Ce type de Haut Plateau a été observé
a) En suivant le Kemtchik, l'affluent gauche de TOulou-Khem (Schwartz, Pesterefif).
b) Au sud du Khem, en suivant les routes d'Oulassoutai (Matoussowski).
(1) Voir les coupes à la fin du volume.
c) Au sud des sources de l'Ousse, affluent de droite du Ienisseï (Schwartz).
d) Sur la route du Bei-khem vers la source de TOuda (Krijine),
e) Sur le versant méridional de Mounkou-Sardyk et aux environs du Kossogol (Krijine, Radde).
/) Sur la route de Kiakhta vers Ourga, à mesure qu'on approche de cette ville (de nombreux voyageurs).
g) Entre Ourga et TOnon (idem).
h) Dans toute la vallée de la Djida, affluent gauche de la Selenga. j) Sur le Temnik, affluent gauche de la Selenga, et sur les lignes de partage des eaux entre la Djida et le Temnik (Poliakoff).
k) Dans le haut cours du Tchikoi et du Khilok, affluents droits de la Selenga (Pallas, Sievers, Sokoloflf),
l) Dans le petit triangle formé par le Ba'ikal, Tlrkout et l'Angara (Poliakoff) (i).
m) Dans le haut Ouda, affluent droit de la Selenga, et le haut Konda, affluent gauche du Vitim, sur la route d'Irkoutsk-Tchita (nombreux voyageurs) et aussi entre le village d'Oukyr et le Vitim, sur la Konda, Emourtchen, etc. (route de Nakhvalin).
n) Dans le haut cours de la Zaza, du Kydymit et des autres affluents de la Selenga (Lopatin).
o) Dans les sources du Vitim et de la Tsipa (Georgi, Lopatin).
p) Sur la Tsipa, en de nombreux endroits (expédition sibérienne, Kropotkin).
q) Dans le bassin de TAmalat et du moyen Vitim (expédition Vitim-Olekma).
r) Dans les sources de la Nertcha et sur la ligne de partage des eaux entre cette rivière et la Karenga (Oussoltsefi) (2) et aussi entre la Karenga et le Kholoï (Oussortsefif).
s) Dans les sources de TOlekma et du Tounguir (expédition sibérienne).
t) Sur la Loptcha et le Larba, affluents de gauche et de droite de la Nunja.
(1) Pour les discussions concernant le type plateau de cette région, voy. l!(ve8tia, de la Société de Géographie russe, t. V, 186g, I, pp. 5o 6u
(2) Cest ici, cependant, que les topographes tracent la chaîne de montagnes du Stanovoi, alors que le Journal de ce voyageur parle distinctcnoent d*un haut terrain ondulé, couvert de marécages.
u) Dans les sources de l'Âldan (Schwartz, notes manuscrites).
v) Entre le Konam et Guinym (idem).
tp) Dans la partie supérieure des affluents droits de la Zeia, de la Brianta, deTIlikan, deTOunakh, du Mynmykh, etc. (Schwartz, i852, et expédition sibérienne).
x) Sur le Petit Aîm, TOutchour, etc., sur la route de Iakoutsk, vers (Oudsko'î-Ostrog (Middendorf).
:{) Sur les affluents droits de TÂldan, sur la route de Iakoutsk vers Okhotsk (Ermann, voir la coupe).
Dans tous ces endroits, le caractère de haut plateau ou d'élévation continue est incontestable. Il sautait aux yeux de tous les voyageurs, et Ton en trouve de nombreuses indications chez les auteurs que nous avons cités. Il n'y a qu'une seule région sur laquelle on n'est pas d'accord jusqu'à maintenant : c'est celle qui est mentionnée sous la lettre /.
Au premier coup d'œil, toutes ces localités semblent isolées et ne pas former un tout entier, surtout celles qui sont situées prés du Baikal, et sur la côte sud-ouest de ce lac. Mais, après un examen plus attentif, la cause de cet isolement apparent s'explique très simplement. A l'extrême orient, l'isolement n'est qu'un effet de la discontinuité des explorations. Quant aux interruptions apparentes dans le bassin du Baikal, elles sont dues aux larges vallées fluviatiles qui découpent profondément le plateau.
