‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 183 sur 283 · L'EXCOMMUNICATION · texte numérisé non relu

L'EXCOMMUNICATION

tout ce qu'on raconte de l'insolente fourberie des prêtres de l'antiquité. » (i)

18. Un roi anglo-saxon fonda un collège ecclésiastique à Rome; pour l'entretenir, il imposa à ses sujets le denier de saint Pierre (725). Le premier document certain à ce sujet est une lettre de Léon III- Grégoire VII s'autorisa de cet usage pour considérer l'Angleterre comme la vassale du Saint-Siège. Après l'Angleterre, d'autres pays du nord furent soumis à cette taxe et la payèrent plus ou moins régulièrement jusqu'à la Réforme. La France et l'Espagne résistèrent. La collecte du denier de saint Pierre, établie de nouveau en 1860, n'a que le nom de commun avec l'ancienne institution; elle rapportait encore à Léon XIII plus de deux millions par an, après en avoir rapporté bien davantage à Pie IX.

19. L'arme redoutable entre toutes aux mains de l'Église était l'excommunication, qui privait l'excommunié des sacrements et lui enlevait toute autorité légale. Dans le cas d'excommunication majeure, il était interdit ; personne ne pouvait lui parler, le servir, sans contracter la souillure, sans devenir anathème luimême. Quand un prince était excommunié, tout service religieux était suspendu dans ses États : c'était la grève de Dieu. Alors les foules crédules s'affolaient et exerçaient une pression sur leurs chefs politiques pour les amener à résipiscence. C'est grâce à l'arme de l'excommunication que les papes du moyen âge purent « donner » à leurs protégés, au détriment des

(i) Voltaire.

souverains légitimes, l'Empire, le Portugal, la Hongrie, le Danemark, l'Angleterre, l'Aragon, la Sicile, enfin la France, que Boniface VIII, après avoir excommunié Philippele Bel, «donna» à l'empereur Albert d'Autriche par une bulle : « Nous vous donnons, par la plénitude de notre puissance, le royaume de France, qui appartient de droit aux empereurs d'Occident. » On sait comment Philippe le Bel répondit (1303).

20. Les papes établirent partout la langue latine dans le service divin et visèrent à manifester la suprématie de Rome en imposant l'usage de la liturgie romaine. Dès l'an 400, le service en latin paraît l'avoir emporté à Rome sur le service grec, qui était le plus ancien; le kyrie eleison (1) de la liturgie latine en est un reste.

21. La papauté passa, au ixe et au xe siècle, par une période de honteux désordres. La Rome de Jean X était un cloaque où les pontifes donnaient l'exemple des pires dérèglements. Les fonctions sacerdotales étaient à vendre; c'est ce qu'on appelait la simonie, d'après l'histoire de Simon le Magicien dans les Actes (8, 18). Cette plaie de l'Église resta béante jusqu'au xiii0 siècle, malgré les honnêtes efforts de Grégoire VII. L'empereur Henri III intervint, fit déposer trois papes qui se lançaient des anathèmes et éleva à leur place un évêque de Bamberg, Clément. Ce fut le premier pape nommé par l'empereur; mais les em-

(1) En grec : « Seigneur, aie pitié! »

Page 1