‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 18 sur 283 · ROLE DU SACERDOCE · texte numérisé non relu

ROLE DU SACERDOCE

Or, l'erreur du x vme siècle consistait précisément à exagérer au delà de toute mesure le rôle du sacerdoce primitif, à méconnaître que la religion est bien antérieure aux prêtres et à considérer ceux-ci comme des fourbes habiles — des fourbes bienfaisants, suivant quelques-uns — qui auraient inventé les religions et les mythologies comme un instrument de domination. De là cette conséquence absurde que la religion, loin d'être contemporaine des premiers débuts de l'humanité, lui aurait été apportée ou imposée à une époque déjà avancée de son évolution; c'est ce qu'enseignait encore de nos jours, à l'École d'Anthropologie de Paris, un des fondateurs de la science préhistorique, Gabriel de Mortillet.

21. Au fond de cette doctrine, il y a un anachronisme ridicule, que le xvme siècle a commis d'autant plus volontiers que l'état du christianisme dans l'Europe occidentale semblait quelque peu l'v autoriser. Parce qu'on voyait alors des cardinaux athées, comme Dubois, Tencin et tant d'autres, et des prêtres galants qui, suivant une formule connue, « dînaient de l'autel et soupaient du théâtre », on se figurait qu'il en avait été ainsi dès l'origine. Voltaire, tout jeune encore, faisait applaudir ces vers de son Œdipe (171 8) :

Les prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense; Notre crédulité fait toute leur science.

En 1742, il fait dire à Mahomet, qui personnifie, à ses yeux, la fourberie plutôt que le fanatisme :

Je viens mettre à profit les erreurs de la terre... Il faut un nouveau culte, il faut de nouveaux fers, Il faut un nouveau Dieu pour l'aveugle univers.

22. Plus tard, il continua, même dans ses ouvrages les plus sérieux, à considérer les prêtres comme des imposteurs et les religions comme une sorte d'accident dans la vie des peuples. « Qui fut celui qui inventa l'art de la divination? Ce fut le premier fripon qui rencontra un imbécile. » (Essai sur les mœurs, t. I, p. 133, Kehl.) Et ailleurs (t. I, p. 14) : « Il a fallu des forgerons, des charpentiers, des maçons, des laboureurs, avant qu'il se trouvât un homme qui eût assez de loisir pour méditer. Tous les arts de la main ont sans doute précédé la métaphysique de plusieurs siècles. » Ce que Voltaire entend ici par la métaphysique, c'est l'idée de l'âme distincte du corps, c'està-dire, en somme, une conséquence directe de cet animisme qui est la croyance universelle des primitifs. « Lorsque, après un grand nombre de siècles, quelques sociétés se furent établies, poursuit Voltaire, il est à croire qu'il y eut quelque religion, quelque espèce de culte grossier. » Ainsi, la civilisation matérielle d'abord, une civilisation plus que rudimentaire, comprenant la connaissance de l'agriculture, le travail du bois, de la pierre et même des métaux ; la religion ne serait venue que plus tard. Cette manière de voir a pu sembler à Voltaire conforme au bon sens ; elle nous paraît aujourd'hui presque puérile, tant il est vrai que nous avons progressé depuis l'Essai sur les mœurs.

23. Rousseau fut l'ennemi de Voltaire et bien des gens qui ne l'ont pas lu s'imaginent qu'il a soutenu contre Voltaire les droits du sentiment religieux. Il n'en est rien; sur ce point essentiel, la priorité de la civilisation matérielle sur la religion, le caractère factice

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