‹ OrpheusChapitre 128 sur 359 · LES JAPONAIS · texte numérisé non relu

LES JAPONAIS

parmi lesquels on distingue la déesse de la Terre nourricière, la déesse solaire, le dieu lunaire, le dieu du feu; le. dieu du ciel, si important en Chine, est inconnu Le soleil est féminin au Japon, tandis qu’il est mâle en Chine; cette différence est digne d’attention, quand on songe au rôle considérable des femmes dans l’ancien Japon- De vieux livres chinois l’appellent « le pays des reines » ; il y eut des reines parmi les premiers Mikados.

4. Beaucoup d’animaux, comme le cheval albinos, le renard, le chien, le rat, le coq, sont restés les attributs de divinités. Celui de la déesse solaire est un oiseau ; c’est d’elle que les Mikados croient descendre. On trouve aussi des arbres sacrés. Un autre élément essentiel du panthéon shinto sont les héros, les hommes qui ont été divinisés pour avoir mérité la reconnaissance publique. Ce sont là, si l’on peut dire, les ancêtres de choix; les ancêtres quelconques sont vénérés aussi, mais bien moins qu’en Chine, et sans gêne pour les vivants.

5. Les temples sont les demeures des divinités; elles y ont leur lit, leur oreiller. A côté des prêtres, il y a des prêtresses qui exécutent les pantomimes du culte; au Japon comme ailleurs, le théâtre laïc est sorti de là. Les prêtresses quittent le service des temples quand elles se marient.

6. Les pèlerinages aux grands sanctuaires sont recommandés; le Mikado en donne l’exemple. Les purifications — par le feu, le riz, le sel — les envoûtements et la divination sont en usage. Les offrandes sont des comestibles divers; on ne les brûle jamais.

TOLÉRANCE DES JAPONAIS 2£j

Le culte du feu est attesté par les feux qu’on allume en novembre dans la cour des temples, par le renouvellement du feu sacré au début de l’année et par la coutume si générale du « passage par le feu », purification qui est devenue une ordalie.

7. Les cérémonies funéraires comportaient autrefois, dit-on, des sacrifices humains; on immolait les serviteurs et les chevaux des guerriers. Depuis le JeI siècle, serviteurs et chevaux ont été remplacés par des figurines d’argile; la même substitution s’est peut-être produite en Grèce, pays qui offre des analogies singulières avec le Japon. L’âme du mort est censée enfermée dans un coffret de bois; on l’invoque dans le culte domestique ; mais la croyance à la survie des âmes est restée aussi imprécise qu’en Chine.

8. Depuis le vie siècle de notre. ère, le buddhisme a pénétré au Japon et s’est mêlé au Shinto. Au XVIIIe siècle, une réaction patriotique remit le « Shinto pur » en honneur; cette réaction n’a pas été sans effet sur la révolution politique de 1868, qui a rehaussé le pouvoir du Mikado, descendant de la déesse solaire, et chassé moines et rites buddhiques des sanctuaires shintos. Mais l’apaisement n’a pas tardé à se faire et le Japon, dédaignant les mauvais exemples de l’Europe, a trouvé l’union et la force dans la tolérance.

Page 1