LE SACERDOCE ET L'EMPIRE
pereurs devaient bientôt se repentir de s'être mêlés des affaires des papes. Rome, à son tour, voulut leur donner des lois, pour se dispenser de recevoir les leurs. 22. « Le fondement de toute l'histoire du moyen âge est toujours que les papes se croient seigneurs suzerains de tous les États, en vertu de ce qu'ils prétendent avoir succédé seuls à Jésus-Christ ; et les empereurs allemands, de leur côté, feignaient de penser que les royaumes de l'Europe n'étaient que les démembrements de leur empire, parce qu'ils prétendaient avoir succédé aux Césars. » (i) La doctrine de la suzeraineté universelle des papes ne fut jamais affirmée avec plus d'autorité que par Hildebrand, dit Grégoire VII, dont la légende fait le fils d'un charpentier. C'était un homme inquiet, entreprenant, qui savait mêler quelquefois l'artifice à l'ardeur de son zèle pour les prétentions de l'Église (2). Non seulement il voulut émanciper la papauté de la tutelle de l'Empire et être le seul maître du choix et de l'investiture des évêques, mais il osa excommunier l'empereur Henri IV qui résistait, qui l'avait fait déposer lui-même par le concile de Worms (1076). « Tout le monde romain trembla, dit un chroniqueur du temps, lorsque le peuple apprit l'excommunication de son roi. » — « Cherchez, dit Voltaire, d'où viennent tant d'humiliations d'un côté, tant d'audace de l'autre; vous en verrez Tunique origine dans la populace; c'est elle qui donne le mouvement à la superstition. » Il fallut que l'empereur vînt s'humilier devant
(1) Voltaire.
(2) Id.
le pape, à Canossa, après l'avoir attendu, dit-on, les pieds dans la neige (1077). « Grégoire VII se croyant alors, non sans vraisemblance, le maître des couronnes de la terre, écrivit dans plusieurs lettres que son devoir était d'abaisser les rois. » (1) La querelle reprit de plus belle après cette réconciliation boiteuse. Rome, assiégée par l'empereur, fut délivrée par le Normand Robert Guiscard ; mais le pape dut fuir et mourut misérablement à Salerne (1085). Il avait été le directeur et l'ami de Mathilde, comtesse de Toscane, qui, après la mort de Grégoire, laissa ses grandes possessions territoriales à la papauté.
23. L'entente entre l'Empire et le Saint-Siège — entre Gibelins et Guelfes — fut longue à établir et cette lutte fit couler beaucoup de sang. Elle se termina par un concordat (1122). « Le vrai fond de la querelle était que les papes et les Romains ne voulaient point d'empereurs à Rome; et le prétexte, qu'on voulait rendre sacré, était que les papes, dépositaires des droits de l'Église, ne pouvaient souffrir que des princes profanes investissent les évêques par la crosse et l'anneau. Il était bien clair que les évêques, sujets des princes et enrichis par eux, devaient un hommage des terres qu'ils tenaient de leurs bienfaits. Les empereurs et les rois ne prétendaient pas donner le Saint- Esprit, mais ils voulaient l'hommage du temporel qu'ils avaient donné. La forme d'une crosse et d'un anneau étaient des accessoires à la question principale. Mais il arriva ce qui arrive presque toujours dans les
(1) Voltaire.