‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 149 sur 283 · LES MIRACLES · texte numérisé non relu

LES MIRACLES

ni ne boirait plus avec eux que dans le royaume des cieux. » (i) La doctrine du péché et de la justification est également absente de l'enseignement de Jésus dans les Évangiles (2). L'idée de la rédemption ne paraît que dans des passages interpolés, sous l'influence de la prédication de saint Paul.

25. Les miracles que la tradition évangélique attribue à Jésus sont des exorcismes (expulsions de démons) ou des allégories (la multiplication des pains, la transformation d'eau en vin aux noces de Cana). Le miracle le plus complet, la résurrection de Lazare qui sentait déjà, est lui-même allégorique; d'ailleurs, il se lit seulement dans saint Jean. S'il y avait eu là un fait réel, même embelli et transformé par la tradition la plus ancienne, il serait inexplicable que les Synoptiques n'en eussent rien dit.

26. Le miracle de la résurrection de Jésus est raconté, par les Synoptiques, avec des variantes inconciliables. La découverte du tombeau vide est d'autant moins digne de foi que Jésus, s'il a été livré au supplice, a dû être jeté par les soldats romains dans la fosse commune. La fin de Marc (16, 9-20), est, comme nous l'avons vu (p. 325) , une addition postérieure, qui manque dans les bons manuscrits. « La tradition suivie par le rédacteur du premier Évangile est celle du Marc authentique, d'après laquelle les apparitions principales ont eu lieu en Galilée, celles que Luc et Jean placent à Jérusalem, le jour de la résurrection, étant

(1) Lptsy, Réflexions, p. 90.

(2) Loisy, Évangile et Église, p. 199.

simplement ignorées. » (i) L'abbé Loisy a pu dire que l'auteur du troisième Évangile a « escamoté » le témoignage de Marc (16, 7), corroboré par Matthieu, touchant les apparitions de Jésus en Galilée (2), afin de réunir les disciples le jour de la résurrection et les retenir à Jérusalem jusqu'à la Pentecôte. Même dans l'état remanié de nos textes, on peut s'assurer que la résurrection de Jésus, si elle fut admise par les premières communautés chrétiennes et par saint Paul, leur était connue à titre de croyance pieuse et non de fait historique.

27. Peut-on du moins tenter d'extraire des Évangiles les éléments d'une biographie de Jésus? Il est contraire à toute saine méthode de composer — comme l'a fait encore Renan — une vie de Jésus, en éliminant le merveilleux des Évangiles. On ne fait pas de l'histoire vraie avec des mythes, pas plus que du pain avec le pollen des fleurs. Le Jésus historique est proprement insaisissable, ce qui ne veut pas dire qu'il n'ait pas existé, mais simplement que nous ne pouvons ried affirmer à son sujet, faute de témoignages remontant sans conteste à ceux qui l'ont vu et entendu.

28. L'époque où se place l'enseignement de Jésus est une de celles que nous connaissons assez bien par les textes profanes; or, les auteurs contemporains sont

(1) Loity, Quelques lettres, p. 226.

(2) Jbid., p. 190.

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