‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 122 sur 283 · LES PRETRES JUIFS · texte numérisé non relu

LES PRETRES JUIFS

roman d'F.sthci ne soit pas le reflet de quelque légende babylonienne. Mais cette légende n'a pas encore été retrouvée.

36. Parmi les autres fêtes juives, qui se règlent, comme les précédentes, sur le calendrier lunaire, on peut citer le 1" jour de l'année ou 1* du mois Tishri (Rosh-ha-shanah); le jour du Pardon {Yom-ha-Kippuritn), avec jeûne et cessation absolue du travail, destiné au rachat des fautes, à l'effacement des souillures secrètes de l'année; l'Inauguration (Hannukah), en commémoration d'un événement du temps des Macchabées (IMacch., 4, 59).

37. La plupart des fêtes juives étaient marquées par des réjouissances, des processions et des danses; elles attiraient parfois un grand concours de peuple, chaque famille venant offrir une victime au Temple et apporter des cadeaux aux prêtres. Les sacrifices les plus solennels sont ceux où la victime est brûlée (holocaustes) ; elle est alors tout entière pour Jahveh qui, dans les sacrifices ordinaires, doit se contenter du sang dont on arrose l'autel. Depuis la ruine du Temple, les juifs ont renoncé aux sacrifices sanglants, non par suite d'une réforme religieuse, mais simplement parce que la loi deutéronomique ne permet pas de célébrer de sacrifices ailleurs.

38. Chez les Arabes nomades, il n'y a d'autre clergé que les gardiens des temples et ceux qui rendent les oracles; le culte est accompli généralement par les chefs de famille. Il doit en avoir été de même chez les Hébreux, où le nom du prêtre (kohen) est identique à celui du devin en arabe (kahiri). Les grands temples

avaient des kohanim à côté des nebiim (prophètes), qui passaient les uns et les autres pour inspirés. Le sacerdoce hébraïque commença donc par la divination. De bonne heure, on tendit à réserver les emplois de devins aux Lévites de la famille de Moïse, considérés comme les descendants d'une tribu de Lévi (Gen., 29, 34), dont l'existence est d'ailleurs mal attestée. Les Lévites finirent par former une caste qui n'avait pas de territoire à elle, mais recevait une part des offrandes et exerçait sa juridiction dans 48 bourgs. Ils furent très puissants après le retour de l'Exil; mais, pour des raisons qui nous échappent, leur autorité déclina à tel point, qu'il n'en est presque plus question dans le Nouveau Testament.

39. Les descendants d'Aron, à en croire les Nombres (16, 33), jouèrent un rôle prépondérant dans le sacerdoce biblique; les Aronides seuls pouvaient approcher de l'autel. La personnalité même d'Aron est probablement mythique, car hâ ârôn signifie l'arche sainte en hébreu.

40. La partie historique du Pentateuque comprend des morceaux extrêmement anciens, quelques-uns vides de sens et sans relations avec le contexte (comme le chant de Lamech), beaucoup d'autres témoignant d'un état de civilisation très primitif (ensevelissement dans les cavernes, ignorance du cheval, etc.). Il en est de même du livre de Josué, où la férocité des mœurs est elle-même une trace irrécusable d'archaïsme (voir

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notamment l'épisode de Jéricho). Supposer que tout cela fut écrit vers 500 avant Jésus-Christ et même après, est d'autant plus absurde, que les traces de l'utilisation de documents plus anciens et mal cousus ensemble sont partout visibles; parfois même, des documents antérieurs sont cités {le livre des guerres de Jahveh). Mais s'il s'agit de savoir quand le Pentateuque z~ Hé publié sous la forme où nous le possédons aujourd'hui, on a toute raison d'admettre que cette publication fut tardive, postérieure au retour de l'Exil. Déjà saint Jérôme semble dire que le Pentateuque peut être attribué à Moïse ou à Esdras, l'organisateur de l'État juif après le retour de la Captivité.

4T. Pour la publication du Deutéronome, nous avons un texte important. Sous le règne de Josias, on prétendit avoir découvert dans le Temple un document très ancien, qui avait été perdu et qui fut promulgué solennellement. Ces histoires de « découvertes » de vieux manuscrits sont toujours suspectes; il est probable que ce texte (le Deutéronome) fut non pas exhumé, mais fabriqué à cette époque et Voltaire a supposé, non sans vraisemblance, que Jérémie avait contribué à cette fraude. On trouve, en effet, dans Jérémie. plusieurs allusions au Deutéronome, notamment au passage qui concerne la libération des esclaves et la mauvaise humeur que cette mesure excita parmi les riches. Quant aux autres prophètes, ils ne citent jamais la Loi écrite et l'on en peut conclure qu'ils ne la connaissaient pas. Il n'est pas moins certain que beaucoup d'épisodes de l'histoire racontée dans les livres des Juges et de Samuel sont en contradiction avec les lois dites

mosaïques, qui ne pouvaient faire autorité à cette époque. Nous avons déjà dit que les prophètes ignorent complètement les mythes de la Création et de la chute et qu'ils font allusion à une autre légende de la Création, que la Genèse dite mosaïque n'a pas conservée (§ 17).

