LES SCALDES
l’origine de la littérature norroise, qui a fini par exercer une grande influence sur les littératures de l’Europe
27. Les débris de la poésie des Scaldes sont surtout des poèmes à l’éloge des princes Vikings, les rois des mers du nord. Cette poésie de cour est loin d’être simple. Une de ses formules favorites, dite kenningar, consiste à répéter deux ou trois fois la même chose sous une forme compliquée. Les Scaldes donnaient au dieu Odin 1x5 épithètes; il est le patron des poètes, auxquels il communique le nectar divin, le met, qu’il a volé, sous la forme d’un serpent, à la fille d’un géant. Quoique raffinée, la poésie des Scaldes conserve des marques de son origine magique; le lied, comme le carmen romain, a été d’abord une incantation. Les premiers caractères usités en Scandinavie, les runes, écriture créée vers l’an 200 sur le bas Danube et dont on attribuait l’invention à Odin, ont servi longtemps de grimoire magique et sont encore employés sur des talismans.
28. Voici ce qu’on enseigne couramment au sujet de l’Edda, dont la littérature des Scaldes est inséparable (1). Au xii® siècle, lorsque le christianisme triompha enfin en Islande, Sæmund Sigfusson recueillit les chants qui servaient de théologie et de littérature aux ancêtres païens de son peuple. Sæmund était un prêtre, qui mourut en 1133. Il appela son recueil l’Edda, ce qui signifie l’aïeule, comme si le tout avait été raconté par une grand’mère. Au siècle suivant, ./exemple de Sæmund fut suivi par Snorri Sturluson, auteur d’une Edda en prose qui est à la foislecommen-
(1) Heinrich, Histoire de la littérature allemande, 1. 1, p. 6.
taire de la première Edda et le recueil de la science poétique des Scaldes, auteurs des Sagas.
29. Tout cela doit être révisé. D’abord, l’Edda en vers, qui aurait été écrite par Sæmund vers 1130, n’a été découverte qu’en 1643 par l’évêque Brynjolf Svenisson, qui l’attribua à Sæmund, sans autre raison que le grand savoir dont la tradition faisait honneur à ce prêtre. L’Edda en prose avait été découverte en 1628; pour celle-là le titre d’Edda est certain; il est certain aussi qu’elle est l’œuvre de Snorri Sturluson, mort en 1241. Mais tout ce qu’on croyait savoir de l’Edda poétique est, comme l’a montré Buggo, entaché d’erreurs. Voici pourquoi :
30. Les savants islandais du xvne siècle s’occupaient beaucoup des ouvrages de Snorri, auxquels son école avait donné le nom d’Edda, signifiant poétique. Or, dans l’Edda en prose, sont cités des fragments de poèmes que l’on retrouva en 1643, avec bien d’autres, dans le manuscrit 2365 de la bibliothèque de Copenhague. Alors on publia ces poèmes sous le titre d’Edda Stemundi, en croyant qu’Edda signifiait Yaïeule. Il y a là un double malentendu, car une collection de poèmes n’est pas une poétique et l’attribution du recueil à Sæmund reste une hypothèse tout à fait gratuite.
31. Aucun des poèmes de l’Edda n’a été mis par écrit avant 1250; aucun ne paraît plus ancien que les environs de l’an 900. C’est la poésie des Vikings, non Selle des anciens Germains. Et comme les Vikings avaient des relations de toute sorte avec la Grande- Bretagne et l’Irlande, il est naturel qu’on y trouve