HILLEL
qu'Esdras aurait eues pendant la Captivité; le Messie y est prédit; il sera le fils de Dieu et vivra quatre siècles, après quoi viendra la Résurrection. De la même époque est le livre dit du Prophète Baruch, ami de Jérémie, qu'admirait tant La Fontaine; certains critiques le font pourtant remonter au 111e et même au IVe siècle avant Jésus-Christ. Le livred'Hénoch. perdu vers l'époque de Charlemagne, fut retrouvé en 1773 dans une traduction éthiopienne; c'est une sorte d'apocalypse attribuée au patriarche Hénoch, pleine de visions sur la chute des anges, la destinée des âmes après la mort, le Messie dit Ftls de l'homme comme dans Daniel (7,13), désignation que se donne souvent Jésus dans les Évangiles. Ce livre se compose des fragments de cinq autres ouvrages, réunis de façon très arbitraire; le fond remonte à l'époque de la domination svrienne. entre 200 et 170 avant notre ère. On est loin de voir clair encore dans ce ramassis d'absurdités, qui, comme celles portant le nom d'Esdras, ont subi des interpolations d'origine chrétienne.
73. Vers le début de notre ère, le plus grand docteur juif à Jérusalem était Hillel, né à Babylone, dont le petit-fils Gamaliel fut le maître de saint Paul. Le peu que nous savons de la doctrine de Hillel par le Talmud respire la douceur et l'amour de l'humanité. A un païen qui lui demandait un résumé de sa religion, parce qu'il voulait se convertir au judaïsme, il répondit : 0 Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît, c'est toute la loi ; le reste n'en est qu'un commentaire. » Voilà presque exactement la morale de Jésus (Mt., 22, 39; Me, 12, 31; Le., 10, 27). Hillel insistait
aussi sur- l'idée que l'homme avait été fait à l'image de Dieu et en déduisait les devoirs de l'homme envers luimême. Il dit ailleurs : « Mon âme est un hôte sur la terre, envers lequel je dois remplir les devoirs de la charité. » « Ne juge pas ton prochain jusqu'à ce que tu sois à sa place. »(cf.Mt., 7, 1). «Mon humilité est mon exaltation, mon exaltation est mon humilité. » « Là où il n'y a pasd'hommes, travaille à te montrer homme. 1 Comme Hillel était Pharisien, on a quelque peine à s'expliquer l'animosité de Jésus contre ceux de cette secte, dont les idées étaient si bien d'accord avec les siennes (Me, 12, 28-34). U *aut clue nos Évangiles aient été rédigés par des hommes qui, ignorant un état de choses antérieur, confondaient avec les Pharisiens étroits et rigoristes tous les docteurs de la loi. L'hostilité montrée par les Pharisiens au christianisme de l'école de saint Paul explique peut-être le rôle fâcheux qui leur est prêté dans le Nouveau Testament.
74. Depuis qu'ils ont cessé d'être une nation, les juifs ont vécu parmi les nations, presque toujours persécutés ou honnis, mais constants dans leur toi. L'Église aurait pu les anéantir, comme les Ariens et les Mani( hri-ns; elle les conserva à titre de dépositaires de l'Ancienne Loi, de témoins de l'Évangile, et c'est même à Rome qu'ils furent le moins maltraités. Exclus de presque toutes les fonctions, de la plupart des professions, de l'agriculture, ils développèrent des qualités commerciales qui leur permirent de vivre.