On peut, en effet, suivre sans interruption le haut plateau de Saïan, qui se trouve dans les possessions chinoises, depuis l'Altaï jusqu'à la vallée de la Selenga. Mais ici, la large vallée de ce fleuve, ayant le caractère d'une steppe, pénètre comme une profonde tranchée, creusée dans le massif, et c'est cette tranchée que suit la route de Selenghinsk à Kiakhta et Ourga. Cette vallée ne signifie cependant pas que le plateau se termine en cet endroit ; ce n'est qu'une baie profondément ciselée dans le plateau, car si nous montons jusqu'aux sources 'du Kharagol, affluent droit de la Selenga, nous y retrouvons le même type du haut plateau. De même si nous nous éloignons de la Selenga ou de la Tola, à 3o kilomètres dans une direction ou dans une autre, nous retrouvons encore le même type de structure. On peut le voir dans ma liste d'altitudes, car la route postale qui s'éloigne quelque peu de la Selenga, traverse déjà des hauteurs de 760 à i ,o5o mètres. On rencontre les mêmes élévations sur la route qui va de Kiakhta à Ourga, à partir du 49® degré de latitude. On peut dire absolument la même
chose de la vallée de TOuda, affluent de droite de la Selenga. Celui qui remonte la vallée du fleuve se voit dans une steppe limitée au nord et au sud par deux chaînes de montagnes, mais ces montagnes^ que Ton voit à sa droite et à sa gauche, comme un mur ininterrompu, ne sont que les parois de cette large vallée, — les rives de cette baie, — creusée dans le plateau. Comme nous le verrons plus tard, ces rives étaient celles de vastes lacs jurassiques d'eau douce.
Si le voyageur monte plus loin encore dans la vallée de TOuda (route de Tchita), il s'élève insensiblement sur le haut plateau qu'il rencontre aux stations de Verchino-Oudinsk, Verchino-Kondinsk et Chakcha, et là il traverse la longue file des lacs de ce haut plateau : Chakcha, Eravna, Ivan, etc. Là, en des marais communs, situés à la même altitude, les rivières, qui jettent leurs eaux dans la Lena (Konda, Aimourtchen) et dans le Ienisseï (Khilok, Ouda), prennent leurs sources. Si nous nous éloignons de 25 à 3o verstes au nord du cours moyen de l'Ouda, nous trouverons les caractères du haut plateau autour des lacs du système des rivières Kholoï, Konda, Aimourtchen, qui toutes, depuis leur source jusqu'à leur embouchure, roulent leurs eaux sur le plateau du Vitim. Le même type doit exister vers le sud, sur les rivières Kitchenga, Sarantaï avec leurs lacs et leurs petits lacs ; on peut le deviner, quoique nous n'ayons pas d*observations directes pour cette région. Les vallées de la Selenga et de l'Ouda représentent ainsi des tranchées gigantesques, semblables aux tranchées des chemins de fer, qui permettent aux routes allant vers l'Amour et vers Péking de gravir insensiblement le plateau. Si ces tranchées n'existaient pas, si les eaux qui descendent du plateau n'avaient pas enfoncé et creusé de larges ouvertures dans la haute chaîne du rebord nord-ouest du plateau Saïan-Vitim(i), alors, pour arriver des hautes plaines de Nijne-Oudinsk ou de Ziminsk (sur l'Oka, route de Moscou à Irkoutsk) à l'Amour ou à Ourga, il faudrait traverser la chaîne, à peine accessible, du Saian ou son prolongement que j'ai nommé chaîne Sud-Mou'ia.
(i) Leur direction première fut évidemment déterminée par certaines excavations longitudinales ou peut-être par des plis synclinaux des roches. Mais la formation de la vallée est le résultat de l'action de l'eau et de Tatmosphére pendant des périodes infiniment longues. Nous pouvons juger de la longueur de ces périodes par le fait que nous ne trouvons nulle part sur le haut plateau de couches sédimentaires marines plus récentes que le dévonien, que nous rencontrons dans les plateaux de la terrasse inférieure.
