LUTHER A WORMS
nssant contre la doctrine romaine du salut par les oeuvres, d'où dérivaient les abus des indulgences, il proclama que la foi seule était efficace et qu'elle était le fruit de la grâce. C'était rejeter comme superflu tout ce qui faisait vivre l'Église, tout ce qui assurait sa richesse et son pouvoir.
9. Charles-Quint, empereur depuis février 15 19, convoqua le réformateur à la diète de Worms janvier 1521). Il y parut, avec unsauf-conduitqu'onrespecta, entouré des sympathies populaires, protégé par Frédéric le Sage et les chevaliers allemands. Devant la diète, il allégua sa conscience et refusa de se rétracter. L'empereur le mit au ban de l'Empire; mais la sentence ne put être exécutée. Frédéric le Sage, électeur de Saxe, acquis aux idées nouvelles, fit enlever Luther pendant la nuit et le cacha dans la forteresse saxonne de la Wartburg, où il vécut sous le nom de 1 Junker Georg >• (le chevalier Georges). C'est dans ce 1 Patmos », comme il disait, qu'il commença la traduction allemande de la Bible ; cette admirable version devint le meilleur instrument de la Réforme.
10. ■ Le vieux Frédéric souhaitait l'extirpation de l'Église romaine. Luther crut qu'il était temps d'abolir la messe privée. Il feignit que le diable lui était apparu et lui avait reproché de dire la messe et de consacrer. Le diable lui prouva, dit-il, que c'était une idolâtrie. Luther, dans le récit de cette fiction, assura que le diable avait raison et qu'il fallait l'en croire. La messe fut abolie dans la ville de Wittenberg et bientôt après dans le reste de la Saxe. On abattit les images. Les moines et les religieux sortaient de leurs cloitres
et, peu d'années après, Luther épousa une religieus< nommée Catherine de Bora (1525) » (1). C'est pourquo l'on dit, quand un prêtre quitte l'Église romaine poui se marier, qu'il « sort par la porte de Luther ».
11. Après avoir consulté le diable pour abolir h messe, Luther restreignit ou abolit l'usage des exor cismes destinés à tenir le diable à l'écart. « On a re marqué depuis, dans tous les pays où l'on cessa d'exorciser, que le nombre énorme de possessions et de sortilèges diminua beaucoup. » (2)
12. Luther fut secondé dans son oeuvre par un doux et aimable savant, Mélanchthon; il fut plus gêné que secondé par le fanatique Carlstadt, qui déclarait le mariage des prêtres non seulement permis, mais obligatoire, et, dans sa haine du culte catholique, houspillait les moines et détruisait les œuvres d'art. En 1522, Luther quitta sa retraite studieuse, pour aller combattre, à Wittenberg même, le parti violent des sacramentaires, sectateurs de Carlstadt, qu'on désignait sous ce nom parce qu'ils ne voulaient plus reconnaître qu'un seul sacrement, le Baptême. Luther les traita de « suppôts de Satan » et les obligea à quitter la ville.
13. Le Danemark et la Suède, où les archevêques d'Upsal exerçaient un pouvoir tyrannique, se rallièrent également à la Réforme. « Luther se voyait l'apôtre du nord et jouissait en paix de sa gloire. Dès l'an 1525, les États de Saxe, de Brunswick, de Hesse, les villes de Strasbourg et de Francfort embrassèrent sa doctrine...
(1) Voltaire.
(2) Id.