‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 243 sur 283 · HOSTILITÉ DE VOLTAIRE AU CHRISTIANISME 9N · texte numérisé non relu

HOSTILITÉ DE VOLTAIRE AU CHRISTIANISME 9N

plus loin : il rêve d'abolir, fût-ce par la violence, les religions positives, considérées comme des impostures, du moins dans les classes aisées et éclairées qui l'intéressent seules. Dans sa haine du fanatisme, il devient lui-même intolérant.

7. Beaucoup de lettres de Voltaire se terminent par ces mots abrégés : Ecr. l'mf. (Écrasons l'infànie.) La comparaison des textes ne laisse pas de doute que l'infâme, aux yeux de Voltaire, ce n'est pas seulement la superstition et le fanatisme, mais le christianisme. Malgré tout, Voltaire est ou se dit déiste; mais le Dieu de Voltaire est un soutien de l'édifice social; c'est un Dieu-gendarme, comme celui des bourgeois a bien pensants » du xixe siècle, qu'il faut enseigner à « la canaille », sans se tourmenter de l'aimer ou de lui plaire. Il y a plus d'honnêteté et de franchise dans l'athéisme, d'ailleurs assez plat, de Diderot ou même du baron d'Holbach. Quant au Dieu de Rousseau, c'est surtout un thème à déclamations. Mais ce Dieu de Rousseau, qui s'identifie tour à tour aux bienfaits de la nature et à la rigueur des lois morales, est encore tout imprégné de l'esprit biblique: s'il n'est plus chrétien, il pourra le redevenir. Le déisme éloquent et sentimental de Rousseau conduit au catholicisme éloquent et sentimental de Chateaubriand. Le calviniste Jean-Jacques prépare ainsi les voies à la réaction catholique du xixe siècle, après avoir corrompu la Révolution par ses sophismes. Car c'est en son nom qu'elle se fit, et se fit mal; Voltaire, qu'on ne lut guère de 1789 à 181 5, l'aurait plus sagement inspirée.

8. La Révocation de l'Édit de Nantes ne fut jamais rapportée par l'ancien régime. En 1762 encore, un pasteur fut condamné à mort pour avoir prêché. Deux ans seulement avant la Révolution, en 1787, les protestants purent de nouveau avoir un état civil et leurs enfants ne furent plus considérés comme nés hors mariage. La philosophie ne fut pas étrangère à ce résultat. Elle avait pris, par la bouche de Voltaire, la défense de la mémoire de Calas, protestant roué à Toulouse en 1762 pour avoir, disait-on, tué son fils qui voulait abjurer le protestantisme. En réalité, ce jeune homme s'était tué lui-même. Voltaire réclama la réhabilitation de l'innocent et fut secondé, dans cette tâche honorable, par la haute société comme par les « intellectuels » de son temps. Il réussit à souhait en 1765, trois ans après le crime. Dix ans seront nécessaires, plus d'un siècle après, pour la réhabilitation d'Alfred Dreyfus.

9. Si, depuis le milieu du xvie siècle, les jésuites s'étaient montrés oppresseurs, agitateurs et cupides, il faut bien dire que l'abolition de l'ordre, au xvine siècle, fut obtenue par de basses intrigues et des calomnies. Devenus commerçants, à l'exemple des templiers d'autrefois, les jésuites étaient très riches; une partie du trafic de l'Amérique du sud et de l'Inde était entre leurs mains. Leur opulence éveilla d'abord les convoitises de Sébastien Pombal, premier ministre et comme vice-roi du Portugal. Il les accusa de conspirer contre

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