‹ OrphéeChapitre 5 sur 32 · L'HARMONIE DÉCHIRÉE · texte numérisé non relu

L'HARMONIE DÉCHIRÉE

L'unité de deux cœurs que voici déliée, L'harmonieux amour que la mort a détruit,

Orphée en songe le recrée De lui seul et de la tendre âme déchirée

Qui doucement veille sur lui,

Eurydice l'inoubliée.

Le fils du dieu connaît de sombres stations.

Seul devant la lyre muette Et les tentations D'une âme où librement les ombres se reflètent Tourné toujours vers les rampantes visions De l'ombre, Orphée erra de retraite en retraite.

Ah ! que ce soient comme autrefois Les ombres éblouies qui se tournent vers-toi !

0 poète errant, souviens-toi De ce lumineux autrefois,

Quand Orphée était pur et dans la plénitude

Paisible de la certitude.

Alors l'absolu de la foi Aveuglait son regard. Mains douces de la foi Qui vous posez sur les paupières. Souples doigts Maternels qui chassez les vagues multitudes

De l'ombre. Absolu. . . Plénitude. . .

Ah! baigne-toi de solitude.

g. — ORPHÉE AUX MÉNADES

Errant, prends garde de trahir.

De sourire aux ménades folles, dévêtues. De traîner parmi leurs désirs Ton inutile harpe^ détendue.

Ne sois pas l'Orphée aux chaînes de fleurs, Couronné de fleurs d'Ionie Et qui renie, et qui oublie...

Orpheus. Mais célébrer la sereine splendeur, Et guider d'un fil d'harmonie Le vol de l'humaine âme en pleurs ;

Mais gouverner les panthères dociles, Etre le bâtisseur Dont la harpe construit les villes, Voilà le grand Orphée ; et goûter la douceur, L'âpre douceur où baigne une âme toute seule.

Le» folles rôdent, c'est ton cœur.

Ton cœur, Ah î ton cœur divin qu'elles veulent.

lo. — LE SEUL ENTOURÉ D'AMOUR

Oh ! sois fidèle au souvenir D'Eurydice l'inoubliée...

Mais toutes se sont fiancées Avec Eurydice à ta destinée ; Et ton corps à leurs corps n'a cessé de s'unir Dès qu'au corps d'Eurydice il dut appartenir.

Eurydice l'inoubliée...

Souvenir aimé qu'éloigne la mort...

Epargne l'amour de celles encor Qui se déchirent la poitrine En prononçant ton nom,

Orphée aux yeux lointains, Orphée aux cheveux blonds Que la tristesse incline Au-devant de ton front.

Chastement fidèle aux prières vaines Qui rayonnent vers ton nom, Vers ta triste douceur lointaine, Épargne aux mille aveux fiancés à ton nom

L'espoir, le dépit et la haine.

Qu'un même doux refus s'oppose au même don Des ménades aux fureurs vaines Et des femmes doriennes.

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