On trouve ce dernier aspect en descendant du plateau par la vallée du Vitim, où cduî-ci perce la chaîne bordière nord-occidentale et la zone alpestre, entre la Tsipa et l'embouchure de la Lavaska. Actuellement il est très difficile, même au piéton, de monter le plateau par la déchirure du ^tim et les Toungouses préfèrent traverser la chaîne du rebord que de suivre la vallée du Vitim, qui n'est pas encore complètement formée. Mais pourvu que les phénomènes géologiques actuels durent encore quelque temps, les bateaux à vapeur monteront alors de la Lena sur le plateau aussi Ubrement qu'ils montent aujourd'hui une partie de la Selenga et de TOuda. On peut dire la même chose de la tranchée de l'Olekma, où la montée sur le plateau ne constitue pas une voie de communication facile, bien que cette tranchée soit plus commode que celle du Vitim. Les tranchées que Ton retrouve plus loin vers le nord-est — celles de TOutchour etl'Aldan — sont beaucoup plus faciles.
Ainsi, le haut plateau qui a été observé dans les endroits que nous venons d'énumérer n'a point d'interruptions et représente un tout entier. Ce plateau n'est érodé que par les eaux du lac Baïkal (v. plus loin), lesquelles y pénètrent dans Tangle sud-occidental du lac, et par la vallée de la Selenga et de ses affluents : la Djida, TOrkhon, le Tchikoï, le Khilok et l'Ouda. Aucune de ces rivières ne coupe cependant le plateau dans toute sa largeur. Toutes prennent leur source dans les lacs du haut plateau et toutes ont leur cours supérieur sur les hautes terres, mais ces rivières ont leur cours inférieur tellement enfoncé dans le plateau que ces vallées, devenant très larges dans leur cours inférieur, y prennent même le caractère de steppes. Couvertes aujourd'hui de galets et de petits lacs salés, elles étaient autrefois des baies de la mer baïkalo-selenguienne (mer jurassique d*eau douce ? )
Cette mer, qui lançait au sud ses baies allongées dans la ;masse du plateau, pénétrait au nord par des fjords dans la zone alpine. Aussi trouve-t-on, tout le long de la base extérieure de la chaîne bordière, une succession de larges et longues vallées parallèles à la chaîne bordière, situées entre celles-ci et la zone alpine. On pourrait les appeler la succession de vallées longitudinales^ sans d'ailleurs préjuger leur origine. Nous rencontrons ces vallées typiques dans le cours inférieur de l'Irkout (Tounka), dans le cours inférieur du Bargouzin et dans la vallée de la Mouïa, occupant toujours la même position entre le haut plateau et la zone alpine, et probablement aussi dans les vallées de l'Abakan et du Yous, décrites par Pallas et Schwartz. Cette mer s'étendait évidemment au-dessus des hautes plaines (steppes
aujourd'hui) deBalagansk, de Nijne-Oudinsk, de Kansk, de Krasno'iarsk et de Minoussinsk. La même mer baignait aussi le versant sud-oriental du haut plateau, comme nous allons le voir plus tard.
B. — Chaîne bordière nord-occidentale du haut plateau,
4. La limite nord-occidentale du plateau est déterminée par sa haute chaîne bordière qui, certainement, ne suit pas les lignes de partage des eaux, où les commissaires des frontières ont mis des borneslimites; cependant, à Tinstar de Humboldt, les cartographes tracent des chaînes sinueuses dans le sens de TErghik-Targak-Ta'îga.
Cette chaîne se caractérise par les traits suivants :
a) Elle comprend tous les sommets les plus élevés de la Sibérie orientale, (Mounkou-Sardyk, Kharaar-Daban. etc.). L'altitude moyenne de sa crête est plus élevée que celle de la crête de chacune des autres chaînes sibériennes (en les prenant au même méridien) (i). Cette hauteur est de i,5oo à 1,800 mètres au sud-ouest, et de 900 à i,3oo mètres à l'extrême nord-est.
b) Sa largeur est de 25 à 40 kilomètres.
c) Sa base sud-orientale se trouve sur le plateau, à l'altitude de 900 à 1,200 mètres dans sa partie occidentale, et d'environ 700 mètres plus loin vers le nord-est, si nous considérons comme bases les vallées des rivières qui coulent sur le plateau parallèlement à cette chaîne, par exemple les rivières Kemtchik, Beï-Khem, Djida, Temnik, Vitira (cours supérieur), Tzipakan, Tzipa, Kalar (ou Tchara?) et Guinim.
