‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 87 sur 283 · L'EDDA · texte numérisé non relu

L'EDDA

des éléments empruntés à des civilisations voisines et même aux traditions classiques, conservées surtout dans les couvents irlandais.

32. Faut-il conclure de là, comme on a osé le faire, que l'étude de la mythologie germanique puisse faire abstraction de l'Edda? Certainement non; mais on doit user de prudence. Ce n'est pas le début de la mythologie germanique, ce n'en est pas non plus l'apogée : c'est de la mythologie Scandinave, qui a revêtu sa forme actuelle sous l'influence de conceptions étrangères. On peut la comparer à l'art des Yikings, qui reste le produit le plus parfait des arts germaniques, malgré les motifs gréco-romains qu'on y a pu signaler. Sophus Bugge a montré que la plus grande partie de la littérature mythologique de l'Edda a été composée, par des poètes de cour norvégiens, dans les îles Britanniques, en particulier dans le nord-ouest de l'Angleterre, et que de là, par l'Ecosse et les Hébrides, elle a passé en Islande, où elle a reçu des compléments.

33. Parmi les chants dont se compose l'Edda, les plus importants célèbrent la gloire et les exploits du dieu Odin. L'un de ces chants, la Voluspa. mis dans la bouche d'une prophétesse, renferme une véritable cosmogonie (1). « Au commencement était le chaos, entrela région du feu et celle des ténèbres, Muspillheim et Nifflheim. Le givre qui sort du Xifflheim est fécondé par les étincelles jaillies du Muspillheim et ainsi

(1) Heinrich, Hist. de la ïitt. allemande, 1. 1, p. 7 ss. 'emprunts textuels). — Voluspa signifie « prophétie de la devineresse » [volva).

naît le géant Ymir, père des géants malfaisants. La gelée fondante donne naissance à une vache divine; elle lèche, pour se nourrir, la neige dans les creux des rochers et quatre fleuves de lait coulent de ses mamelles. Le premier jour, elle découvre sous la neige une chevelure, le second jour une tête, le troisième un corps : ce fut le dieu Bure. Les petits-fils de Bure sont Odin, Vili et Vé, les dieux de l'âge nouveau.

34. « Odin est un cavalier rapide comme l'éclair; il s'avance escorté de deux loups, précédé de deux corbeaux. Actif et bienfaisant, il attaque Ymir et le tue. Le cadavre dépecé du géant forme le monde; la terre est sa chair, la mer est son sang, les pierres sont ses os, la voûte du ciel est son crâne. Mais la victoire des dieux n'est pas complète. Un des fils d'Ymir, Bergelmer, a échappé. En même temps, les vers qui rongeaient la chair d'Ymir ont donné naissance à la race des ' nains cachés dans les cavernes, gardiens des trésors enfouis. Les dieux se décident à peupler la terre. Ils déracinent un frêne et un aulne. Du frêne et de l'aulne sort le premier couple humain.

35. « Satisfait de son œuvre, Odin se retire dans la sainte cité d'Asgard, où il règne avec les Ases ses enfants. Auprès de lui siègent Thor, le dieu du tonnerre, et Freyr, le dieu de l'abondance, qui forment avec lui une triade. D'autres dieux peuplent sa cour : Tyr, le dieu de la guerre; Manni, le dieu de la lune; Sunna, la déesse du soleil; Freya.la Vénus Scandinave.

36. « Mais la race de Bergelmer s'est multipliée et les géants ont des intelligences à la cour d'Odin. Le dieu Loki conspire avec eux la perte des Ases. Il

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