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PROGRES DE L'ISLAMISME

d’abord en Espagne, par la chute, longuement préparée, du royaume arabe de Grenade (1492); mais l’islamisme religieux n’a cessé de faire des progrès en Asie et en Afrique; il compte aujourd’hui plus de 200 millions d’adhérents, dont 60 millions dans l’Inde anglaise, et semble devoir se développer encore parmi les nègres d’Afrique, auxquels sa simplicité, son fatalisme et ses promesses de joies sensuelles conviennent beaucoup mieux que les raffinements théologiques et l’austérité morale du christianisme.

17. Partout où la victoire a porté l’Islam, les populations indigènes n’ont été ni massacrées ni converties de force; Arabes et Turcs se sont contentés de les pressurer. Encore, dans les premiers siècles de l’Hégire, les conquêtes n’auraient-elles pas été aussi rapides si le régime arabe n’avait été préférable à celui des Byzantins ou des Perses. (1) Malgrélesmenacesdu Koran, les vaincus furent souvent traités avec indulgence, même avec égards. Quand Omar prit Jérusalem en 636, il assura aux habitants, chrétiens et juifs, le libre exercice de leur culte, la sécurité de leurs personnes et de leurs biens. Mais lorsque les Croisés prirent Jérusalem en 1099, ils massacrèrent tous les musulmans et brûlèrent vifs les juifs; 70 000 personnes, dit-on, furent ainsi exterminées en moins de huit jours pour attester la supériorité morale du christianisme.

1 S. Après la mort du khalife Othman (656) , Ali, fils adoptif et gendre de Mahomet, fut exclu de la succes-

(1) En Syrie, l’invasion du vu' siècle avait été préparée, dès. l’époque romaine, par l’infiltration incessante de tribus arabes-

i',4 LES MUSULMANS

s:on par les intrigues du gouverneur de Syrie. Afi fut tue en 661 et son fils Hoseïn fut massacré en <>So; mais leurs partisans formèrent une secte (sAïa) -qui devint celle des shiites. Les shiites, qui vénèrent Ali et Hoseïn presque autant que Mahomet, rejettent la tradition écrite relative au Prophète, dite Sunr.a. où les orthodoxes, dits sunnites, voient le complément naturel du Koran. Les shiites ne proscrivent pas avec la même rigueur l’usage du vin et la figuratior des êtres vivants ; les gens instruits, influencés par les idées perses et buddhiques, tendent vers un panthéisme aimable. Depuis 1499, l’islamisme shiite est la religion officielle de la Perse; il est également très répandu en Inde. Les shiites ne reconnaissent pas l’autoritc du sheikh-ul-Islam de Constantinople, vicaire du Commandeur des Croyants ou Sultan de Turquie.

19. La secte shiite se divisa à son tour. Les Ismaïliens sont presque des libres penseurs , les Druses du Liban. que ne satisfont ni le Koran ni la Bible vivent dans l’attente d’un nouveau prophète. L’Asie Mineure a été terrorisée, du xie au xiri* siècle, par les sectaires dits Haschischim. ainsi nommés parce qu'ils s’enivraient de haschich (chanvre), bandits sanguinaires qui ont donné à nos langues le mot d’assassin. La plus importante des sectes shiites est celle des mystiques dite Suffi (de l’arabe sûf, désignant la laine, à cause du costume de laine porté par les fidèles), dont l’inspiratrice fut une femme Râbia (vers 700). Cette doctrine se développa au rx« siècle en Perse ; on y fonda des couvents musulmans. ce dont Mahomet avait horreur, et l’ascétisme fit ainsi son entrée dans l’islamisme. Les Suffitc-s

SECTES MUSULMANES

croient que les âmes sont une émanation de Dieu et que leur destinée est de se réunir à lui par l’amour. C’est de cet amour divin, singulièrement mêlé d’amour humain et de scepticisme, que s’inspirèrent les grands poètes persans qu’on lit encore, Omar Khayyâm et .Hafiz.

