LES TALMUDS
mais contribuèrent à les rendre odieux, tant par les richesses qu'ils acquirent que par celles dont on leur attribua la possession. Leur grand titre d'honneur, c'est d'avoir, presque seuls en Europe jusqu'à la Réforme, maintenu l'idée de l'unité divine et refusé d'admettre le credo irrationnel de Nicée. Mais leurs doctrines particulières, ou plutôt les subtiles discussions de leurs docteurs sur la Loi, qui forment les Talmuds de Jérusalem (Ier-! Ve siècle) et de Babylone (ni-ve siècle), ne constituent pas des enrichissements pour l'esprit humain. Si leur plus grand philosophe, Moïse Maïmonide de Cordoue (i 135-1204). fut un libéral, presque un rationaliste, il fallut attendre le xvnie siècle pour que le véritable libéralisme religieux pénétrât en Israël ; il y eut même un peu partout, depuis le xvie siècle, une réaction obscurantiste. Aujourd'hui encore, la plupart des onze millions d'Israélites sont, à cet égard, plus arriérés que les chrétiens, parce qu'ils observent avec rigueur le sabbat et d'absurdes interdictions alimentaires. La religion juive n'est vraiment peu gênante que pour ceux qui se réclament d'elle sans la pratiquer. L'émancipation intérieure du judaïsme sera pour lui le plus pressant des devoirs dès que son émancipation politique et sociale, encore imparfaite, aura été complétée par l'opinion et les lois.
75. Dans l'Empire romain, les juifs, sauf de rares exceptions (1), n'avaient pas de droits politiques
(1) Saint Paul était citoyen romain; quelques juifs eurent même le rang de chevaliers.
et ils payaient un impôt spécial; à cela près, ils étaient libres, mais la propagande religieuse leur était interdite. Ils avaient fait un grand nombre de prosélytes dans les pays grecs depuis l'époque d'Alexandre, les uns convertis sans réserve, les autres admis seulement à certains rites (ceux qu'on appelait les prosélytes de la porte). Les empereurs chrétiens commencèrent à persécuter les juifs et à solliciter parmi eux des conversions. Dans les royaumes barbares d'Occident, ils vécurent en bon accord avec les populations, qui les considéraient un peu comme des magiciens. En Espagne, poussés par le clergé, les rois visigoths les réduisirent en servage (694), mais ils devinrent libres lors de la conquête arabe (711) et se distinguèrent alors dans la médecine et l'astronomie; ils traduisirent aussi des ou vrages grecs et arabes qu'ils rendirent ainsi accessibles à l'Occident. En France et en Allemagne, leur influence alarma Agobard, évêque de Lyon, qui écrivit contre eux des diatribes (820) ; des excès populaires se produisirent dès la fin du ixe siècle. Mais les vraies persécutions, atroces et sanglantes, ne commencent qu'avec les Croisades. Les premiers Croisés massacrèrent tous les juifs qu'ils rencontrèrent, les considérant comme des « déicides », et, à Jérusalem, en brûlèrent des milliers dans leurs synagogues. L'Angleterre les expulsa en masse (1290); puis ce fut le tour de la France (1306, 1395). de l'Espagne (1492), du Portugal (1407). Les juifs, chassés d'Espagne, s'établirent au Maroc et en Turquie, seul pays qui les ait accueillis avec bienveillance; ils y ont conservé la