LE CULTE DU CHEVAL
dans les bois sacrés comme animaux d’augure, qu’un cheval blanc passait pour servir de monture au dieu dans les expéditions militaires des Germains. Tous les neuf ans, les Danois de Sélande immolaient des chevaux, des chiens et des coqs. Ces sacrifices étaient suivis de repas sacrés, dont les victimes faisaient les frais et qui avaient pour but de sanctifier les fidèles par la communion. Les Normands chrétiens appelaient les Suédois « mangeurs de chevaux »; les géants des légendes germaniques et les sorcières sont réputés hippophages. Ces faits attestent, en Germanie, des survivances peu déguisées de totémisme; ce ne sont pas es seules.
21. D’après Bède (vers 700), les premiers chefs des Anglo-Saxons s’appelaient Hengist et Horsa et descendaient d’Odin, auquel on sacrifiait des chevaux. Or, hengist signifie « étalon » et horsa « cheval », et Grimm a reconnu que, dans les listes de Bède, les autres rois mythiques ont des noms qui dérivent d’un nom anglo-saxon du cheval ( vicg ). Il semble donc que ces vieilles généalogies, remontant au dieu Odin, impliquent l’existence de clans ayant pour ancêtre mythique un dieu-cheval, comme le Poséidon Hippios des Arcadiens : c’est là un indice manifeste de totémisme.
22. César observe qu’il n’y a pas de Druides en Germanie. Primitivement, le roi était aussi prêtre et passait pour incarner la divinité. Quand la nature semblait irritée, on s’en prenait au roi, comme on dit encore aujourd’hui, en cas de disette ou de mévente, que « c’est la faute du gouvernement ». Un roi pouvait être tué pour inoapacitè magique et remplacé par un
chef plus jeune. Tacite connaît déjà des prêtre, en Germanie; ils semblent avoir été nommés à vie et investis d’une autorité très haute. Le prêtre préside aux assemblées populaires, et, exécuteur de la volonté divine, prescrit les peines afflictives. Il offre le sacrifice, dont le nom germanique, Opfer, dérive du latin operari, marque d’une influence romaine là où l’on s’attendrait le moins à la constater. Les premiers temples, remplaçant les bois sacrés, s’élevèrent en Germanie peu de temps avant le triomphe du christianisme. Alors aussi on y plaça des idoles. Dans la seconde moitié du IVe siècle, un historien grec raconte qu’Athanaric, roi des Goths, voulant arrêter les progrès de la religion nouvelle, fit promener l’image d’une divinité païenne sur un char. Grégoire de Tours fait dire à Clotilde, qui veut convertir Clovis : « Les dieux que vous adorez sont de pierre et de bois. » En 612, à Bregenz, saint Colomban et saint Gall virent trois images en bronze doré auxquelles le peuple offrait des sacrifices et qu’il considérait comme ses patrons; à l’appel des saints apôtres, ces statues furent brisées à coups de pierres et leurs débris jetés dans le lac. Ce pouvaient être des statues romaines; mais, chez les Saxons, il existait certainement, au vie siècle, des statues de fabrication indigène. Widekind de Corvey raconte la victoire des Saxons sur les Thuringiens, en 530, et parle, à propos de leur triomphe, de trois statues représentant Mars, Hercule et Apollon. Au xie siècle, Adam de Brême, décrivant le temple païen d’Upsal, y signale également trois images de Thor. de Wpdan et de Fricco, l’époux de Freya.