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LES ANIMAUX SACRES

armes divines; leur chef est le forgeron Wieland. Comme les âmes errant dans les airs sont assimilées aux vents et que les vents soufflent des montagnes, celles-ci sont devenues le séjour des âmes; c’est dans l’une d’elles, le Kyfïhaüser, que l’empereur Frédéric Ier est endormi et c’est là qu’il doit se réveiller un jour. Ainsi s’expliquent les sacrifices funéraires offerts sur les hauteurs, en dépit des prohibitions de l’Église. Le culte des sources et des fleuves était aussi développé qu’en Gaule; on y jetait des offrandes et même, dit-on, des victimes humaines. Pour obtenir de la pluie, on versait de l’eau, parfois sur une jeune fille nue. Les sources sont peuplées d’esprits mâles et femelles, les nixes, qui se présentent sous l’aspect de taureaux ou de chevaux et attirent méchamment les hommes dans les abîmes. Le démon féminin de la mer est Ran, dont l’époux est Aegir; la mer qui entoure le monde a l’aspect d’un énorme dragon. Dans les forêts sacrées, tout arbre a son génie, qui prend la forme d’un hibou, d’un vautour, d’un chat sauvage. L’esprit protecteur d’une famille habite un arbre près de sa demeure; les dieux de l’Edda ont eux-mêmes leur arbre sacré et tutélaire, Yggdrasill. Qui abat un arbre tue un génie.

Les animaux sacrés jouent un très grand rôle. Plutarque a parlé d’un taureau sur lequel juraient les Cimbres, Tacite de chevaux d’augure et de sangliersenseignes; d’autres enseignes étaient surmontées de serpents ou de dragons. Pour nuire à leurs semblables, hommes et femmes pouvaient se transformer en serpents, en loups et en ours. Le loup-garou, chez les

Germains, est le pendant masculin de la sorcière; en Norvège, on croit aussi à des ours-garous. Sorcières, géants et trolls, déguisés en corbeaux ou en corneilles, chevauchent les nuées d’orage. Dans le sommeil ou lorsque la mort survient, l’âme sort de la bouche sous la forme d’un serpent ou d’une souris; comme « revenant », elle peut prendre la forme d’un quadrupède ou d’un oiseau. Les esprits des champs cultivés sont conçus sous l’aspect de loups, de taureaux, de chiens, de sangliers; on considère comme sacrés ceux de ces animaux qui, au moment de la récolte, sont pris avec les dernières gerbes où ils ont cherché asile. Mais nous pouvons alléguer, du vieux totémisme germanique, des indices plus probants encore que ceux-là.

20. Au commencement du vxne siècle, les papes Grégoire III et Zacharie recommandent à Boniface, l’apôtre des Germains, de veiller à ce que les convertis s’abstiennent de manger des chevaux, des geais, des corneilles, des cigognes, des castors et des lièvres. Manger du cheval est un « crime immonde et exécrable », ajoute Grégoire III. Évidemment, les papes ne s’inquiètent pas de l’hygiène des Germains, mais de leur religion; les viandes qu’ils proscrivent sont celles d’animaux sacrés, qui étaient mangés rituellement. Or, nous savons que les Islandais, jusqu’à leur conversion (997), mangeaient du cheval « en de certaines occasions »; nous savons aussi que les Germains sacrifiaient des chevaux, qu’ils plantaient les têtes des chevaux sacrifiés sur des troncs d’arbre, que des chevaux blancs, exempts de tout travail, étaient nourris

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