TABOUS BIBLIQUES
la prétention d’avoir débuté par le monothéisme spiritualiste ne résiste pas à l’examen.
23. L’idée de tabou, commune à tous les primitifs, .a laissé beaucoup de traces dans la Bible. L’arbre de la science du bien et du mal est tabou;~Die\i défend d’en manger les fruits, sans dire pourquoi, et la sanction de cette défense est la mort. Si Adam, après avoir contrevenu à cette défense, ne meurt pas, c’est que le texte jéhoviste est une compilation d’autres textes plus anciens, dont l’un impliquait probablement la mort subite du premier homme. Les théologiens, à l’exemple des rabbins j uifs depuis — 200 environ, ont compris qu’Adam avait été créé immortel et que le châtiment de la défense violée avait consisté en ce que Dieu lui retira le privilège de la vie éternelle, tout en lui permettant de vivre jusqu’à l’âge de 930 ans. Mais il n’y a pas un mot de cela dans le texte de la Genèse. Si « la mort était entrée dans le monde par la faute d’Adam », comme le veut saint Paul, comment Adam nouveau-créé aurait-il compris la menace divine : « Ne mange pas de ce fruit, ou tu mourras »? Du reste, Adam n’est pas expulsé du Paradis pour avoir mangé le fruit défendu, mais parce que les dieux ont peur qu’il ne devienne tout à fait semblable à eux, en mangeant aussi du fruit de l’arbre de vie— un autre arbre magique. Si les dieux craignent qu’il ne devienne immortel, c’est donc qu’il n’avait pas été créé ainsi. Toute l’interprétation traditionnelle du récit
HÉBREUX, ISRAÉLITES ET JUIFS
de la chute dans la Genèse repose sur des erreurs tendancieuses, entretenues à dessein pour donner une couleur philosophique à un conte puéril, blessant pour nos idées morales, dont saint Paul a fait le fondement dogmatique du christianisme.
24. Un autre objet tabou est l’arche d’alliance. C’était un cofïre en bois, renfermant peut-être des fétiches, où était censée résider la force divine. J’en ai déjà parlé dans Y Introduction de cet ouvrage et me contente d’y renvoyer le lecteur (p. 5).