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LA RÉFORME EN ANGLETERRE

n'avaient pu ni le denier de Saint-Pierre, ni les ventes des indulgences, ni cinq cents années d'exactions toujours combattues par les lois des parlements et par les murmures des peuples, un amour passager l'exécuta, ou du moins en fut la cause. » Henri VIII, marié à Catherine d'Axagon, voulait épouser Anne Boleyn; Clément VII refusa de déclarer nul son mariage avec Catherine, qui était la propre tante de Charles- Quint. Henri le fit casser par Cranmer, archevêque de Cantorbéry. Excommunié, il se déclara chef suprême de l'Église; le Parlement abolit l'autorité du pape. Le roi, ayant besoin d'argent, confisqua les biens des moines et montra, en spoliant les riches abbayes, le plus impudent cynisme. Pape lui-même, à sa façon et à son profit, il se garda de se déclarer luthérien. « L'invocation a^~ saints ne fut pas abolie, mais restreinte. 11 fit lire l'Ecriture en langue anglaise, mais il ne voulut pas qu'on allât plus avant. Ce fut un crime capital de croire au pape; c'en fut un d'être protestant. » L'archi-grand chancelier Morus et l'évêque Fisher, qui refusaient de reconnaître la suprématie d'Henri VIII, furent condamnés à mort par le Parlement. Henri fut un scélérat complet, à la façon du xvie siècle, mais ce fut un roi. Après sa mort, il y eut en Angleterre des luthériens, des zwingliens et même des anabaptistes, i pères de ces quakers pacifiques dont la religion a été tant tournée en ridicule et dont on a été forcé de respecter les mœurs... Se croyant chrétiens et ne se piquant nullement de philosophie, ils n'étaient réellement que des déistes, car ils ne reconnaissaient Jésus que comme un homme à qui Dieu avait daigné

donner des lumières plus pures qu'à ses contemporains. Le peuple les appelait anabaptistes, parce qu'ils ne reconnaissaient pas la validité du baptême des enfants et voulaient qu'on baptisât les adultes, même s'ils avaient déjà été baptisés ». (i)

25. Marie Tudor, fille de Henri VIII et femme de Philippe II, était passionnément catholique. Sous son règne, on brûla trois cents protestants, entre autres l'archevêque Cranmer. Élizabeth, qui succéda à la « sanglante » Marie, était protestante (1558-1603). « Le Parlement fut protestant; la nation entière le devint et l'est encore. Alors la religion fut fixée, la liturgie fut établie. La hiérarchie romaine, conservée avec bien moins de cérémonies que chez les catholiques, et un peu plus que chez les luthériens; la confession permise et non ordonnée; la créance que Dieu est dans l'eucharistie sans transsubstantiation : c'est en général ce qui constitue la religion anglicane. » (2) Sous le court règne d'Edouard VI, fils de Henri VIII (1547- 1553), on avait promulgué une confession de foi en 42 articles et publié un livre officiel de prières (Prayerbook); Élizabeth retint 39 articles sur 42 dans l'Acte d'uniformité, qui imposa le credo (1562); le livre de prières, proscrit sous Marie Tudor, fut remis en honneur et devint la base du culte anglican.

26. Élizabeth, quoique très hostile au papisme, ne persécuta pas les catholiques en Angleterre. Si elle fit pendre deux jésuites et décapiter Marie Stuart (1587),

(1) Voltaire.

12) Id.

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'est à la politique qu'il faut attribuer ces cruautés. Le pape Pie V, en excommuniant Élizabeth pendant }ue Marie était en prison, ne fit que rendre la reine d'Angleterre plus implacable. L'Ecosse fut agitée par guerre que se firent protestants et catholiques. Un prédicateur, John Knox, qui s'était jadis réfugié auprès de Calvin (1554), propagea le calvinisme en Ecosse et l'y fit triompher après la fuite de la reine Marie, dont il réclamait la tête dès 1570. L'Irlande resta attachée à l'Église romaine, bravant les efforts d' Élizabeth, qui se montra tyrannique en imposant des prêtres anglicans aux paroisses. Cette malheureuse île fut plus maltraitée encore dans la suite et n'en resta pas moins fidèle à sa religion, parce qu'elle ne voulait pas et ne veut pas encore accepter celle de ses vainqueurs.

27. François Ier avait conclu en 15 16, avec Léon X, un concordat qui laissait au roi la nomination des bénéfices et au pape le revenu de la première année, ce qui parut encore excessif au Parlement et à l'Université. La sœur du roi, Marguerite d'Alençon, depuis reine de Navarre, favorisa la propagande de Jacques Lefèvre d'Etaples (né en 1435), en faveur de doctrines augustiniennes qui ressemblaient à celles de Luther; parmi les élèves de Lefèvre fut Guillaume Farel, plus tard l'ami de Calvin, qui prêcha la Réforme à Xeuchâtel et appela Calvin à Genève. Calvin lui-même ne put rester en France; c'est à Bâle qu'il publia d'abord Y Institution chrétienne. Malgré l'influence de Mar-

guérite, les réformés furent horriblement persécutés en France. Jean le Clerc fut tenaillé, pour avoir parlé contre les images et contre les reliques; une vingtaine de réformés furent brûlés vifs. Pendant ce temps, François Ier se liguait avec les protestants d'Allemagne et même avec les Turcs contre Charles- Quint. Profondément indifférent en matière religieuse, il laissait faire les moines et les Parlements. La fin du règne fut marquée par un crime sans nom. Le Parlement de Provence décréta la peine du feu contre 19 Vaudois du bourg de Mérindol qui s'étaient rattachés à la Réforme; François Ier leur pardonna, à condition qu'ils abjureraient. Sur leur refus, le premier président du Parlement, d'Oppède, fit venir des troupes, qui brûlèrent et tuèrent tout. « Il ne restait dans le bourg fermé de Cabrières que 60 hommes et 30 femmes ; ils se rendent, sous la promesse qu'on épargnera leur vie; mais, à peine rendus, on les massacre. Quelques femmes, réfugiées dans une église voisine, en sont tirées par l'ordre d'Oppède; il les enferme dans une grange, à laquelle il fait mettre le feu. On compta vingt-deux bourgs mis en cendres. François Ier en eut horreur ; l'arrêt dont il avait permis l'exécution portait seulement la mort de 19 hérétiques; d'Oppède et Guérin, avocat général, firent massacrer des milliers d'habitants. » (1) En mourant, le roi recommanda à son fils de faire justice de cette barbarie; le Parlement de Paris, saisi, condamna Guérin à mort, mais acquitta d'Oppède, qui était le plus coupable des deux.

(1) Voltaire.

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