DISPERSION DES JUIFS
temple fut brûlé, les habitants massacres ou vendus comme esclaves. Une nouvelle insurrection, dirigée par le faux Messie Barcochébas, ne fut pas plus heureuse. Béthar, la dernière forteresse juive, tomba aux mains des Romains et Hadrien fonda, sur les ruines de Jérusalem, la colonie d’Ælia Capitolina (136).
Alorss’acheva la dispersion du peuple juif. C’estcette dispersion que le sénateur romain RutiliusNamatianus, écrivant peu après la prise de Rome par Alaric (410), considérait comme la source de tous les maux de l’Empire; car chaque communauté juive abrita bientôt une communauté chrétienne naissante et marqua uneétape dans la conquête du monde antique par le christianisme. «Plût au ciel, dit Rutilius, que la Judée n’eût jamais été soumise par les guerres de Pompée et les armes de* Titus! Le mal déraciné étend d’autant plus sa conta gion et la nation vaincue opprime ses vainqueurs. » Un peu plus haut, par une allusion évidente à un mot de saint Paul, il appelle le judaïsme la « racine de la, folie » (radix stultitiœ). Titus déjà, au dire de Tacite, avait déclaré qu’il fallait détruire le temple de Jérusalem, parce que le christianisme était sorti du judaïsme et que, la racine arrachée, la tige périrait plus sûrement. (1) Titus n’a guère pu dire cela en 70; mais Tacite a pu le penser quarante ans plus tard.
69. Pendant les cinq siècles qui s’écoulèrent entre le retour de la Captivité et l’ère chrétienne, le chris-
( 1 ) Tacite, fragment dans Sulpice Sévère, Chron , II, 50*
HÉBREUX, ISRAÉLITES ET JUIFS
tianisme s’élabora dans le monde juif par le mélange de doctrines mosaïques, persanes et grecques. Le centre religieux était naturellement Jérusalem, où des tendances opposées et d’ailleurs confuses, qu’il <est aujourd’hui difficile de définir, étaient représentées par les Saducéens (de la famille d’un prêtre nommé Sadok) et les Pharisiens (de Peroushim ,« les séparés »?). .Les Saducéens niaient la résurrection et les anges, que reconnaissaient les Pharisiens (Actes, 23, 8). Parmi les doctrines nouvelles du judaïsme d’alors, il en est qui semblent persanes, comme celles de l’Esprit du mal (Satan), des archanges et des anges; il en est d’helléniques, peut-être orphiques et platoniciennes, comme celles de l’ascétisme, des peines et des récompenses futures, du péché originel. L’invasion des idées helléniques était favorisée par l’existencedegrandes colonies juivesenÉgypte (surtout à Alexandrie) eten Cyrénaïque. C’est pour ces Juifs, oublieux de leur langue, que l’Ancien Testament fut traduit en grec; ce sont eux qui imaginèrent d’expliquer par l’allégorie — à l’exemple des philosophes stoïciens — ce qu’il y avait de trop bizarre dans les légendes bibliques. Leurs idées nous sont connues par Philon, juif alexandrin contemporain de Jésus. En Palestine même, l’infiltration de l’hellénisme est bien attestée; des docteurs juifs prirent des noms grecs et parlèrent le grec. Dès le second siècle avant Jésus-Christ, il y eut en Palestine un « péril hellénique »; l’alliance entre Juifs et Grecs, prêchée par saint Paul, avait été préparée depuis longtemps.
70. Un ascétisme semblable à celui des Pythagoriciens inspirait les Esséniens de Palestine et les