42. La date que donne le texte cité plus haut (II Rois, 22), pour la rédaction du Deutéronome, est la seule qui soit connue avec quelque certitude. Je ne puis entrer ici dans la discussion des hypothèses sur la date relative des autres couches du Pentateuque. Les savants ne sont pas d'accord à ce sujet; mais on ne peut dire que leurs théories s'entre-détruisent, car ils sont du moins unanimes à nier l'homogénéité, l'origine mosaïque et la haute antiquité du Pentateuque. On admet généralement que le Lévitique est postérieur à l'Exil et à Ezéchiel; la théocratie, c'est-à-dire la domination du sacerdoce, y est plus accentuée que dans le Deutéronome et le point de vue est plutôt religieux que national. Bien entendu, cela ne signifie pas que l'ensemble de la législation dite mosaïque soit postérieure à l'Exil; telle qu'elle nous est parvenue, elle se fonde sur un très vieux coutumier dont beaucoup de dispositions, tout imprégnées de superstitions païennes, sont antérieures à l'époque présumée de Moïse et même à celle d'Hammurabi (2100).

43. Le livre de la Genèse (Genesis kosmoit, naissance du monde, en grec) raconte les traditions mythiques des Hébreux, depuis la création du monde jusqu'à la mort de Joseph. Il y a, dans ces contes, de très jolies

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pages, pleines de naïveté et de : L'idée

dominante est celle de l'alliance intime de Dieu avec la postérité d'Abraham; Dieu ne demande pas aux fidèles un culte compliqué, mais l'obéissance et la foi, et il leur assure, en échange, la possession de la terre de Chanaan. Nous avons vu que l'on peut isoler au moins deux sources de cet ouvrage, l'élohiste et le jéhoviste, et cela non seulement dans le récit de la création, que nous avons pris pour exemple, mais dans toute la Genèse. On croit même aujourd'hui distinguer trois sources, nommées par les exégètes E, P (élohistes) et J (jéhoviste). Il est probable que E a été rédigé dans le royaume d'Israël et J dans celui de Juda, l'un et l'autre assez longtemps avant la ruine du premier ( — 721 ) et d'après des sources plus anciennes encore. Il y a quelques allusions à la soumission complète des Chananéens et à la conquête d'Edom, qui obligent de placer larédaction après David ( — 1016). D'ailleurs, beaucoup de passages ont été insérés postérieurement et ajoutent encore aux difficultés de la critique.

44. Contester à ces légendes tout fondement historique serait aller beaucoup trop loin. Abraham, Jacob, Joseph peuvent avoir été des personnages réels. Abraham est placé par la Genèse à l'époque d'un roi Amraphel {Gen., 14, 19), lequel paraît bien être cet Hammurabi qui régna, vers 2100, sur la Babylonie unifiée et dont le code a été retrouvé de nos jours à Suse. Dans la légende de Joseph, il y a des traits authentiquement égyptiens, qui conviennent à l'époque des rois Hycsos, et l'histoire de Manéthon sur l'expulsion des lépreux d'Egypte, sous la conduite du

prêtre Osarsiph, peut bien se rapporter à l'Exode, comme le nom d'Osarsiph au nom biblique de Joseph. Mais, s'il y a quelques bribes d'histoire dans la Genèse, ce ne sont que des paillettes d'or sous une couche épaisse d'alluvions. Il faut une singulière naïveté pour admettre le détail de ces récits, comme pour ajouter foi aux légendes du déluge, de la dispersion des hommes par suite de la « confusion des langues », etc. La critique du xvme siècle a déjà fait justice de ces illusions, qui n'ont reparu, à la honte du xixe siècle, que pour retomber définitivement dans le discrédit.

45. Le livre de l'Exode {Exodos Aigyptou, « sortie d'Egypte ») raconte d'abord la multiplication de la famille de Jacob et l'avènement d'un Pharaon hostile aux Hébreux, qui ordonna de jeter au Nil les nouveaunés. L'enfant Moïse, exposé sur le fleuve, fut sauvé par la fille du Pharaon et grandit à la cour royale. Puis, ayant tué un Égyptien qui maltraitait un Hébreu, il se réfugia au désert, où Dieu lui apparut dans un buisson ardent et lui donna mission de sauver son peuple, de l'établir dans la « terre promise » de Chanaan. En compagnie d'Aron, son frère, Moïse demanda au Pharaon la liberté des enfants d'Israël; mais il l'éblouit vainement par ses prestiges de magicien et se heurta à un refus tenace. Là-dessus, l'Éternel affligea l'Egypte de dix plaies, dont la dernière, la plus terrible, fut la mort subite de tous les premiers-nés; les Hébreux furent épargnés par l'ange exterminateur parce qu'ils avaient, sur l'ordre divin, célébré la Pâque. Enfin, les Israélites quittèrent l'Egypte, emportant la vaisselle

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