d) Sa base nord-occidentale est située aux altitudes de 5oo à 600 mètres dans la partie occidentale du haut plateau et 3oo à 400 mètres plus loin vers le nord-est. Elle tombe d'une pente très rapide vers les vallées « longitudinales » dont nous venons de parler. Telles sont les vallées de rOuss, derirkout(Tounka), du Bargouzin, de la Mouïa, de la Tchara et de l'Aldan. Par conséquent, cette chaîne a un caractère très prononcé de chaîne bordière du haut plateau.
(1) Comme toute la partie montagneuse de la Sibérie orientale baisse vers le nord-est, il peut arriver, par exemple, que la chaîne située en amont de l'Ouss soit plus élevée que la chaîne séparant le Guinym de TAldan, bien que celle-ci forme, paraît-il, une continuation de la chaîne bordière nord-occidentale du haut plateau, tandis que la première chaîne appartient à la zone alpine. Cest pourquoi j'ai fait des réserves en disant « au même méridieu ••
é) Les sommets de la chaîne ne présentent nulle part, comme l'ont maintes fois observé les voyageurs, de pics pointus ravinés de profonds sillons sur leurs flancs. Dans la majorité des cas^, elles prennent des formes arrondies en coupoles, et toute la chaîne a un caractère massif. C'est pourquoi on préfère tracer les sentiers qui traversent cette chaîne, non pas en suivant les vallées des rivières, partout pierreuses, ni les défilés, mais sur les sommets eux-mêmes. Tel est le passage vers la Djida, qui traverse le sommet du Mont Ourgoudaï (Poliakoff) et, si je ne me trompe pas, le passage dir Boukhat, affluent de droite de l'Irkout ; aussi les passages des chaînes de l'Arguada et de rikat, ainsi que le passage de l'Ovokit (Orlofif) et celui du Mouidjirikan dans la chaîne Sud-Mouïa. Tous, profitant de la forme arrondie des montagnes de cette chaîne, préfèrent traverser ses sommets, quelquefois les plus élevés, plutôt que de suivre les gorges environnantes.
f) La présence, sur ses deux pentes septentrionale et méridionale, ainsi qu'à ses deux bases, de roches volcaniques (laves), semble constituer un trait typique de cette chaîne bordière. Tels sont les cratères ou volcans éteints, décrits par moi, sur le Djounboulak (frontière chinoise) et le plateau du Vitim, les laves basaltiques de Mounkou- Sardyk, les laves de la vallée de l'Irkout, les basaltes des environs de Selenguinsk, les couches de laves près de Baounte et de la Djelinda jusqu'à TAmalat. En dehors de la chaîne bordière du plateau Safan- Vitim, les torrents de lave et les cratères de volcans éteints ne se rencontrent plus dans la Sibérie orientale.
g) Dans le règne végétal, on peut déjà signaler comme un caractère typique de cette chaîne, le fait que ce n'est pas le mélèze qui atteint ici les limites extrêmes de la végétation sylvestre, comme cela se voit sur les autres chaînes du pays montagneux voisin, mais le cèdre arborescent et le sapin. Ce caractère est observé aussi bien dans le Saïan que dans la chaîne Sud-Mouîa.
5. La limite nord-occidentale du haut plateau, c'est'à-dire sa chaîne bordière nord-occidentale, suit, non pas une ligne droite, mais une ligne brisée qui se compose dans ses deux branches principales de deux chaînes ayant la direction S.-O. — N.-E., ou plus exactement N. 5oo-52'> E.
Cette chaîne bordière est connue dans les endroits suivants :
a) La chaîne sur le bord gauche de TOuss (Schwartzj ;
b) Celle des sommets du Kysir et de la Touba ;
c) La chaîne située entre les affluents du Khamsar-Khem et les sommets de l'Ouda, où elle a, non pas la direction N. O.-S. E.
suivant la frontière russo-chinoise, comme on la trace encore sur les cartes, mais celle du S. O.-N. E.
d) La chaîne de Saïan sur la rive droite de Tlrkout (Poliakoff, Kropotkin, en partie Radde), Quant à la chaîne Khamar-Daban, là où sa direction se détermine par les érosions du Baïkal, elle sera mentionnée plus loin.
e) Les chaînes de TArguada et de Tlkat, sur le rive gauche du Bargouzine (Georgi, Lopatin).
