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LES PHILOSOPHES

philosophie, dus, pour une bonne part, à Diderot, qui était matérialiste et athée.

4. Les philosophes du xvine siècle ne furent pas tous d'honnêtes gens. D'Alembert est le meilleur et le plus probe; Voltaire est un boufion, peu délicat eu matière d'argent, flagorneur des grands et dédaigneux de la « canaille ■ ; Montesquieu a des petitesses de robin provincial et s'aime trop dans ses écrits; Diderot est un bohème sans tenue et sans mœurs; Rousseau, devenu l'ennemi des philosophes par jalousie, l'est encore plus, par orgueil, de la raison. Mais ces hommes ont tous une qualité admirable : l'amour du genre humain. Ils veulent être utiles encore plus que briller. Leur activité d'esprit se propose un but pratique, celui de détruire les préjugés et d'améliorer le sort des hommes. Il leur sera donc beaucoup pardonné.

5. Pour connaître le véritable esprit qui animait les Encyclopédistes, il faut lire la correspondance de Voltaire avec d'Alembert. Celui-ci doit être prudent, car il demeure à Paris, membre de l'Académie des Sciences dès l'âge de 23 ans. vivant de sa plume : « La crainte des fagots, écrit-il à Voltaire, est rafraîchissante. » (31 juillet 1762). Mais Voltaire est millionnaire; il est gentilhomme de la chambre du roi; il règne à Ferney et un peu dans toutes les capitales; sans cesse il excite à la guerre ceux qui recevront les mauvais coups à sa place. Ses lettres donnent la mesure d'une sorte d'exaltation antichrétienne que d'Alembert ne combat pas dans ses réponses, parce qu'il la partage. Voltaire écrit : « C'est un bon arbre, disent les scélérats dévots, qui a produit de mauvais

fruits ; mais puisqu'il en a tant produit, ne mérite-t-il pas qu'on le jette au feu? Chauffez-vous-en donc, tant que vous pourrez, vous et vos amis. » (28 novembre 1762). Évidemment, c'est du christianisme qu'il est question ici, non du fanatisme. « Encore un peu de temps et je ne sais si tous ces livres seront nécessaires et si le genre humain n'aura pas assez d'esprit pour comprendre par lui-même que trois ne font pas un et qu'un pain n'est pas Dieu. Les ennemis de la raison font dans ce moment assez sotte figure. » (31 mars 1762) « Je vois d'ici les jansénistes mourant l'année prochaine de leur belle mort, après avoir fait périr, cette année-ci, les jésuites de mort violente, la tolérance s'établir, les protestants rappelés, les prêtres mariés, la confession abolie et le fanatisme écrasé sans qu'on s'en aperçoive. » (4 mai 1762) « Il s'élève bien des partis fanatiques contre la raison, mais elle triomphera, au moins chez les honnêtes gens; la canaille n'est pas faite pour elle. » (4 février 1757) « Il ne s'agit pas d'empêcher nos laquais d'aller à la messe ou au prêche; il s'agit d'arracher les pères de famille à la tyrannie des imposteurs. » (6 décembre

6. Ces citations pourraient être multipliées presque à l'infini. On voit combien l'on atténue le rôle de Voltaire en faisant de lui l'apôtre de la tolérance, mot qui implique une condescendance de la vérité pour l'erreur. Voltaire demande la tolérance dans les lois, parce que c'est déjà un progrès à l'époque où Calas et le chevalier de la Barre mouraient victimes de l'intolérance religieuse; mais son ambition va beaucoup

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