‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 79 sur 283 · SURVIVANCES PAÏENNES EN FRANCE · texte numérisé non relu

SURVIVANCES PAÏENNES EN FRANCE

est pas apocryphe, mais ce qu'il y a d'intéressant est interpolé ou faux.

37. Cette esquisse rapide des religions de la Gaule serait trop incomplète, si je ne faisais du moins allusion aux survivances païennes qui, malgré les défenses des conciles (depuis 567) et les efforts de l'Église, se sont maintenues dans nos campagnes. Sylphes, gnomes, feux follets, farfadets, nains, crions, poulpiquets, fées, loups-garous, etc., sont autant de souvenirs vivants du passé celtique et même préceltique; le plus populaire des géants français, Gargantua, est probablement celte et la popularité qu'il doit à Rabelais n'est qu'un renouveau. Les pierres, les sources, les animaux ont leurs légendes, parfois pénétrées d'éléments chrétiens, mais dont le fond païen -este reconnaissable. Les chênes bénits, les herbes cueillies à la Saint-Jean, les ex-voto suspendus aux branches, les guérisons obtenues en passant à travers le trou d'une pierre ou la fente d'un arbre, tout cela, avec mille autres croyances du même ordre, prolonge jusqu'à nous les illusions tenaces du passé. Quand les paysans sautent ou font sauter leurs bêtes à travers les flammes des feux de la Saint- Jean, ils pratiquent un vieux rite celtique, comme lorsqu'à Paris, au x\ie siècle, on jetait des chats dans les bûchers, ou qu'à Tours, en 1900 encore, on brûlait à la même date un mannequin de paille appelé babouin. Le panthéon romain est bien mort, parce qu'il n'a jamais vécu que d'une vie artificielle; mais le polydémonisme de la vieille Gaule est toujours vivace, parce qu'il a poussé des racines profondes dans notre sol.

Les Germains et les Scandinaves.

i. Le paganisme germanique a survécu de cinq siècles au paganisme celtique; nous sommes, par suite, bien mieux informés à son sujet. Malheureusement, la qualité de nos documents laisse à désirer, surtout pour la période finale, où ils sont d'ailleurs les plus abondants.

2. Ces documents peuvent se classer en trois groupes : i° les textes des auteurs classiques, en particulier de César et de Tacite; 2° les œuvres qui nous font connaître la mythologie Scandinave ou norroise, Sagas et Eddas; 30 les traditions et les usages populaires, les uns recueillis et observés à une époque relativement récente, les autres connus par les prohibitions de l'Église et par des espèces d'interrogatoires compilés à l'usage des prêtres qui confessaient les Germains convertis au christianisme. On demandait à l'un d'eux : « Avez- vous fait ou cru telle ou telle chose, observé tel ou tel rite païen? » Ces manuels pênitentiels sont très instructifs; on y prend, comme sur le fait, le paganisme germanique dans sa ténacité populaire, survivant à la prédication chrétienne.

3. César ne connaît que trois dieux germaniques, le Soleil, la Lune et Vulcain. Le dieu guerrier des Celtes ayant parfois été identifié à Vulcain, il est probable que César a entendu parler du Mars germanique, dont

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