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LE POUVOIR TEMPOREL

en dehors de l'Italie. Au vne siècle, le malheur des temps la priva de presque toutes ses possessions. Celles du voisinage de Rome constituèrent le patrimoine de saint Pierre, dit plus tard province romaine et duché romain. Enfin, pour prix de son alliance avec Pépin le Bref contre les Lombards, la papauté obtint la garantie de ses biens-fonds. Charlemagne y ajouta quelque chose. Mais on a tort d'attribuer à Pépin la fondation du pouvoir temporel des papes. Ce furent d'abord ses lieutenants, ses administrateurs; au ixe siècle seulement, leurs droits de suzerains s'affirmèrent, à la faveur de la décadence du royaume franc, du désordre qui régnait en Italie et surtout d'un document faux, que le pape Hadrien avait fait valoir à Charlemagne. C'est la prétendue donation de toute l'Italie, faite par Constantin au pape Sylvestre, document dont la fausseté insigne ne fut reconnue qu'à la Renaissance, alors qu'il avait déjà produit tous les effets que l'on en pouvait attendre.

16. Les décisions des papes, dites canons ou décrétâtes, furent réunies vers 630 ; on attribua ce recueil à l'évêque de Séville, Isidore. A cette première collection s'en ajouta, vers S50, une autre, donnée aussi sous le nom d'Isidore, qui est une série de faux impudents, favorables aux prétentions de la papauté etdesévêques, à rencontre des conciles, des synodes et du pouvoir civil. C'est « la plus hardie et la plus grandiose falsification qui ait trompé le monde pendant des siècles. » (1) Le faussaire, probablement un évêque, paraît avoir

(1) Voltaire.

habité le diocèse de Tours. Forts de cette arme, les papes n'eurent plus aucune compétition à redouter dans le domaine spirituel et se trouvèrent d'autant plus encouragés à empiéter sur le temporel. Les fausses décrétales ont été citées comme des autorités depuis 852 et plusieurs d'entre elles figurent encore dans les recueils autorisés de droit canon. La preuve de la fausseté n'a été faite définitivement qu'en 1628, par le pasteur français Blondel, dont Rome mit l'ouvrage à l'index. Jamais encore la papauté n'a reconnu qu'elle s'était, pendant mille ans, servi de faux documents à son profit.

17. Jusqu'à Jules II, le domaine territorial des papes, usurpé par quantité de princes, ne produisait presque rien. Leurs revenus consistaient dans les dons de l'Église universelle, dans les décimes que consentait parfois le clergé, dans les dispenses et les taxes. Le besoin continuel d'argent fut une des causes des plus graves abus du Saint-Siège, extorsions, ventes d'indulgences, annates (redevances des bénéficiaires nouvellement élus). Jean XXII institua la taxe apostolique des péchés; par une malheureuse imitation du droit pénal germanique, qui admettait les compensations pécuniaires, il évalua le meurtre, le larcin, pis encore, « et les hommes, assez méchants pour commettre ces péchés, furent assez sots pour les payer. » (1) « Le livre de ces taxes a été imprimé plusieurs fois depuis le XVe siècle et a mis au jour des infamies plus ridicules et plus odieuses tout ensemble que

(i) Voltaire.

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