LES ESSÉNIENS
Thérapeutes d’Égypte (i), qui vivaient en petites communautés laborieuses, n’avaient pas d’esclaves et mettaient leurs biens en commun. Ils pratiquaient une sorte de baptême, n’immolaient pas de victimes, tenaient en haute estime la chasteté et refusaient de jurer; c’est de leur sein que sortit saint Jean-Baptiste. Suivant Josèphe, ils croyaient que les âmes étaient attachées aux corps comme à une prison, que celles des bons allaient habiter les îles au delà de l’Océan, que les autres étaient livrées sous terre à des tourments éternels. Si Josèphe est bien informé à cet égard, l’origine hellénique de la secte ne peut faire de doute. Les Esséniens avaient aussi des doctrines secrètes qu’ils juraient de ne pas révéler; peut-être a-t-on eu raison d’y voir la source des absurdes spéculations de la Kabbale juive, que nous connaissons par les livres hébreux du moyen âge comme le Zohar (« livre de la splendeur ») . La Kabbale est une doctrine magique et grossièrement panthéiste, où les valeurs numériques des lettres, les légions d’anges et de démons, les émanations de la lumière jouent un grand rôle; c’est une des pires aberrations de l’esprit humain.
71. Le livre de Y Ecclésiaste (en hébreu Koheletli, « le prédicateur »), qui se donne comme l’œuvre du roi Salomon, mais qui fut écrit vers 200 av. J.-C., déplore la surabondance des livres (12,12); malheureusement, il ne nous reste rien de toute cette littérature. L’Ec- clisiaste enseigne que tout est vanité et en tire cette
■yi) Si le nom de Thérapeutes (guérisseurs) est la traduction g-: cque de celui d’ Esséniens, ce dernier peut dériver de l’hébreu asah, guérir.
conséquence épicurienne qu’il faut jouir de la vie., L’ Ecclésiastique, ou la Sagesse de Jésus, fils de Sirach, est un recueil de petits discours pleins de bonnes intentions; l’auteur (vers 200) n’était pas ignorant des idées grecques. Le livre d’Esther (vers 150) est unconte édifiant qui atteste une certaine familiarité avec les choses de la Perse, mais présuppose, dans son état actuel, que l’Empire perse n’existe plus depuis longtemps. Le nom d’Israël ne s’y rencontre pas plus que celui de Dieu; l’esprit général en est matérialiste et grossier. A cette période appartiennent encore le livre de Daniel (voir p. 288),. ceux des Chroniques , d’Esdras et de Néhémie, des Macchabées. La valeur historique des deux premiers livres des Macchabées est considérable, celle des deux derniers presque nulle. Le quatrième, qui est une homélie plutôt qu’une histoire, est remarquable par le développement des idées sur l’immortalité de l’âme, les peines et les récompenses futures. LelivredeTobie (vers 150) est un roman comme celui d’Esther, imprégné d’idées persanes et où Satan joue un rôle qui n’a rien de mosaïque. Enfin le livre dit de la Sapience de Salomon (vers 50) paraît, comme les trois derniers livres des Macchabées, avoir été écrit à Alexandrie, dans un milieu païen qui était hostile au judaïsme, et ne l’était pas seulement pour des motifs religieux.
72. Il faut encore dire quelques mots de trois compositions fort singulières. L’Apocalypse d’Esdras, appelée par la Vulgate le quatrième livre d’Esdras, fut écrite en Égypte après la ruine du Temple, sous Domitien. Ce sont des révélations et des visions.