‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 78 sur 283 · MYTHOLOGIE IRLANDAISE · texte numérisé non relu

MYTHOLOGIE IRLANDAISE

« corbeau » (p. 168). M. d'Arbois a interprété, par la mythologie irlandaise, certains monuments figurés delà Gaule. Ainsi, dans un bas-relief de Paris, le bûcheron serait Cûchulainn, qui coupe des arbres pour arrêter l'ennemi; le taureau serait l'animal divin qui s'appelle en irlandais Donn, et les trois grues seraient trois formes d'une déesse qui, sous l'aspect d'un oiseau, vient prévenir le taureau du danger qui le menace (i). Toutefois, on ne peut dire que la preuve soit faite on s'attendrait à des contacts beaucoup plus nombreux et plus précis.

35. L'épopée irlandaise comprend trois cycles. Le premier raconte l'invasion de l'île par des gens à tête de chèvre, les Fomoré. Le second a pour sujet l'enlèvement d'un taureau divin et des vaches dont il est comme le chef; les personnages principaux sont le roi Conchobar, son neveu Cûchulainn, fils de Lug et d'une mortelle, et la sage reine Medb (la Mab de Shakespeare) . Les mœurs sont à peu près celles des héros homériques; les guerriers combattent sur des chars. Le troisième cycle est celui qui, passant d'Irlande en Ecosse, y a donné naissance à la littérature dite ossianique. Macpherson, en 1760-63, publia en anglais des poèmes attribués au vieil aveugle Ossian, racontant les exploits de Finn mac Cumail (Fingal) et de ses Fianna ou fénians. Ossian (Ossin) est le fils de Finn. Ces poèmes, soi-disant traduits du gaélique, eurent un succès immense. Goethe, Napoléon, Chateaubriand les lurent avec passion; Musset et bien d'autres les

(1) Revue celtique, 1907, p. 41-42.

imitèrent; mais il est aujourd'hui avéré que, si le fond est bien irlandais, tout ce que le xixe siècle y a trouvé de sublime est l'œuvre de Macpherson.

36. Dans le cycle deCûchulainn, il y a des éléments très archaïques, que les remaniements chrétiens n'ont pas fait disparaître, bien qu'ils aient effacé toute mention des cultes païens. Le taureau sacré est la septième incarnation d'un porcher des dieux qui avait été successivement corbeau, phoque, guerrier, fantôme et ver (1) ; c'est là un vestige curieux de la métempsychose celtique. Le nom de Cûchulainn signifie le chien de « Culann », forgeron dont Cûchulainn avait tué le chien; le héros irlandais ne doit pas manger de chien, ce qui est un tabou probablement totémique. Bien qu'également païen par ses origines, le cycle ossianique a conservé moins de traces des vieilles croyances; toutefois, il y est aussi question des Druides. La tradition païenne est encore plus effacée dans les romans gallois dits Mabinogion (2) (xne siècle); pourtant, la magie et les métamorphoses y tiennent une grande place. Quoique remaniée, cette littérature n'est pas frauduleuse. Il n'en est pas de même des prétendus « mystères bardiques » que publièrent des Gallois au xvme siècle et qui ont trompé Michclet et Henri Martin. La dernière , fraude littéraire commise dans le domaine celtique est le Barzaz-Brciz (3), -publié par Hersart de la Villemarqué (1839); tout n'y

(1) Revue celtique, 1907, p. 17.

(2) Mabinogi, récit enfantin (narratio puerilis, Zeuss). »,3) Barzax-Breiz, chants des bardes bretons.

Page 1