ACTE QUATRIÈME
EURIDiCE
Ah ! barbare !
Sont-ce là les douceurs que ton cœur me prépare ? Est-ce donc là le prix de mon amour ?
0 fortune jalouse !
Orphée, hélas I se refuse eu ce jour Aux transports innocents de sa fidèle épouse.
Par tes soupçons cesse de ra'outrager.
EURIDICE
Tu me rends h la vie, et c'est pour m'affliger ! Dieux, reprenez un bienfait que j'abhorre! Ah ! cruel époux, laisse-moi l
Viens, suis un époux qui t'adore.
EURIDICE
Non, ingrat, je préfère encore La mort qui m'éloigne de toi !
Vois ma peine !
EURIDICE
Laisse Euridice !
Ahl cruelle! quelle injustice I Viens! je t'implore, suis mes pas.
EURIDICE
Parle, réponds, je t'en supplie, {bis.)
Dût-il m'en coûter la vie, Non, je ne parlerai pas. (6î5.)
EURIDICE et ORPHÉE ensemble, à part et sans se regarder.
Dieux I soyez-moi favorables .'
Voyez mes pleurs I
Dieux secourables.
Quelles rigueurs !
Quels tourments insupportables Mêlez-vous à vos faveurs 1 [bis.)
Orphée s'appuie contre un rocher.
EURIDICE, à part, éloignée d'Orphée.
Mais d'où vient qu'il s'obstine à garder le silence !
Quel secret veut-il me cacher ?
Au séjour du repos devait- il m'arracher, Pour m'accabler de son indifférence 1 0 destin rigoureux!
Ma force m'abandonne; Le voile de la mort retombe sur mes yeux ; Je frémis, je tremble, je languis, je frissonne, Mon cœur palpite, Un trouble secret m'agite.
Tous mes sens sont saisis d'horreur, Et je succombe à ma douleur.
Fortune ennemie, Quelle barbarie !
Ne me rends-tu la vie
Que pour les tourments ? {bis.)