DIONYS L'INFERNAL
Mais cet Apollon souterrain, Nous reconnaissons au passage Les tigres fous de son rouge attelage ; C'est le chef emporté par ses bêtes sauvages. Oïoh! Crions son nom divin :
Bacchus aux cheveux de raisin.
Inépuisable cep, dont les fruits lourds étalent Sur le monde la sève ardente, le sang mûr Qu'il a puisé, profondément, au gouffre obscur.
Dans les ténèbres infernales, Dans l'humide foyer de la vie infernale.
(Là, son tombeau vit, sous l'Omphale.) — ii5 —
Le nom jailli du beau sang créateur.
Oïoh ! Bacchus ! Qu'il soit la multiple clameur Répercutée et qui transmet son cri sauveur.
Ah ! ses sarments roux . qu'on les hache ; Ses beaux bras clairs, qu'on les arrache. Dans le délire bouillonnant du dieu qui meurt Que naisse alors l'ivre clameur.
Le cri de libre force neuve Qui vous franchira, humaines épreuves...
Douleur divine, inépuisable fleuve Où la joie du monde s'abreuve.
Sang de la grande Vigne pure, sang sauveur;
Sang qui coulera dans le sang des mystes, Chargé de furieuse joie et de douleur :
Toujours vaincu, tué, naissant, vainqueur; Embrasé de triomphe immortel, sang sauveur. Sang du multiple Eros où le désir persiste ; Sang dédié, pure boisson, où coexistent Et se rejoignent l'homme et le dieu; sang sauveur. Sang, humidité chaude où le désir persiste.
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'^Dionys deux fois né, multiple Eros danseur, ^Nocturne et lumineux, véridique et trompeur. Dieu fou que guérira l'apaisante Cybèle, Juvénile et barbu, hostie et dieu rebelle Qui fait bondir dans les montagnes sa fureur.
5o. — SOLITUDE D'APOLLON
Chef que cerne de feu désert son diadème, Dieu jaloux même de lui-même, Violent cœur obscur Qui détruit ce qu'il aime,
Brasier suprême où tout se disjoint, feu trop pur.
L'homme têtu qui te poursuit, qui s'illumine De ta splendide et solitaire ardeur divine, Voici que déjà le calcine Ton haleine dans sa poitrine.
Il se consume. Et veut encore. Et puis, un jour, Il tremble et n'ose plus se jeter au délire. L'homme blessé par le torride amour.
Son regard que ta flamme sombre allait détruire S'en détourne et bientôt va suivre un autre cours.
Une autre source, une fraîcheur, s'éveille et sourd De ce cœur trop ardent que tes rayons déchirent. Et l'homme d'un seul dieu comprend trop tard, un jour, Qu'il ne veut plus mourir sous le poids de la lyre.
Et le dieu solitaire et jaloux sent plus lourd L'inséparable poids de la sublime lyre.
5i. — LES COMPAGNES DE DIONYS
Mille bouches : « Bacchus aux cheveux de raisin !
(( Dionysos de Thrace et de Phrygie l » lacchos, le chant qui marche en claire théorie. L'entoure de flambeaux et de sistres d'airain. Et vers son char traîné de fauves bactriens
Roule un ardent cortège de folie :
Les baladins savants en obscures magies, Les archers à l'œil bleu venus du nord lointain, Les sages accourus des déserts indiens Et la bacchante avide ouvrant bouche d'orgie.
Elle accourt.
Les danseurs enfiévrés par la flûte phrygienne Font redoubler cymbales et tambours.
Par les sommets, sous les couverts de chênes, Au profond de la nuit vivante et souterraine Qui prépare le jour après la mort du jour, Court la danse que le dieu mène.
Cybèle des forêts, dont sonnent pour Attis les cris d'amour, A vu ses compagnons, âmes des montueux et verts domaines. Quitter les frais festins de rude sève et courir aux tambours. Les Corybantes nus, entraînés dans la danse et le vacarme Rythment du fracas heurté de leurs armes L'appel des mains et des tambours Qui proclame, parmi les nocturnes alarmes, La résurrection de la vie et du jour.
Et la purifiante et sauvage Cybèle
Qui se plaît au grand vent qui fait mugir les monts,
Aux cris des loups et des lions ; La déesse puissante et rebelle, Cybèle
Aux vivifiantes mamelles ; La rude mère naturelle des secrets;
Cybèle, Accompagne, la nuit, sous le bruit des forêts, Dionys qui dénoue en riant les secrets, Dionysos, x\utomne et Joie, Ivresse et Paix.
Dionysos, Ivresse et Paix, Automne et Joie.
Quand il combat le loup nocturne Hiver Sa mère l'accompagne et pleure, Démèter
Dont la puissance calme se déploie En ordre clair Sous les sages moissons qui parent l'univers.
Le cortège nocturne agitant sa folie Acclame Dionys de Trace et de Phrygie.
Et l'homme d'un seul dieu ivre et mystérieux
Se perd dans l'extase.
Bouillant comme le vin ténébreux dans le vase D'or, l'homme d'un seul dieu Se perd tout entier dans la folle extase.
Tumultueuse, impersonnelle extase.
0 Dionys, rieur, impétueux, Apollon, pur et rigoureux, Voyez, sous votre amour terrible qui l'embrase, Se perdre l'homme d'un seul dieu.
5q. — ORPHÉE ET LES DIEUX FRÈRES
Orphée est fils d Apollon, le dieu bloiid : Les louves en folie en feront leur carnage...
Mais sage.
Il n'est pas consumé par le feu d'Apollon.
Orphée est fils de la Thrace sauvage ; Aux temples le voici prêtre de Dionys . . .
Mais sage, Le délire du sang ne l'a pas envahi.
Comme l'enfant en qui fleurissent, Inscrites dans son cœur, deux forces qui s'unissent.
Orphée unit le double teu De la stricte harmonie et du cri furieux.
Il sait qu'étant né de deux dieux Il sera le cratère où s'unissent les dieux.
Son chant proclamera leurs chants mystérieux,