SAINT FRANÇOIS D'ASSISE
imiter les Apôtres, pour faire gratuitement ce que l'Église ne faisait pas au prix de mille privilèges et d'immenses richesses. Errant à pied à travers l'Europe, sous des soleils ardents ou des vents glacés, repoussant les aumônes en monnaie, mais recevant avec reconnaissance la plus grossière nourriture, ne songeant pas au lendemain, mais incessamment préoccupés d'arracher des âmes à Satan, tel est l'aspect sous lequel les premiers dominicains et franciscains s'offrirent aux yeux des hommes qui avaient été habitués à ne voir dans le moine qu'un être mondain, avide et sensuel. » (i)
33. L'ordre franciscain, créé par François d'Assise (1182-1226), non sans quelque résistance de la papauté, dut d'abord son prestige aux vertus de son fondateur. Ce doux mystique, en révolte cachée contre l'Église — il ne voulut pas être ordonné prêtre — interdisait à ses disciples non seulement la propriété individuelle, mais la propriété collective; il mourut à temps et fut canonisé en hâte deux ans après. Bientôt l'Inquisition s'en prit aux frères, dits franciscains spirituels ou fraticelîi, qui se réclamaient trop fidèlement de la doctrine de leur maître, reproche sanglant à la cupidité de l'Église de Rome; elle en fit brûler beaucoup au xve siècle (1426-1449).
34. La courte existence de saint François laissa dans l'esprit du moyen âge une empreinte profonde; on peut dire que le christianisme lui dut une vie nouvelle, parce que les fidèles avaient trouvé au milieu
(1) Lea, Hist. de l'Inquisition, t. I, p. 301 sq.
d'eux, et non dans les brumes de l'histoire, un homme qu'ils pouvaient admirer et même adorer. « Jamais, dit Voltaire, les égarements de l'esprit n'ont été poussés plus loin que dans le Livre des conformités de François avec le Christ, écrit de son temps, augmenté depuis. On regarde dans ce livre le Christ comme précurseur de François. C'est là qu'on trouve l'histoire de la femme de neige que François fit de ses mains; celle d'un loup enragé qu'il guérit miraculeusement et auquel il fit promettre de ne plus manger de moutons; celle d'un médecin qu'il fit mourir par ses prières, pour avoir le plaisir de le ressusciter par de nouvelles prières. On attribuait à François une multitude prodigieuse de miracles. C'en était un grand, en effet, qu'avait opéré ce fondateur d'un si grand ordre, de l'avoir multiplié au point que de son vivant, à un chapitre général qui se tint près d'Assise, il se trouva cinq mille de ses moines. » Notre temps comprend saint François mieux que ne le comprenait Voltaire ; il voit en lui moins le faiseur de miracles que l'ami des humbles, l'époux mystique de Dame Pauvreté, le cœur battant à l'unisson de toute la nature; peut-être même cède-t-il à la tendance de le moderniser, de le rapprocher de nous plus qu'il ne faudrait.
35. Saint François avait eu l'idée d'agréger des laïcs à son ordre; ce tiers-ordre devint une institution puissante dont s'inspirèrent, au xvie siècle, les jésuites. Sainte Claire d'Assise, amie de saint François, fonda l'ordre des femmes dites clarisses (1224), dont la règle fut fixée par le saint lui-même. Ainsi l'armée franciscaine se recruta dans la société chrétienne