LA REACTION SOUS PIE X M
informés, il condamna brutalement les modernistes, tant en France et en Italie qu'en Allemagne ; il refusa les offres conciliantes du gouvernement français, prohiba la fondation des associations cultuelles catholiques et causa ainsi la ruine partielle de l'Église de France qui, désormais séparée de l'État (1905), ne trouve qu'à grand'peine les ressources suffisantes pour subsister. Au fond de cette crise, dont la gravité peut encore s'accroître, on distingue nettement, comme cause déterminante, la vieille haine des congrégations internationales pour le clergé gallican. Les souffrances de celui-ci touchent peu les moines, qui ont su mettre en sûreté leurs biens et conservent toute leur influence sur les fidèles. Si les évèques français ne marchent pas avec le pape, il les déposera pour les remplacer par des réguliers. Aussi, depuis 1905, une terreur muette pèse sur l'Église de France, non du fait du gouvernement laïc, mais du fait du pape. Pie X y a fait régner une discipline plus que militaire, par la menace d'enlever leur gagne-pain aux récalcitrants, par l'organisation d'un espionnage qui transforme les modérés eux-mêmes en suspects. La France catholique, à la fois sceptique et superstitieuse, s'incline devant l'autorité du pontife romain, et la France libérale, ne tenant qu'à la célébration des rites, quand elle tient encore à quelque chose, se désintéresse du gouvernement de l'Église comme de sa théologie.
70. L'influence de la compagnie de Jésus ne s'est pas seulement exercée sur le dogme, sur la politique.
sur la vie sociale ; elle a pénétré et corrompu toutes les manifestations religieuses du catholicisme. Les aberrations sentimentales ou puériles du culte de la Vierge et des saints (par exemple de saint Antoine de Padoue, qui fait retrouver les objets perdais), l'exploitation des reliques, des amulettes, des sources miraculeuses se sont établies ou développées sous son patronage. On disait déjà avec raison au xvi° siècle :
0 vos qui cum Jesu itis, Ne eatis cum Jesuitisl
« O vous qui marchez avec Jésus, ne marchez pas avec les Jésuites! »
71. Le culte de saint Joseph, ignoré du moyen âge et de la Renaissance, grandit sous l'influence jésuitique au xixe siècle. Pie IX éleva saint Joseph au rang de patron de l'Église catholique, au-dessus des apôtres Pierre et Paul (1870) et cette décision fut confirmée par Léon XIII (1889). A la conception théologique de la Trinité chrétienne, les jésuites ont substitué ou ajouté celle qui s'exprime par la formule JMJ, c'est-à-dire Jésus, Marie, Joseph. Dieu est trop haut et le Saint- Esprit trop immatériel; ce qu'il faut au peuple, ce sont des idoles blanches, avec de l'or, du rose et du bleu. Le mépris aristocratique de la plèbe des fidèles est un des sentiments directeurs des jésuites, qui l'ont en commun avec leur élève Voltaire.
72. Les jésuites ont institué le culte du Sacré- Cœur de Jésus, auprès duquel celui du Sacré-Cœur de Marie ne tient encore qu'un rang secondaire. Une fille mystique, Marguerite ou Marie Alacoque, eut la vision