‹ OrpheusChapitre 153 sur 359 · POLYTHÉISME DES HÉBREUX · texte numérisé non relu

POLYTHÉISME DES HÉBREUX

traint la mer et dans sa sagesse il écrase Rahab; à son souffle le ciel s’éclaircit, sa main transperce le serpent fugitif. » Jérémie aussi (5, 22) représente la mer comme contenue et domptée par Jahveh. Cette idée d’une lutte du Créateur avec des forces hostiles était contraire à la thèse monothéiste et a disparu de nos deux rédactions de la Genèse; mais cela même prouve qu’elle était fort ancienne et qu’elle a longtemps conservé crédit.

18. Le nom Elohim est un pluriel (singulier eloah, « celui qu’on redoute? »), signifiantes dieux. Il suffit à prouver que les Hébreux furent, à l’origine, polythéistes, bien qu’on ait prétendu y reconnaître un « pluriel de majesté ». Du reste, dans la Genèse, Dieu aurait dit : « Faisons l’homme à notre image» (x, 26), et plus loin (3, 22) : « L’homme est devenu comme l’un de nous. » Il est par trop puéril de voir dans ces pluriels une allusion à la Trinité. Un autre nom très usité de la divinité est El, signifiant peut-être « le '~hcf ». Le nom mystérieux de Dieu, que les Juifs • itcnt de prononcer, s’écrit pâr quatre consonnes (le tétragramme des Grecs) , où l’on a inséré, par convention, les voyelles d ’Adonaï, signifiant « le seigneur », ce qui donne le phonème Jehowah ou Jehova. L’idée que le nom véritable de Dieu est tabou, qu’il ne doit pas être prononcé, se retrouve chez beaucoup de peuples; elle s’explique tant par la crainte superstitieuse qu’inspira ce nom que par celle qu’il puisse être connu d tf ennemis et évoqué par eux. La connaissance d’ un nom sacré donne prise sur l’être qu’il désigne; c’est un des principes de la magie. y

HÉBREUX, ISRAÉLITES ET JUIFS

19. On a lieu de croire que la véritable prononciation du tétragramme était Jahwê, avec Jahu comme forme secondaire. L’ étymologie, très discutée, pourrait être la racine HWH « être ». (« Je suis celui qui est », dit Dieu à Moïse.) Mais on a remarqué que Jahveh s’est révélé à Moïse sur leSinaï, qui est resté longtemps le centre de son culte; c’est donc peut-être un dieu local du Sinaï, dont le nom doit s’expliquer par une autre langue que l’hébreu.

20. Le nom divin baal (pluriel baalitn) est réservé dans la Bible aux dieux des païens; mais comme il entre dans la composition de noms hébraïques comme Meribaal, fils de Jonathan, il est certain que les Hébreux ont, à une certaine époque, adoré des baalim, tout comme leurs voisins.

21. Une autre expression intéressante est celle de Sebaot h, substantif pluriel signifiant « les armées», que Ton ajoute à Jahveh ou à Elohim, d’où l’expression de « Dieu des armées » qui a passé de la Bible dans nos langues. S’agit-il du Dieu des Israélites combattants ou de celui des armées célestes (anges ou étoiles) ? La question est litigieuse.

22. Les Teraphim, dont l’étymologie est inconnue, sont de petites idoles portatives qui semblent avoir constitué le laraire domestique des anciens Hébreux. Le roi David en possédait (I Sam., Ï9, 13-16) et le prophète Osée, au vme siècle, considère encore les teraphim comme indispensables au culte (3, 4). On les consultait dans la divination. Il y a là une des preuves les plus formelles de la persistance du polythéisme et du fétichisme dans le peuple d’Israël, dont

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