/) La chaîne Sud-Mouîa (expédition Olekma-Vitim) ;
g) La chaîne qui accompagne la rive droite de la Tchara (OussolzefF).
Ainsi, cette chaîne nous est connue aujourd'hui sans interruption sur les espaces suivants :
A) Entre l'Ienisseï et les sommets de TOuda, sur une distance de plus de 5oo kilomètres (i).
B) Du Kossogol jusqu'au Baïkal sur plus de 25o kilomètres.
C) De la ville de Bargouzin jusqu'aux sources de la Tchara, plus de 700 kilomètres.
Entre ces lignes nous voyons dans cette chaîne trois interruptions : A) Le plus difficile à expliquer, c'est l'interruption entre les tronçons A et B. Il est même probable que le Saïan n'est pas la même chaîne que celle qui suit la rive gauche de l'Ouss. Il lui est seulement homologue. L'une et l'autre sont des chaînes bordières du haut plateau qui se dressent sur son bord nord-occidental. Pourquoi n'y a-t-il pas de chaîne bordière dans la partie qui sépare les tronçons A et B ? C'est une question à laquelle il est impossible de répondre affirmativement, pour cette simple raison que nous ne connaissons pas la cause qui provoque la croissance des chaînes bordières. Mais l'orographie de ces lieux nous montre que la chaîne située sur la rive droite de rirkout joue le même rôle que celle qui se dresse sur la rive gauche de l'Ouss. Toutes les deux sont des chaînes bordières du même type orographique. Néanmoins, sur la partie de la ligne brisée où elle se dirige du N.-O. vers le S.-E., il n'y a pas de chaîne de rebord. Au contraire, les chaînes qui apparaissent sur le plateau comme des chaînes surplantées, conservent la direction S.-O.-N.-E. et elles forment en dehors du plateau un pays montagneux, alpestre, avec de nombreux rameaux.
(i) Voir fig. à la fin du volume.
Si nous nous figurions la Sibérie orientale inondée de l'Ienissei au lac Baïkal, jusqu'à une hauteur de 600 mètres, le continent serait représenté par le plateau Saïan-Vitim. Dans les parties de la ligne brisée qui ont la direction SO.-NE., la côte aurait suivi, en général, une ligne approximativement droite et elle serait limitée par la chaîne bordière qui descendrait d'une façon abrupte vers la mer, et par une pente douce à l'intérieur du continent, pareillement aux Andes américaines. Par contre, dans la partie de la ligne brisée qui se dirige du NO. au SE., la côte aurait été profondément découpée. De cette côte se seraient avancées une série d'étroites presqu'îles entre lesquelles se seraient trouvés des fjords profonds. Telle est, au moins, en se basant sur les données existantes, l'idée que l'on pourrait se faire de cette partie si peu connue du plateau de Saïan (i).
b) Les relations sont plus embrouillées dans les environs du Ba'ikal. Une chaîne bordière typique accompagne la vallée de l'Irkout. Elle est connue et nous l'avons vue conservant ce type de chaîne bordière jusqu'au Zon-Mourin et à la Bystraïa. Je la connais personnellement plus loin vers Test et je ne m'en souviens que trop bien lorsque je dus la traverser sur la vieille route Krougo-Baïkal entre les sources du Temnik et du Lankatouï. Après les marais du Temnik (r,6oo mètres environ d'altitude), on monte jusqu'au faîte de cette chaîne, qui atteint des altitudes de plus de 1,800 mètres, après quoi on descend presqu'à pic dans les étroites et sauvages vallées qui conduisent au Ba'ikal. Le caractère de chaîne bordière du Haut Plateau (sur lequel coule le Temnik) est aussi clairement prononcé dans ces endroits qu'on pourrait désirer le voir dans une forme typique.