20. Depuis le xne siècle, peut-être sous l’influence de l’Inde, l’islamisme a ses ascètes extatiques et charlatans, les derviches tourneurs, hurleurs, danseurs, mangeurs de verre, de scorpions et de serpents — illuminés ou simulateurs, qui forment des confréries et vivent d’impostures. Vers 1880, un derviche du Soudan égyptien, fondateur d’un État nègre, se proclama le Mahdi (« conduit par Allah ») et souleva si bien le fanatisme, que l’Égypte perdit la Nubie et le haut Nil (1885). Il fallut la victoire des Anglais à Omdurman (1898) pour mettre fin à cette comédie tragique. Même aujourd’hui, les sociétés secrètes entretiennent une fermentation continuelle dans les couches inférieures de l’islamisme; une des plus actives, dans l’Afrique du nord, est celle des Sanussya ( Snoussi ), fondée par le sheikh Sanus (1813-1859).

21. Dans le sein de l’islamisme orthodoxe, les tendances libérales n’ont pas manqué; ainsi les Motazilites (séparatistes) ont fait souche de rationalistes et cherché à purifier la religion. Mais leur action resta confinée dans les écoles. Une tentative plus hardie pour ramener l’islamisme à sa simplicité première fut l’œuvre au xvme siècle d’Abd ul Wahhâb, un Arabe du Nedjed, fondateur de la secte des Wahhabites. Elit réagit surtout contre le culte des tombeaux des saints

LUS MUSULMANS

et des reliques, contre le luxe et la corruption des mœurs, même contre l’usage du tabac. Ces réformés entrèrent en lutte avec les Turcs vers 1800, s’emparèrent de La Mecque et de Médine, renversèrent la Pierre Noire et dévastèrent le tombeau de Mahomet. Le vice-roi d’Égypte, Méhemet-Ali, chargé par le Sultan de les soumettre, y réussit en 1818; mais les Wahhabites ont subsisté à l’état de secte, rigoureusement fidèles au Koran seul, et n’ont pas été sans influence sur les insurrections de l’Arabie, devenue en 1918 tout à fait indépendante de l’Empire turc.

22. La franc-maçonnerie européenne pénétra dans l’Empire au xixe siècle. C’est surtout dans les loges, fréquentées par des médecins et des officiers turcs, que s’élabora la révolution, grosse de promesses mal tenues de libéralisme, qui a mis fin au régime abominable du sultan Abd ul Hamid (1908).

23. Une réforme fut prêchée en Perse, depuis 1840^ par un prétendu descendant du Prophète, qui se disait Mahdi el Bâb ( Porte de la vérité). Il fut fusillé en 1850, mais sa propagande continua, en réaction contre l’ignorance et la corruption du clergé shiite (les mollah ). Behâ-Allâh, disciple du Bâb, prêcha, sous le nom de béhaïsme, une religion de fraternité universelle, qui a trouvé des fidèles même aux États- Unis. Le bâbisme, quoique mystique et suffite, prit les allures d’un parti de réforme politique, recrutant ses adhérents parmi les opprimés et les pauvres, mais sachant aussi s’affilier de grands personnages. Le gouvernement répondit par des exécutions féroces, qui n’arrêtèrent pas le mouvement. La morale

LE BABISME

do1: Bâbistes est très laïque, hostile à l'ascétisme ; elle réclame la suppression de la polygamie et du voile, la restriction du divorce, l’admission des femmes aux cérémonies du culte. En somme, les Bâbistes sont des hommes de progrès, dans la mesure où peut l’être un musulman sans culture européenne, et l’on a lieu d’espérer qu’ils contribueront, avec les Béhâistes, à la régénération de la Perse shiite, qui se poursuit laborieusement sous nos yeux.

BIBLIOGRAPHIE

1. — Ameer Ali Syed, Islam, 1906 ; M. Hartmann, Der Islam,, 1909 ; R. Dozy, Essai sur l'hisl. de l’islamisme, trad. fr., 1879;

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