :l est presque général que les grands oiseauxmouches vibrent moins rapidement que les petits, on peut accepter comme règle générale que plus l'oiseau est petit, autant son bourdonnement est d’un ton plus élevé. C’est tellement caractéristique pour les différentes espèces que l’observateur expérimenté peut reconnaitre par ce bourdonnement la présence de l’espèce quand il y en a plusieurs dans la localité. On n’entend rien pendant le passage rapide de l’oiseau, et ce n'est que pendant qu’il visite les fleurs qu’on peut observer ce son principalement.
Presque tous les oiseaux-mouches sont méchants et querelleurs,
surtout pendant la nidification qui a lieu, au Pérou, dans la saison
humide. Quelques-uns sont d'un caractère si querelleur qu’ils ne peuvent pas souffrir le voisinage des autres colibris et persécutent même les espèces d’une taille plus forte. Je me souviens qu’à Tambillo, pendant la floraison d’une Erythrine, les Panoplites Mathewsi m’empêchaient tellement la chasse en pourchassant tous les autres qui s’approchaient du buisson, que j'étais forcé de tuer plusieurs de ces pygmées belliqueux pour pouvoir chasser aux autres. Cet oiseau persécutait les colibris beaucoup plus forts. que lui, entre autres la Petasophora anaïs. La Lesbia gracilis, l’Aglæactis caumatonotus et plusieurs autres sont aussi fort belliqueux. Une lutte aérienne de pareils petits oiseaux, dressés l’un contre l’autre, comme deux coqs combattants, est très risible.
De tout ce que J'ai dit plus haut, il est évident que les colibris ne peuvent exister que là où l’on trouve des fleurs toute l’année. Bien que dans les régions intertropicales le printemps soit permanent, certaines espèces sont forcées d'exécuter des passages plus ou moins longs, à cause du manque de leurs fleurs de prédilection, ce qu’on peut observer
le plus facilement lorsqu'un arbre ou un buisson fréquenté par plusieurs olseaux-mouches commence à fleurir; on voit alors des espèces qu'on n’apercevait nulle part dans la contrée. Je puis prouver cette migration par de nombreux exemples. L’Acestrura micrura, très commune à Tumbez en janvier, février et mars, disparut en entier pour les mois de juin, juillet et août, pour ne plus apparaître que dans la moitié de septembre. La Petasophora anaïs apparut à Tambillo en décembre et janvier, lorsque les £rythrine étaient en fleurs; avant je ne lai jamais vue. La Lampropygia cœligena, rare à Tambillo en septembre et octobre, est devenue beaucoup plus commune en janvier, lorsqu'une cerlaine espèce de Fuchsia commença à fleurir. Beaucoup d’oiseauxmouches arrivent lorsque fleurissent les arbres de l’Inga. Je pourrais encore citer beaucoup d’autres exemples, mais je crois que ceux-là sont suffisants.
Les migrations des oiseaux-mouches expliquent dans certains cas le fait de la présence dans la même localité de plusieurs formes voisines. J'étais très étonné lorsque, à Huambo, j'ai tué les deux espèces du genre Doryphora (D. Johannæ et rectrirostris) sur le même buisson connu dans le pays sous le nom d’alicon ou andara truayta, ce qui m’a paru être en désaccord avec la théorie du choix naturel. Ordinairement quand deux espèces voisines vivent dans la même localité, elles se distinguent beaucoup entre elles par leurs habitudes, tandis que dans ce cas, c’est le contraire. Après un examen des conditions, la question devient simple. Ce buisson a une distribution vaste dans les montagnes, depuis 3,700 jusqu’à 8,000 pieds et peut-être même plus haut; dans la première de ces altitudes il fleurit en avril et mai, tandis qu’à 8,000 pieds, c’est en juillet et août, c’est-à-dire deux mois plus tard. La D. rectirostris est propre à la région renfermée entre 7,000 et 8,000 pieds; n’y trouvant donc pas en avril des fleurs convenables à son existence, elle descend en bas où elle rencontre son congénère. Ce fait prouve comme il est dangereux d'établir des conclusions avant de bien examiner la question.
Plusieurs observations me permettent de supposer une autre question, très curieuse, de la séparation temporaire des sexes dans quelques-uns des oiseaux-mouches, quoique il me manque des données pour une décision définitive. Souvent je rencontrais beaucoup de mâles, tandis que les femelles étaient très rares ou manquaient en entier. Dans d’autres cas je ne trouvais que de jeunes mâles. Le plus important cependant est ce fait qu’à Tambillo, à la hauteur de 5,000 pieds, je trouvais en octobre
DU PÉROU 2h
et en décembre les mâles de l’Heliotrypha viola beaucoup plus nombreux que les femelles (sur 14 individus tués il n’y avait que 2 femelles), tandis que l’année suivante j'ai trouvé à la même époque de l’année, à Cutervo et à Tamiapampa, à la hauteur de 9,000 pieds, les femelles beaucoup plus nombreuses que les mâles, ce qui conduit à la conclusion que dans certaines époques les sexes se séparent à la suite de certaines causes qui nous sont inconnues. J’ai constaté sur une autre espèce que dans la même saison les deux sexes visitent des fleurs tout à fait différentes. On peut donc prétendre qu’une certaine cause physiologique force ces dernières à se nourrir dans les autres fleurs que celles où les mâles puisent leur pâture.