Il semblerait donc qu'on devrait considérer comme limite septentrionale du plateau la ligne qui va du Sayan aux sources des ruisseaux Touloussin et Tibelti TSi^'Sô' lat. sept, et 102020' long, orient. Gr.), et qu'ensuite cette ligne va, en s'écartant vers le S. E. jusqu'aux
(1) Il est possible que le haut plateau ait ici deux terrasses, c'est-à-dire que si Ton continuait le tronçon B vers le Sud-ouest, sur le plateau, cette ligne séparerait un parallélogramme d'une hauteur un peu plus considérable que le reste du haut plateau. M. Krijine, qui a visité cette partie du plateau, du Kossogol au sommet de rOuda, n'a jamais descendu au-dessous de g3o mètres, même quand il pénétrait dans la grande vallée de Beï khem. En général, il s'est trouvé sur des hauteurs supérieures à 1,200 mètres. — Cette supposition, qui n'était qu'une hypothèse en 1876, se confirme aujourd'hui par l'étude de la Mongolie nord-occidentale basée sur les nombreux levés russes. Voyez article « Mongolie » dans le Supplément à PEncyclopédie Britannique qui va bientôt paraître. (Note de igoo,)
sources de la petite rivière Khara (affluent du Baïkal), pour reprendre ensuite la direction nord-orientale dans la chaîne qui est nommée Khamar-Daban sur la carte de Schwartz (la chaîne, non la montagne de ce nom). Plus loin, cette ligne serait interrompue par la Selenga, près de la station de Polovinna'ia. Mais si Ton examine de plus près le caractère du petit espace triangulaire situé entre Tlrkout (après qu'il a reçu Tlltcha), l'Angara et le lac Baïkal, on ne peut se refuser d*y reconnaître un fragment de haut plateau. Aucune rivière ne traverse ce triangle, et tous les ruisseaux auxquels il donne origine sont courts et coulent sur ses pourtours, tandis que les massifs qui les séparent ont tous à peu près la même altitude de ySo mètres. Leurs sommets arrondis et aplatis correspondent plutôt au type du plateau et de sa chaîne bordière nord-occidentale qu'au type des pays montagneux alpins qui se dressent au nord du plateau. Je suis ainsi porté à voir dans ce triangle un fragment du plateau, et cette supposition se confirme par la direction des Alpes de Tounka (voir plus bas).
S'il en est ainsi, il faut faire reculer la limite nord-occidentale du plateau, de façon à englober ce triangle, qui se présenterait alors comme partie sinon du plateau, du moins de sa chaîne de rebord. La partie sud-occidentale du Baïkal, le golfe Koultouk, serait alors une baie découpée dans le plateau, c'est-à-dire que la chaîne du rebord est interrompue et qu'elle apparaît ensuite dans la même direction, mais un peu plus au sud. Il semble, en outre, qu'une chaîne de rebord longeant la côte méridionale de la baie s'est élevée le long de cette côte, sur l'escarpement du continent, après l'enfoncement de la baie dans le plateau.
CJuoi qu'il en soit, négligeant pour le moment ce détail, nous devons admettre que le haut plateau est bordé, sur presque toute la distance du Kossogol à la Selenga, par une chaîne de rebord qui conserve partout le même caractère.
c) La troisième interruption est représentée par les portes de la Selenga, que forment les vallées profondes de la Selenga et de FOuda creusées dans le plateau et perçant la chaîne de rebord. Autrefois, la Selenga et l'Ouda, de même que le Temnik aujourd'hui, coulaient évidemment sur le plateau, près du pied sud-oriental de la chaîne de rebord, et formaient un vaste lac dont les traces sont encore visibles aujourd'hui (lac Goussinoïe actuel et beaucoup d'autres).
Mais les sources secondaires ont fini par creuser la chaîne en un certain point et le lac supérieur a fini par se frayer un chemin vers le lac (Baïkal actuel), qui s'étalait à l'autre pied de la même chaîne^ à
un niveau inférieur. Puis cette brèche a été encore élargie et plus accentuée par le travail des eaux, et elle a constitué les portes actuelles de Selenga. La chaîne bordière manque en cet endroit (i).
