‹ OrphéeChapitre 17 sur 32 · LA STATUE GAINÉE · texte numérisé non relu

LA STATUE GAINÉE

Les âges, Longue chaîne où les vivants Traînent les morts et leurs défunts mirages. La lyre conduira les âges.

Chacun des temps la nourrissant.

Elle crée à chacun son verbe et son image. Qu'un âge meure, elle a formé d'autres visages ; Elle chante aux nouveaux élus le chant suivant. Et d'espoir en espoir, de langage en langage. Le dieu gainé s'éveille et déchire ses liens.

Portant déjà le chant des hommes de demain, Le Poète leur appartient,

3o. — LES CHERCHEURS DE FABLES

Pour éveiller en nous le besoin de connaître, Quelles fables sais-tu conter?

Que des voiles brodés drapent ta vérité.

Conte, Orphée, et dis-nous ta patrie et tes maîtres;

De quels dieux naquirent tes dieux ; Sous quels aspects changeants l'on doit naître et renaître Dans les combats où s'équilibrent les douze Etres,

Auquel des Douze vont tes vœux

Et de quel préférable dieu

Tu veux que nous servions les prêtres.

3i. — ORPHÉE LE THRAGE BLOND

Orphée, assis au pied du saule, vous répond. Il sait que vous craignez la sagesse implacable, La nudité pâle de la raison ;

Il vous dira toutes ses fables .

Il est le Thrace blond.

Le fils de la Thrace sacrée, Terre sauvage aux roches embrumées.

Les Hyperboréens, favoris d'Apollon.

Sont ses frères humains ; et ses mères divines SontCalliope et l'infernale Proserpine.

Son père est Zeus l'impérieux.

Car le Poète est fils de dieu Et reprendra son rang de dieu.

Qui t'instruisit dans les divins symboles ? Qui t'enseigna les secrets et les noms ? Car le sage est celui qui redit les paroles...

Orphée, assis au pied du saule, vous répond : Il a subi les épreuves, docile.

Aux rites crétois des Dactyles Il n'a trouvé ni l'extase, ni la terreur. Juste harmonie, il est descendu pour te suivre

Aux enfers divins des vieux livres.

Puis te cherchant encore, a médité, meilleur. Dans la caverne obscure de son cœur.

Qu'enseigne-t-il ? Quels mystérieux artifices ?

Ses disciples sont près de lui, vêtus de blanc.

Les Purs, les Saints, qui n'offrent point de sacrifice Mais écoutent d'un cœur fervent, Mais reçoivent d'un cœur fervent

Le paisible pollen des discours fécondants.

Et la sagesse en eux voit croître ses prémices.

A quoi bon des colliers de mots pétrifiés Grain à grain reliés et vite éparpillés ? Mémoire, grelot mort, et qui s'évertue... Ils attendent purifiés,

Nourris du pain sacré, dédiant la chair crue Des taureaux, où revit Zagreus, le dieu qu'on tue. Qu'apprennent-ils? A rester éveillés,

A garder une âme légère.

En attendant qu'un jour leur cœur s'éclaire,

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