Pendant les six ans de mon séjour au Pérou, sur 203 mâles je n’ai recueilli que 87 femelles, ce qui fait à peu près 3 mâles sur une femelle. Comme pendant tout ce temps j'ai collectionné dans les différentes saisons et dans les différentes régions, je peux supposer que cette proportion est proche de la vérité et que les paires se rendent ailleurs pour se soustraire aux persécutions de la part des célibataires, ou que les mâles condamnés au célibat quittent la contrée pour l’époque de la nidification.
La plus grande partie des oïiseaux-mouches niche dans la saison des pluies (décembre, janvier et février), pendant la plus grande abondance des fleurs. Les mâles brillent alors des éclats de topaze, de rubis, d’êémeraude et d'améthyste. La femelle construit un nid qui est un chef-d'œuvre dans son genre. L'intérieur est tapissé de coton ou d’une autre matière semblable, comme duvet délicat de bombax, de palo de balsa ou d’écailles laineuses des fougères aborescentes. L’extérieur est garni soigneusement de mousse pour le masquer devant la vue des ennemis. On les trouve dans les enfourchures des branches d’arbres ou des buissons, sur les pentes abruptes des rochers ou attachés sur la surface inférieure d’une feuille de palmier ou d’une fougère aborescente. Quelques-uns aiment à les placer sous les toits des maisons. La ponte est constamment composée de 2 œufs. Le bec des petits est court, mais il s’allonge vite et parvient presque à sa longueur normale au moment de quitter le nid.
Jugeant par analogie, on peut prétendre que les oiseaux-mouches ont leurs ennemis. On dit que les Mygales les assassinent, mais ceux-là manquent dans les montagnes et doivent même être rares dans les forêts chaudes de l’Amazone supérieur, car pendant trois mois de séjour dans cette région, je n’y en ai pas vu un seul. Il est presque impossible de
supposer que les oiseaux de proie s’en prennent à eux, car il faudrait au moins une vingtaine de ces petites créatures pour rassasier un épervier de la taille de celui d'Europe. De leur habitude de se percher à découvert on peut aussi prétendre qu'aucun rapace ne les inquiète. L'opinion que les oiseaux-mouches se prennent dans les filets des grosses araignées est absurde; les plus grosses, comme les Mygales et les Lycoses ne font point de toile. Les nids peuvent être attaqués par quelques ennemis.
J. STOLZMANN.
L'opinion de Stolzmann sur l’exclusion des lépidoptères par les oiseaux-mouches des fleurs ne peut pas être appliquée à toute l'Amérique Méridionale. Dans les relations de plusieurs voyageurs on trouve les mentions sur les fleurs visitées par les papillons et par les colibris dans les forêts brésiliennes. Dernièrement MM. Stolzmann et Siemiradzki ont vu à Puente de Chimbo (Ecuador occidental) beaucoup de papillons sur les fleurs d’héliotropes et des autres buissons visitées par les oiseauxmouches, Juliamyia feliciana, Chetocercus bombus et Chlorostilbon melanorhynchus, sans faire attention à leurs rivaux puisant la nourriture sur les mêmes fleurs. Plus haut, à Cayandeled, le même fait a été observé sur les fleurs des orangers visitées en même temps par les Steganura melananthera, Cynanthus eyanurus et les papillons. Dans les contrées du Pérou explorées par Stolzmann, l’absence des papillons sur les fleurs doit avoir une raison locale, Ce qui paraît être certain à Stolzmann et à Siemiradzki, c’est qu'également les papillons comme les oiseaux-mouches évitent les fleurs des orchidées,
À Puente de Chimbo, M. Siemiradzki a eu l’occasion d’observer un mâle d’AÆeliothriæ Barroti se baignant dans un ruisseau. L'oiseau choisit pour cette opération une petite cascade de quelques pouces de hauteur; il la perçait successivement, revenait brusquement et se débattait un instant dans l’air à quelques pouces au-dessus du niveau du courant, répétant cette manœuvre pendant environ cinq minutes; puis il s’envola.
7109. — Kutoxeres Condamini
Trochilus Condamini, Bourc., Compt. Rend., XXXIT, p. 186 — Rev. Mag. Zool., 1851, p. 96.
