LES INDIGÈNES DE L’AMÉRIQUE
Les indigènes de l’Amérique.
1. Garcilasso de la Vega, fils d’un compagnon de Pizarre et d’une Inca, constata le totémisme au Pérou dès le xvie siècle; au commencement du xvme siècle, le jésuite Lafitau le découvrit chez les Indiens de l’Amérique du Nord. La religion de ces derniers, ainsi que celle des Indiens du Mexique, a été étudiée de nos jours dans le plus grand détail par les ethnographes des États-Unis. Grâce à eux, nous connaissons à fond les cérémonies totémiques, les danses avec masques d’animaux, le culte des esprits. Si le tabou s’est conservé mieux qu’ailleurs en Polynésie, l’Amérique du Nord est le pays privilégié du totémisme. Tout lecteur de Cooper et d’Aymard sait que les tribus de Peaux-Rouges portent volontiers des noms d’animaux, que les chefs s’enorgueillissent de noms semblables et en arborent les insignes dans leur costume.
2. Le monde des esprits, a lui-même un chef : c’est le Grand Manitou, incorporé d’ordinaire dans un animal. Le Grand Manitou a créé le monde au prix d’une lutte contre l’eau, idée analogue à celle des Babyloniens et qui a produit des mythes où les missionnaires ont cru reconnaître celui du déluge de Noé. Quant aux hommes, on admet volontiers qu’ils sont nés des arbres et qu’ils ont été élevés à une meilleure condition par des héros ou demi-dieux civilisateurs. Au
MEXICAINS ET PERUVIENS
Pérou, une tradition les faisait sortir des pierres et des rochers; mais la conception du héros civilisateur se retrouve aussi là.
3. Avant la conquête espagnole, le Mexique et le Pérou étaient parvenus à une culture élevée. Les Mexicains avaient des temples, des pyramides, destombeaux, des palais, un calendrier solaire et une écriture hiéroglyphique encore partiellement à déchiffrer. Bien qu’honorant aussi des dieux sous forme animale, oiseaux et serpents, ils en adoraient déjà sous forme humaine. Le dieu principal des Toltèques, héros civilisateur, était un ami des hommes, comme l’Osiris égyptien, qui leur enseigna à vivre en paix; puis il disparut, mais pour revenir un jour. Le dieu des Aztèques était une sorte de Mars, belliqueux et implacable, exigeant des victimes humaines. Sa religion, à la fois cruelle et ascétique, avait de quoi réjouir les Espagnols, d’autant que les couvents d’hommes et de femmes abondaient. Ce qui frappa surtout les conquérants fut une cérémonie analogue à leur communion. Au moment de la fête d’hiver, on fabriquait une image en pâte du dieu; puis il était mis à mort en effigie et la pâte distribuée aux assistants qui la mangeaient. On sacrifiait aussi de jeunes nobles, choisis un an à l’avance, c’est-à-dire qu’on les assimilait au dieu par des rites avant de les mettre à mort. L’idée de la dignité éminente de la victime, ainsi divinisée en vue du sacrifice, est très répandue dans les deux mondes; mais, aux yeux des Espagnols, ces ressemblancesgrossières avec le christianisme ne pouvaient s’expliquer que par une ruse du démon.