Si nous nous éloignons cependant de la Zastava Polovinna'ia, d'une trentaine de kilomètres vers le N. E., nous y retrouvons cette chaîne dans tout son développement caractéristique, et de cet endroit nous pouvons la suivre jusqu'aux sources de laTchara, affluent droit du Vitim et même jusqu'à l'endroit où elle tourne vers le Nord (119*^20' long, orientale Gr.). Georgi, Lopatin, Schwartz, d'après OrlofF, notre expédition et OussoltzefF, ont suffisamment décrit la partie dont il s'agit pour qu'on y reconnaisse sans hésitation une chaîne de rebord du haut plateau. Mais où faut-il chercher la continuation ultérieure de cette chaîne et, par conséquent, la limite nord-occidentale du plateau au delà de cette longitude ?
Une réponse directe à cette question est donnée par l'itinéraire inédit de Schwartz en i852. En marchant d'Oudskoï Ostrog et en remontant le cours de l'Oudugoun pour se diriger vers le cours supérieur de laZeïa, il a rencontré un plateau de 55o à 660 mètres d'altitude, dans lequel est creusée la vallée de la Zeïa. Il se trouvait ici, comme nous le verrons plus tard, sur le plateau (terrasse inférieure?). Aux sources du Guiluï, près de la Bourpala, il traversa une chaîne de montagnes et se trouva de nouveau sur un plateau (terrasse supérieure?). Cette chaîne forme ici la ligne de partage des eaux (le Stanovoï-Khrebet). Et ici aussi le passage du Stanovoî avait son altitude ordinaire de 1,000 mètres à peine, c'est-à-dire qu'il s'élevait seulement à 3oo mètres au-dessus du niveau moyen du haut plateau. Ensuite, Schwartz suivit le Konam, où il a rencontré le plateau, qui a un caractère aussi nettement prononcé, et le long de son cours, il voyait toujours un plateau tout aussi bien caractérisé, sinon plus, que le long de la Zeia. Des collines peu élevées, de vastes plaines marécageuses dans lesquelles les rivières serpentaient au cours lent et presque sans chute (cette observation se rencontre très fréquemment dans l'itinéraire de Schwartz); des vallées larges, plates, parsemées d'innombrables petits lacs et ayant leurs fonds à des altitudes de ySo mètres ; absence de montagnes, et basses collines s'élevant entre les rivières
(1) Il est intéressant de constater que la même chose se reproduit aux environs de la mer Caspi enne. La chaîne de rebord du plateau transcaucasien s*interrompt lorsqu'elle approche de la mer Caspienne pour reparaître plus au sud, en Perse, le long de la côte méridionale de cette mer. {Note de V Auteur ^ igoo,)
marécageuses ; bref, le type même du plateau Saian-Vitim dans son expression la plus nette, si nette, en effet, que Ton pourrait donner à tout cet énorme plateau le nom de Saïan-Vitim-Konam, si le troisième membre de cette dénomination avait la même importance que les deux premiers.
Mais déjà en approchant du Guinym, Schwartz commença à rencontrer des montagnes. Après avoir avancé, à mesure qu'il suivait le Konam plus vers Test qu'il ne le voulait, il ne pouvait trouver un passage vers le nord qui le conduisît au Guinym. Plusieurs fois il essaya de traverser la chaîne et c'est à peine s'il y arriva enfin en s'engageant dans la gorge pierreuse d'un torrent. Dès qu'il eût franchi cette chaîne et entré dans le bassin du Guinym, il s'aperçut de suite que les rivières avaient des chutes rapides. Puis, en descendant la vallée de l'Outchour, il croisa une haute chaîne rocheuse de montagnes qui longe la rive droite de l'Aldan et à travers laquelle l'Outchour s'est percé une porte pareille à celle de la Selenga.
11 en résulte que nous retrouvons la chaîne bordière nord-occidentale sur la rive droite de l'Aldan et qu'ici elle possède les mêmes caractères que ceux que nous lui avons reconnus dans les chaînes de rOussa, de Saïan et de Sud-Mouïa. Elle semble aussi se continuer plus loin encore, vers le N. E., toujours dans la même direction, et elle paraît être percée par la Maïa, là où celle-ci descend vers l'Aldan.
Je propose de nommer cette chaîne énorme presque ininterrompue, — la seule vraiment typique et la plus élevée des chaînes de la Sibérie orientale :