Eutoxeres Condaminei, GouLp, Monogr. Tr., Il, I, th. IV — Intr. Troch., 8vo ed., p. 37 — Eupes-Desr., Cat. Descr. Tr., p. 16.
Eutoxeres Condaminii, Murs., Hist, Nat. O.-M., I, p. 29 — DACZ PAZ NS. 1874; pe A1:
Eutoxeres Condamini, ELLIOT, Class. and Synops. Troch., p. 3.
E. rosiro arcualissimo; capite fusco, cervice dorsoque æneo cupreis; dorso antice villa transversa viridi cærulea; uropygialibus viridi æneis fulvo fimbriatis ; rectricibus latiusculis, apice acutis el albidis, mediis et submediis fere æqualibus, reliquis et præsertim externis brevioribus, mediis viridi æneïs, submediris nigris, cæteris pallide rufis; sublus nigra, albo flammulata, ventre pallidiorti. -
G! Ad. — Sommet de la tête noirâtre, légèrement coloré de verditre, passant graduellement sur la nuque et le cou supérieur en verdâtre cuivreux ; dos traversé dans sa partie antérieure d’une bande bleue légèrement verdâtre, prolongée jusqu'aux épaules et plus large sur ses côtés qu’au milieu; le reste du dessus du corps est vert à reflet cuivreux, le plus fort dans sa partie antérieure et perdant graduellement d'intensité en s’approchant des tectrices caudales qui n’ont rien de cette nuance; presque toutes les plumes dorsales sont finement lisérées d’une bordure fauve, le plus distinctement au croupion ; dessous du corps revêtu de plumes noires ou d’un noir brunâtre, flammulées largement de fauve sur la gorge, la poitrine et les flancs, en laissant une grande tache noire uniforme au haut de la gorge, et des moustaches larges sur ses côtés; milieu de l’abdomen blanchâtre faiblement flammulé de noirâtre; région anale duveteuse blanche; côtés du bas-ventre d’un fauve roussâtre, variés de brun; sous-caudales brunes, avec une strie médiane et une bordure terminale fauve; en arrière de l'œil commence une série de taches fauves en formant une bande entourant les tectrices auriculaires qui sont brunes: Aïles un peu plus longues que les rectrices externes, d'un brun violâtre, à tectrices de la couleur du dos et également squamulées de fauve; queue fort étagée, à rectrices larges et aiguës au bout, toutes terminées de blanc, les deux médianes vertes foncées, passant au noir vers l'extrémité; les submédianes noires avec un éclat bleuâtre très faible; les autres d’un roux pâle, sur la troisième une grande tache noire devant l’extrémité blanche, et une grande partie de la barbe interne rembrunie. Le bec est fort, très arqué à dos doucement arrondi; les côtés des deux mandibules creusés dans une grande partie de leur longueur en une gouttière assez profonde; la mandibule inférieure dépassant la supérieure; cette dernière
noire, l'inférieure blanche à extrémité même noire; pattes brunâtres; iris brun foncé.
Q La femelle se distingue par le manque complet de la bande dorsale et le manque des bordures aux plumes du dos qui ne sont distinctes que sur le croupion et les sus-caudales; toutes les rémiges et les grandes tectrices terminées par une bordure blanche très fine.
Le jeune mâle diffère de l'adulte par un certain nombre de taches d’un fauve blanchâtre au sommet de la tête et beaucoup plus nombreuses au dos ; par la raie dorsale remplacée par quelques plumes d’un vert bleuâtre sur chaque côté au-dessus des épaules; les stries blanches du dessous du corps moins larges que chez l’adulte et un peu élargies au bout.
S' Longueur de l'aile, 70; queue, 54; rectrice externe, 36; bec dans sa courbure, 30; en diamètre, 22; tarse, 6 millimètres.
Q Longueur de l'aile, 71; queue, 55; bec dans sa courbure, 37; en diamètre, 29 millimètres.
Description de la femelle et du jeune mâle faite d’après les oiseaux de Sarayacu, dans la collection de M. Salvin.
Trouvé par M. Jelski à Amable Maria, Pumamarca et Paltaypampa, au Pérou central.
« Je trouvais toujours ce curieux oiseau-mouche sur les fleurs d’une plante, dont la forme courbée de la corolle correspond parfaitement à celle du bec de l’oiseau, tandis que la place chauve au sommet de la tête présente un champ libre aux pistils pour y glisser librement pendant que l’oiseau sonde la fleur. Comme cette plante se trouve en abondance sur les bords des routes et est couverte toujours de nombreuses fleurs, on rencontre souvent l’oiseau quoique il n’est pas nombreux ; il s'arrête cependant très peu de temps sur la fleur, et à cause de cela il n’est pas facile de le tuer. Dans l’estomac de l'individu capturé il y avait de différentes espèces de cousins » (JELSKI).