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Jean Huss, né en Bohême (1373), recteur de

(1) Voltaire

l'Université de Prague, entreprit aussi, de concert avec son ami Jérôme, qui avait lu les livres de Wycleff, une guerre de plume contre la papauté au nom de la Bible. Banni de l'Université, errant, mais toujours écouté, il fut cité par l'empereur Sigismond devant le concile de Constance. Il s'y rendit muni d'un saufconduit en règle, dont l'autorité fut outrageusement méconnue par les dominicains. Malgré les protestations des députés de Bohême, on le retint en prison pendant six mois; puis il fut traduit devant le concile et sommé de rétracter ses opinions. Sur son refus, on le brûla; il supporta son supplice en héros. Peu après on brûla aussi Jérôme de Prague. Sigismond s'était conduit comme un lâche et les Pères du concile comme des scélérats. Il y eut une explosion d'indignation en Bohême, où s'était déjà formée la secte des Calixtins, qui réclamaient la communion sous les deux espèces (calice et hostie) . Calixtins et Hussites étaient d' accord pour exiger la réforme du clergé et des abus. La montagne du Tabor devint leur forteresse, d'où ils bravèrent les armées de Sigismond et répondirent aux massacres de Hussites par des massacres de moines. Le concile de Bâle rétablit enfin la paix ; mais des communautés hussites subsistèrent en Bohême et en Moravie. Les religieux dits frères moraves, qui se sont distingués comme missionnaires, se recrutèrent parmi les débris des Hussites (1457)- Reconstitués après des persécutions en 1722, les Moraves se fixèrent à Hernhut en Lusace; ce sont les quakers de l'Allemagne. Les Hernhutiens ont exercé une grande influence sur le méthodisme anglais au XVIIIe siècle. Us ont fait

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des recrues jusqu'en Amérique et sont au nombre de plus de iooooo aujourd'hui.

74. Même en Italie, aux portes de Rome, l'esprit militant de la réforme souffla en tempête. L'éloquence du moine dominicain Savonarole, surtout dirigée contre l'immoralité et le luxe, souleva à Florence un enthousiasme extraordinaire. On fit des feux de joie avec des tableaux, des livres, des parures de femmes. Mais bientôt cette secte d'enragés (arrdbiati) eut à compter avec la malveillance des Médicis et de ceux que le luxe et la dépravation faisaient vivre. Florence n'était pas mûre pour un Calvin; pourtant, elle supporta Savonarole pendant huit ans. La fuite des Médicis et l'invasion de Charles VIII en Italie parurent d'abord confirmer ses prophéties; mais, le roi parti, Rome excommunia Savonarole et le pape Alexandre VI Borgia résolut d'en finir avec lui. Comme Alexandre VI était un débauché, Savonarole l'attaqua ouvertement et eut la folie de vouloir prouver sa propre innocence en subissant l'épreuve du feu. Au dernier moment, le dominicain hésita; alors les franciscains, ses ennemis jurés, prirent l'offensive et Savonarole, condamné par l'Inquisition comme hérétique, expia ses ardeurs réformatrices sur le bûcher (1498).

Voici en quels termes Voltaire termine le récit de cette histoire : « Vous regardez en pitié toutes ces scènes d'absurdité et d'horreur; vous ne trouvez rien de pareil ni chez les Romains, ni chez les Grecs, ni chez les Barbares. C'est le fruit de la plus infâme superstition qui ait jamais abruti les hommes... Mais vous savez qu'il

n'y a pas longtemps que nous sommes sortis de ces ténèbres et que tout n'est pas encore éclairci. »

75. La répression des délits d'opinion, considérés comme des crimes envers Dieu, appartint d'abord aux évêques, servis par les prêtres séculiers. Mais les progrès de l'hérésie albigeoise convainquirent le Saint- Siège qu'il fallait une organisation spéciale, dépendant uniquement de lui, pour combattre des périls aussi menaçants. Les évêques étaient trop occupés, trop indulgents, trop accessibles à des considérations d'intérêt local. De 12 15 à 1229, du quatrième concile de Latran au synode de Toulouse, l'Inquisition naissante chercha sa voie. En 1232, Grégoire IX institua les tribunaux d'inquisition contre la « perversité hérétitique » {hœretica pravitas) et les confia aux dominicains. Le mot est emprunté à la langue juridique de Rome : l'inquisition est une enquête, qui, motivée par des dénonciations ou de simples soupçons, a pour objet de mettre les suspects en demeure de prouver l'orthodoxie de leurs croyances. Les tribunaux de l'Inquisition pouvaient condamner à la prison, au fouet, à de lointains pèlerinages, au port d'insignes infamants, qui empêchaient les malheureux de gagner leur vie; mais ils ne pouvaient condamner à mort, à cause du principe « l'Église a horreur du sang » qui interdit, par exemple, à un prêtre de procéder à une opération chirurgicale. C'est pour se conformer à ce principe qu'un évêque de Beauvais, sous Philippe-Auguste, se servait

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