ACTE DEUXIEME
LE VIEILLARD Tu ne sais pas ce que tu dis.
EURYDICE
Pour toi, tu te satisfais de bien peu : Técouter... en te cachant...
Imiter sa voix, à la dérobée...
LE VIEILLARD Ma fille !
EURYDICE
Et s'il te montre un jour son mépris?
S'il te repousse de lui... en riant de|joie.. en chantant ?
Que saurais-tu bien dire, alors ?
LE VIEILLARD
JMa fille, tais-toi. Etouffe ta rancune. Epargne à ton amour ce rappel des rumeurs des hommes...
Ce que je ferais? — Courbant la tête sous
6s ORPHEE-ROI
son dédain, je suivrais sa voix même insultante, — et recueillerais jusqu'aux silences de son mépris.
Toi ! si hautain sous Foutrage ! Personne encore ne t'a traité ainsi !
Tu n'as jamais révéré personne, — ni les dieux — comme lui.
LE VIEILLARD
C'est que Lui n'est personne, et non pas un dieu même ! (On l'aborderait avec bassesse et il répondrait aussitôt.)
Non, non, ce n'est pas un dieu descendu. Ce n'est pas un dieu ressuscité.
Il n'a pas vécu parmi les hommes d'autrefois. Il semble éternellement étonné de vivre au ras des hommes d'aujourd'hui.
Et il n'a point d'âge, si ce n'est, vraiment, à venir. Les années qui nous mènent ne peuvent pas se dénombrer pour Lui.