L'EAU MÊLÉE AU VIN
Que la Fable soit le sourire peint Qui masque la pensée austère.
Un jour, Orphée, on nommera tes chants Cratères,
Comme ces vases où l'eau claire
Est mêlée au vin .
Eau des sources, légère, Qu'animent la profonde et vivante lumière Les rythmes éternels et simples de la terre. Tu n'y mêles qu'un peu de vin,
Qu'un peu du vin brûlant, lourd des secrets divins Conquis par la sauvage audace de l'humain.
Le feu pur de ton vin dessécherait les bouches.
Le vin fermente en toi, farouche, Lourd de secrets et de fureurs.
Vois se pencher la soif horrible des bacchantes Vers ton cœur douloureux oii le vin pur fermente. Les hommes ne sont faits que pour la douce eau lente, L'eau régulière, sans couleur, L'eau qui tient dans leurs pots, l'eau lente. Orphée, il faut oser leur enseigner le vin Lourd de fureur humaine et de secrets divins.
Mais c'est chacun de nous qui doit faire âme neuve. Et la foule? Regarde... Ayant initié
Sans épreuves, Tu dois mourir. La foule attend que, châtié. L'homme prométhéen tombe enfin, foudroyé.
Marqués d'infamie.
Tes disciples sont rejetés Hors du temple et de la cité Et la foule est ton ennemie.
Il faut l'aimer, Orphée, et donner ton génie. Et, sans voir, donner ton génie.