LES ANABAPTISTES
Cet antipape imita le pape, en autorisant Philippe, landgrave de Hesse, qui lui en demanda la permission, à épouser une seconde femme du vivant de la première. Cela fut accordé par un petit synode réuni à Wittenberg. Il est \Tai que Grégoire II, par une décrétale de 726, avait admis, en certains cas, qu'un homme épousât une seconde femme ; mais les temps et les circonstances n'étaient plus les mêmes... Ce que, depuis Grégoire, jamais n'avaient osé les papes, dont Luther attaquait le pouvoir excessif, il le fit n'ayant aucun pouvoir. Sa dispense fut secrète; mais le temps révèle tous les secrets de cette nature. » (1)
14. Une nouvelle poussée de fanatisme vint troubler ces « scandales paisibles ». Deux enthousiastes saxons, se prétendant inspirés, voulurent qu'on rebaptisât les enfants, parce que Jésus avait été baptisé étant adulte. Ils fondèrent la secte violente des anabaptistes, qui prêchait une sorte de guerre sainte contre romains et luthériens. Cette secte, entraînant les paysans ignares, qui souffraient de l'oppression la plus monstrueuse qui fut jamais, donna naissance à une jacquerie. « Ils développèrent cette vérité dangereuse que les hommes sont nés égaux et que, si les papes avaient traité les princes en sujets, les seigneurs traitaient les paysans en bêtes... Ils réclamaient les droits
(1) Voltaire. Cf., sur la décrétale de Grégoire II, Bossuet, é<L Gaume, t. VII. p. 540.
du genre humain ; mais ils les soutinrent en bêtes fé f roces. » (i)
15. Soulevés depuis la Saxe jusqu'à la Lorrain» (1525), les paysans, après avoir commis d'horrible: excès, furent exterminés par les troupes régulières On évalue à 150 000 le nombre des victimes. Luthei ne leur témoigna aucune sympathie; alarmé poui l'ordre social, le doctrinaire tourna le dos aux énergumènes qui se réclamaient de lui.
La seconde diète de Spire (1529), ayant tenté une réaction catholique, quatorze villes et plusieurs princes protestèrent, ce qui fit donner aux adversaires de Rome le nom de protestants. Les luthériens présentèrent à Augsbourg leur confession de foi, à laquelle adhérait le tiers de l'Allemagne, et les princes de ce parti se liguèrent contre Charles- Quint autant que contre Rome
16. Cependant, des paysans anabaptistes s'étaient emparés de Munster, dont ils chassèrent l'évêque (1536). « Ils voulurent d'abord rétablir la théocratie des juifs et être gouvernés par Dieu seul; mais un garçon tailleur nommé Jean de Leyde assura que Dieu lui était apparu et l'avait nommé roi; il le dit et le fit croire. » (2) Jean, monarque et prophète, polygame à la façon des rois d'Israël, fut couronné en grandepompe et envoya des apôtres en Allemagne. Pris les armes à la main, il fut, sur l'ordre de l'évêque de Munster, torturé avec des tenailles ardentes; tous les anabap-
(1) Voltaire.
(2) Id.