‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 201 sur 283 · LE SCHISME D'ORIENT · texte numérisé non relu

LE SCHISME D'ORIENT

n'arriva pas à s'entendre; mais les causes de l'inimitié étaient plus profondes et d'ordre politique. Le divorce, qui dure encore, tut consommé au milieu du xie siècle par les anathèmes mutuels du pape et du patriarche. Seuls les Maronites du Liban et, dans une certaine mesure, les Arméniens sont restés fidèles à l'obéissance romaine.

81. Les tentatives de réunion ne manquèrent pas. On crut avoir abouti en 1439, au concile de Florence, où les Byzantins, menacés par les Turcs, firent toutes les concessions qu'on voulut; mais le peuple, qui se souvenait des horreurs commises par les Latins en 1204, refusa de ratifier l'accord. Constantinople tomba aux mains des infidèles, envoyés de Dieu pour châtier les hérétiques. La dernière tentative est due à Léon XIII (juillet 1S94), 1^ adressa une lettre très conciliante au patriarche de Constantinople; celui-ci répondit non sans violence (août 1S95), rappelant toutes les innovations de l'Église romaine, le Saint-Esprit procédant du Fils, le Purgatoire, l'Immaculée Conception, l'Infaillibilité pontificale. On en resta là. D'autres différences portent sur le rituel du baptême, où les Grecs pratiquent l'immersion totale, comme dans la primitive Église, et sur l'Eucharistie, où ils donnent aux fidèles du pain levé (et non azyme), trempé dans du vin (et non tout sec).

82. L'Église orientale, qui se dit orthodoxe ou grecque, comprend 120 millions de fidèles; elle est elle-même subdivisée en quinze églises ayant chacune leur chef et leur hiérarchie. Le patriarche de.Constantinople est un grand personnage, mais sans autorité

réelle; il est brouillé depuis longtemps avec les églises de Bulgarie et de Roumanie. L'Église russe n'est pas gouvernée par le tsar, mais par le Saint-Synode, dont le tsar nomme le procurateur. Les prêtres de l'Église grecque se marient, mais ne se remarient pas. Les évêques sont pris parmi les moines qui ne se marient point. Les nonnes sont peu nombreuses et vivent à l'écart de la société. Par la pompe de ses cérémonies et ses emprunts au paganisme, notamment par le culte des images, l'encens, les cierges, l'orthodoxie est plus voisine du catholicisme que les Églises de la Réforme, qui coquetèrent pourtant avec elle à la fin du xvie siècle et dont l'une, l'Église anglicane, continue ce petit jeu. Le paysan ou moujik russe est resté plus païen que chrétien; sa véritable religion est du domaine du folklore. L'Hellène est profondément sceptique, mais tient à son Église comme à la sauvegarde de sa nationalité. C'est à l'ombre de son Église, a-t-on dit, que la Grèce a attendu, pendant près de quatre siècles, le réveil de son indépendance. Cela est vrai; l'Église a soutenu la Grèce esclave, comme le lait soutient l'enfant au maillot. Il n'en résulte pas que l'adolescent doive continuer à se nourrir de lait. Si les Hellènes d'aujourd'hui sont inférieurs à leurs glorieux ancêtres, comme l'étaient déjà les Grecs byzantins du moyen âge, c'est en grande partie à leur Église que cette infériorité paraît imputable. Ils y voient, dès leur première jeunesse, d'horribles coloriages appelés icônes; ils y entendent des voix traînantes et nasillardes; ils y apprennent des histoires de saints qui sont un défi à la raison. Les Grecs modernes ne sont pas artistes,

Page 1